Il n' y a décidément rien à faire! La société se féminise. Des femmes occupent de plus en plus l'espace public, les institutions et pourtant, il perdure un domaine dans lequel in n'existe pas - et encore pour longtemps - une égalité entre le masculin et le féminin. Car on le répète sans cesse: l'homme et la femme sont égaux... et non pas égales!

D'où vient cette primauté du masculin sur le féminin?

Depuis le XXe siècle et la montée des mouvements féministes, cette question est souvent remise au goût du jour. Et pas tant dans la place du féminin dans la vie de tous les jours que dans notre grammaire! Diable! Que raconte cet auteur ? Mais si! Souvenez-vous: vous voilà, bien des années en arrière, plus jeune - six ou sept ans à peine - un(e) instituteur(trice) dans une vieille salle de cours mal chauffée qui vous rabâche de ces paroles lourdes de sens, tel un prêche sur les actes fondateurs de notre langue: "un adjectif s'accorde en genre et en nombre avec le ou les noms. L'adjectif se met au masculin pluriel si l'un de ces noms est au masculin..."

Cette règle grammaticale nous accompagne au quotidien dans nos écritures depuis notre plus tendre enfance. Et bien qu'elle soit de moins en moins utilisée par les jeunes générations - par fainéantise intellectuelle ?- elle prévaut dans notre langue depuis le XVIIe siècle. Les féministes linguistiques, telles des Simone de Beauvoir, n'en démordent pas puisque, récemment encore, un collectif féministe - dont je tais le nom pour ne pas faire de publicités inutiles - demande aux académiciens à grand renfort de pétitions de revoir leur copie et d'abroger cette "stupide règle".

Certaines affirment même, pensant argumenter leurs propos, que cela faciliterait les élèves perdus au milieu de leur grammaire. Pourquoi pas d'autres propositions ? Par exemple, remplacer la langue française dans son ensemble par le très "tendance" et subtil langage SMS... ou bien, rétablir une discipline orthographique de manière à (re)noter le fond des travaux d'écriture avec la forme! Sans attendre une grammaire et une orthographe parfaites, cela rendrait à des examens comme le Brevet ou le Bac quelques lettres de noblesse.

Vaugelas et Bouhours

Mais alors, à qui s'en prendre? Amenez les coupables! Les voici: Claude Favre de Vaugelas et le père Bouhours. Exposons leur crime: des déclarations telles "le genre masculin, étant le plus noble, doit prédominer toutes les fois que le masculin et le féminin se trouvent ensemble.". On se rend alors bien compte que notre règle grammaticale exposée plus haut exprime les mêmes faits mais en des termes plus diplomatiques.

Ces deux hommes ont en commun l'époque et la passion de la grammaire. Vaugelas a été un des premiers académiciens agréé par Richelieu lui-même. Au sein de la toute jeune Académie Française, il expose ses idées et rejoint les propositions grammaticales du père Bonhours. Ce dernier, bien qu'ayant embrassé une vie religieuse, a toujours été très proche de la vie littéraire française. De même, Boileau ou encore Racine ne publient jamais rien sans une relecture du bon père Bouhours. Linguiste, il a un avis sur toutes les langues: les Allemands râlent, les Italiens soupirent, les Anglais sifflent. Mais les Français, eux, parlent! Bouhours ajoute même qu'un Français peut voyager dans l'Europe entière car sa langue est parlée partout. Belle époque! Des travaux de ces deux hommes reposent l'immense majorité de notre patrimoine linguistique et grammaticale. Les critiquer ne fera que leur rendre les honneurs .....

sources:

  • Georges Doncieux, Un Jésuite homme dettres au dix-septième siècle : Le père Bouhours, 1886