Les voyages de Lady Hester Stanhope au Moyen-Orient

En trois ans, le périple méditerranéen de l'aristocrate lady Hester Stanhope va l'emmener de la Tamise au cœur du désert

Lady Hester Stanhope (1776-1839) n’a pas seulement été à la tête de la maison du Premier Ministre de l’Angleterre (son oncle, William Pitt), elle a aussi beaucoup voyagé. Le voyage qui a fait sa renommée débute à Portsmouth, le 10 février 1810, et se clôt lors de son retour triomphal de Palmyre, le 11 avril 1813. Entretemps, elle ra traversé 42 villes et fait escale à Gibraltar et Malte, en Grèce et en Turquie, sur l’île de Rhodes, en Egypte, en Palestine et en Syrie.

Se déplacer au temps des guerres napoléoniennes

En ces temps de conflits, si les femmes se déplacent moins que les hommes, il n’en demeure pas moins qu’elles aussi voyagent hors de leur pays. Certes, à moins qu’elles ne soient femmes ou sœurs de militaires, de diplomates ou de commerçants, leur destination première est surtout européenne. A ce titre, en 1802 et 1803, lady Hester fait un séjour continental. Elle passe par Lyon et traverse le mont Cenis pour se rendre en Italie. Puis, après avoir visité Turin, Florence, Naples, Venise et Rome, ne pouvant prendre le chemin de Paris, impraticable à cause de la reprise des hostilités, elle choisit Stuttgart, Lübeck, Eutin et Teningen. Les femmes partent aussi pour des destinations plus lointaines (Turquie, Russie, Norvège). Et si, au demeurant, elles n’ont pas de raison particulière pour voyager, le prétexte de leur santé est un mobile suffisant pour changer d’air. C'est l'excuse choisie par lady Hester pour s’embarquer aux côtés de son plus jeune frère qui doit rejoindre son régiment à Gibraltar.

Constantinople

De Gibraltar, lady Hester, qui aurait voulu se rendre en Sicile mais en est empêchée par les campagnes napoléoniennes, continue son périple vers l’île de Malte, où elle se repose quelques mois. Ayant commis l’imprudence de prendre amant, elle repart en direction de la Grèce où elle ne séjourne que peu de temps. Elle y rencontre lord Byron. En octobre 1810, elle vogue vers Constantinople. Elle débarque à Péra, s’installe à Térapia, vit à Bebek sur le Bosphore et se rend jusqu’à Bursa. Partout elle est fêtée et invitée: par exemple, par un commandant de la flotte turque qui lui propose de monter à bord d’un de ses navires, le Sultan Selim, à la condition de revêtir des vêtements masculins. Un choix vite fait et que désapprouve hautement le ministre plénipotentiaire anglais, Stratford Canning. Elle rend visite à de hautes autorités ottomanes qu’elle impressionne, entre autres par ses prouesses équestres. Lady Hester reste éblouie par la Turquie. Elle y prend goût aux bains de vapeur et aux narghilés. Mais au bout d'un an, elle décide de prendre le chemin du retour. Elle espérait obtenir des passeports pour la France et passer l’hiver 1811 en Grèce, mais les sauf-conduits n’ayant pas été reçus, un bateau est affrété pour Alexandrie.

Egypte

Le 23 octobre 1811, lady Hester et sa petite troupe s’embarque sur un caïque qui longe le Bosphore, traverse la mer de Marmara par les Dardanelles pour rejoindre la mer Egée. Ils mouillent sur l’île de Chio, puis se dirigent vers l’île de Rhodes. Mais le 23 novembre, le temps change et le bateau prend l’eau. Une chaloupe est mise à la mer et tous les passagers sont débarqués sur un îlot rocheux où ils vont attendre des secours près de 24 heures. Lady Hester a tout perdu, et, de cet instant, date sa décision de porter des vêtements masculins. Il faudra attendre le 11 février 1812 pour que lady Hester pose enfin le pied en Egypte. Elle débarque à Alexandrie, attend quelques jours à Rosette, descend le Nil pour se rendre au Caire. Elle va être reçue par Méhémet Ali, auquel elle rendra souvent visite, au point que ce dernier lui offrira de s’occuper de l’éducation d’un de ses fils. Mais lady Hester n’a pas le coup de foudre pour le pays qu’elle décrit comme pauvre, plein de poussière et de loqueteux, envahi par les mouches et les pilleurs de tombes européens. Elle part alors pour la Terre Sainte le 3 mai 1812.

Palestine

La Palestine sous l’Empire Ottoman englobe la Syrie, la Jordanie, le Liban et Israël. Lady Hester, en débarquant à Jaffa, compte se rendre à Jérusalem. A juste raison et pour éviter toutes mauvaises surprises, elle décide de remettre sa vie entre les mains d’un pilleur notoire, le cheik Abu Ghosh. Elle arrive ainsi saine et sauve à Jérusalem, puis c’est Acre, Nazareth, Sidon et Deir el-Kamar où elle est l’invitée du prince des Druses, l’émir Bechir dans son palais de Beiteddine. A la suite de quoi, elle poursuit son chemin jusqu’à Damas parce que son intention est de voir Palmyre. A Constantinople, William Gell, l’archéologue, lui avait affirmé qu’il était impossible de voir la cité antique à cause des batailles que se livraient les Bédouins et les Wahhabites présents dans le désert. Malgré tout, pour préparer son expédition, elle choisit de s’installer à Hamah, entre Alep et Damas. Là, elle reçoit la visite de Mahannah el-Fadel, un chef bédouin, qui lui propose de la conduire jusqu’à sa smala. Elle le suit, seule. Dans ses lettres, elle évoque alors le désert et ses tribus avec un ravissement qui ne se démentira jamais. Et le voyage triomphal à Palmyre se fera quelques mois plus tard sous l’égide d’un des fils de Mahannah el-Fadel. Lady Hester y sera couronnée sous l’arc de triomphe, y séjournera une semaine, devenant ainsi la première européenne à voir Palmyre.

Catherine Traverso - Traductrice, écrivain, chercheur. Parution d'une nouvelle, Le tapis, dans la revue Etoiles d'encre, n°45-46, mars ...

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