Il y a des soirs où il fait bon traîner dans les rues de Rome avec un pantalon à carreau et un os de poulet dans la pochette de son veston, comme dans le Maître et Marguerite de Boulgakov. Cette nuit d'Halloween, nous avons rendez-vous à la Petite Boutique des Horreurs, ouverte en 1989 par Dario Argento. Autant dire le Saint des Saints pour tous les fans de sueurs froides et de frissons.

Objectif de notre visite, le Musée des Horreurs du célèbre réalisateur Italien. Des cellules glauques et sinistrement obscures, dans les sous-sols de la vieille ville, à deux pas des rives du Tibre dans le quartier de Prati près de Trastevere... Prends garde lecteur rationnel ou âme sensible ! La rencontre qui va suivre est authentique mais l'interview est totalement imaginaire, chaque mot ayant été sussuré par l'aura ténébreuse de Dario Argento.

Un étrange musée des horreurs avec un décor kitsch et surréaliste

A l'angle d'une avenue cossue balayée par un fort vent d'automne, une poignée de fans fiévreux piétine devant l'entrée de ce qui ressemble à un magasin de farces et attrapes. Avec l'espoir secret d'arracher quelques propos lugubres à celui qui hante des lieux de sa présence mystérieuse ! Les rires deviennent nerveux. Et si le musée communiquait avec les catacombes...

Enfin, la porte grince sur un véritable décor de Luna Parc. Derrière un rideau tendu de fausses toiles d'araignées et de squelettes, quelques marches d'escaliers conduisent à une geôle renfermant quelques uns des accessoires sanguinolents utilisés par le réalisateur dans ses films cultes, Phenomena, Opera, Démons, L'Eglise, Le Syndrome de Stendhal... Sous un éclairage expressionniste, des visiteurs aux allures gothiques s'affairent religieusement autour des reliques suspectes.

Le spectre de Dario Argento fait son apparition au beau milieu de la soirée

Est-ce une hallucination ? La voix est d'outre-tombe, le sourire de marbre, toujours de mise sur l'une des têtes les plus enviées des studios de casting d'horreur. Avec sa maigre chevelure plaquée sur un crâne torturé, Dario Argento fait peur, oui très peur. Surtout pour toutes ces horreurs qui peuvent lui passer par la tête, peut-être même pendant qu'il vous parle gentiment du mal de notre époque.

Suite 101 : - Dario, qu'est-qui te fait le plus peur ce soir ?

Dario Argento : - Comme tu vois, ce ne sont pas les monstres malheureusement, mais leur absence ! Le monde est devenu trop matérialiste. J'ai peur qu'il y ait de moins en moins de place pour le rêve, c'est ce qui m'effraie. Alors moi, je suis là pour le rappeler en vous faisant vivre des cauchemars.

Suite 101 : - Mais... Tu y crois vraiment à ces histoires épouvantables que tu mets en scène avec un certain plaisir macabre, il me semble ?

Dario Argento : - A ton avis ? Comme tous les gens qui sont là ce soir, je les invente de toutes pièces. Mon psy me dit que je fais du cinéma pour me rassurer...

Suite 101 : - Visiblement ça marche, tes fans y croient...

Dario Argento : - C'est bien ce ce qui me fait peur. De savoir que parmi tous ces gens normaux en apparence, pourrait se cacher le pire des assassins... Que pour le démasquer, il faut attendre qu'il commette son meurtre. Et que sa victime ignore que le sort s'est posé sur elle, qu'elle n'a pas d'autre moyen d'échapper à une mort violente que d'être en permanence sur ses gardes. C'est flippant non ?

Suite 101 : - Terrifiant ! Tu ne serais pas un peu parano...

Dario Argento : - Comment ne pas l'être à notre époque ? La société nous a même volé notre mort, il faut la cacher, c'est comme si... il y avait quelque chose de honteux à passer de vie à trépas. Mais la grande faucheuse continue de fasciner parce que personne ne peut lui échapper...

Suite 101 : - On dit que tu te sers du cinéma pour mettre en scène tes propres obsessions ?

Dario Argento : - C'est quand le miroir se brise que les êtres deviennent intéressants ! Quand apparait le côté sombre de l'âme humaine. Réveiller nos peurs ancestrales, c'est aussi une façon de se réapproprier notre mort. Rien de tel que les sueurs froides pour se sentir plus vivant, tu ne trouves pas ?

Mais déjà l'auteur s'éloigne pour répondre aux sollicitations pressantes de deux zombies aux faces livides, qui se l'accaparent aussitôt avec leurs ongles noirs. Pas un mot donc sur son dernier film Giallo avec Adrien Brody, Asia Argento, Emmanuelle Seigner et Elsa Pataky. Aux dernières nouvelles, sa sortie en salle est toujours bloquée par Adrien Brody qui n'aurait pas été payé par la production...

Alors il ne reste plus qu'à rentrer sous la pluie et à se consoler avec la sortie chez Wild Side de 5 chefs-d'œuvre restaurés en haute définition et en format Blu-Ray, pour certains introuvables et jamais sortis en France. L'occasion de savourer les deux aspects les plus tranchants de l'art de Dario Argento, d'abord les thrillers d'épouvante de la "trilogie animale" : L'Oiseau au plumage de cristal, Le chat à 9 queues et Quatre mouches de velours gris...

Découvrir ensuite sa période marquée par l'horreur et le surnaturel, avec les deux premiers opus de l'horrible "trilogie des 3 mères" : Suspiria et Inferno. De quoi passer la nuit la plus blanche de l'année, une fois que les enfants auront rangé leurs déguisements d'Halloween et dormiront à poings fermés, naturellement !