La cour s’est enfin trouvée un lieu de résidence. Après des déplacements incessants entre le Louvre, les Tuileries ou Saint Germain, le roi Louis XIV annonce en 1677 que désormais Versailles, cet ancien pavillon de chasse de Louis XIII, qu’il fait agrandir par des chantiers ruineux pour le royaume, deviendra la nouvelle capitale de la France. La cour ne peut que se taire, acquiescer et suivre docilement le roi qui pose les « manettes » de la France définitivement à Versailles en 1682. Louis XIV a alors 44 ans.

Un château en chantier

Pourtant rien n’est prêt. La cour s’installe dans un chantier. Les logements pouvant accueillir tout ce petit monde ne sont pas à moitié terminés. Regardez tous ces nobles en quête d’une faveur royale – même un simple sourire, s’il plait à sa majesté – traverser en tenue de « scène » au milieu des échafaudages et des ouvriers courant ça et là, les bras empotés de quelques matériaux ou outillages. On se plaint ! Les vêtements et les perruques sont pleins d’une poussière blanche et grise issue du travail du marbre que le roi et ses architectes, le Vau puis Mansart, se plaisent à recouvrir tout l’intérieur et l’extérieur du château.

De pavillon, le « château » comme on le nomme, devient un palais où les gens se perdent. En effet, si le disgracieux pavillon n’avait pas l’avantage d’être grand, il n’avait pas l’inconvénient d’être un immense labyrinthe. Le Louvre, demeure royale pendant des siècles, était connu de tous. Les nobles amoureux n’avaient aucune peine à dénicher quelques lieux propices pour battre le velours en toute discrétion. A Versailles, tout change. On s’interpelle entre gens bien nés : « Où sommes-nous ? ». On s’exaspère : « Ne sommes-nous pas déjà passés par là ? ». On se rabaisse à demander aux ouvriers qui répondent : « ‘pouvez pas passer par l’escalier, pas stable, Messeigneurs. »

Une cour soumise

Le roi, lui, s’amuse. Voir cette cour qu’il méprise tant, depuis la nuit de la Fronde où il était tout jeune, se perdre dans les couloirs et autres pièces, passant et repassant, ajoutant de nouvelles couches de poussière sur leurs tenues hors de prix, lui apporte une telle satisfaction que, lorsque tout ce monde connaîtra son nouveau lieu d’habitation, il accentuera la pression en imposant une étiquette – règle de vie de cour – encore plus lourde.

Versailles n’est qu’un lieu d’apparat. C’est également une prison dorée. Car si les grands seigneurs vivent des revenus de leurs domaines, c’est bien à Versailles qu’ils doivent à présent vivre et dépenser leur argent. Tout leur argent ! Car il est bon de dépenser devant le roi. Et lorsque l’on joue avec lui, il faut « s’écraser » et perdre… le plus possible. Pourquoi ? Et bien, tout dépend de ce roi, grand potentat occidental aux pouvoirs absolus qui fait et défait les vies. Un mot réussi et vous obtenez une pension. Un regard malsain et c’est la disgrâce. C’est un monde impitoyable et beau … c’est Versailles !

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