
- Vang Vieng: QG des fêtes anglo-saxonnes - Benjamin Vokar
A mi-chemin entre Vientiane, la capitale du Laos, et Luang Prabang, l’ancienne cité royale classée par l’Unesco, Vang Vieng est une petite ville ceinturée de montagnes, située au bord d’un affluent du Mékong. Bourgade paisible au cadre enchanteur, Vang Vieng est aussi devenue le rendez-vous de la jeunesse anglo-saxonne qui en a fait un lieu de fête incontournable. Destination faite de paradoxes qui ne laisse pas indifférent, on l’adore ou on la déteste. Pourtant, une troisième voie est possible...
Un « springbreak » à la sauce lao
A l’instar de Cancun, au Mexique, Vang Vieng est devenue en quelques années le lieu de ralliement par excellence des « backpackers » anglo-saxons de passage dans la région, un endroit branché pour une foule bruyante de jeunes routards avides de faire la fête et de rencontrer leurs semblables.
Sur « Party Island », qu’on rejoint par des ponts en bambous, se trouvent quelques établissements à la décoration sommaire où s’agglutinent dès la nuit tombée une faune bigarrée à la peau rougie par le soleil. Les baffles crachent les derniers tubes à la mode tandis que le bar s’amoncelle de « buckets » abondamment garnis de pailles, pour partager entres amis.
Petits seaux remplis de glace, de boisson énergétique et d’un alcool local au choix, il s'agit du moyen le plus économique pour se saouler au plus vite.
Tout ce beau monde se dandine sur la piste, son petit seau à la main, dans une ambiance générale qui rappelle les clips californiens de MTV.
Difficile ici de trouver quelque chose de lao, si ce n’est quelques serveurs affairés derrière le bar ou des adolescents qui jonglent avec des bolas enflammées, histoire d'attirer la clientèle.
Il faut dire que les touristes ne viennent pas vraiment à Vang Vieng pour y découvrir la culture laotienne. Ils s'y rendent pour faire la fête un maximum avant de rentrer chez eux. Le climat est tropical, les autorités conciliantes et le niveau de vie local permet de boire pour pas cher.
Le matin, ces noctambules sont absents de la ville. Les heures passant, de petits groupes se rassemblent dans les restaurants, histoire de se « remettre de la veille ».
Ils sont facilement reconnaissables à leur style vestimentaire : en short et torse nu pour les garçons, en maillot pour les filles ou mini-short pour les plus prudes.
Dans la culture bouddhiste, il est de bon ton de se couvrir. Il ne faut toutefois pas trop en demander à ces jeunes gens, la plupart pensant que Bouddha est un bar à la mode...
Le rituel est immuable. Après s’être restauré de burgers ou de pizzas en regardant des épisodes de la série « Friends » qui passe en boucle, il est temps de se mettre en route vers la rivière pour le « tubing », l’activité principale de la journée.
La rivière infernale
Quelques kilomètres en amont de la Nam Song se trouve le point de départ de la descente en « tubing », des bouées fabriquées avec des chambres à air qui permettent de se laisser dériver au gré du courant. Le principe est simple. Des bars en bambous sont installés le long de la rivière et dès qu’une escale vous tente, il suffit de crier pour qu’un rabatteur vous remorque jusqu’au ponton.
Vu la concurrence féroce, les établissements rivalisent d’ingéniosité pour attirer le chaland: musique électronique au maximum, promotions sur les cocktails, multiples attractions aquatiques (tyroliennes, toboggans et trapèzes pour se jeter à l’eau par exemple). La jeunesse américaine en redemande.
Au menu, dans les bars : de la bière, les classiques « buckets », mais aussi des drogues en tout genre pour que la fête soit plus folle. Herbe, champignons hallucinogènes, « space-cakes », LSD, opium,… On trouve de tout dans ce supermarché pour « clubbers ».
La détention de drogues au Laos est encore passible de la peine de mort, mais ici ça n’a vraiment pas l’air de poser problème…
Un cadre naturel enchanteur
Si Vang Vieng à la mode américaine fait fuir la plupart des touristes de passage, elle se révèle, quand on lui en laisse la chance, un camp de base idéal pour explorer une région magique peuplée de gens attachants.
Les fêtards passant leur temps entre les restaurants du centre-ville, le tubing sur la rivière et l’île de la fête, il ne faut pas longtemps pour les distancer. Muni d’une bonne carte des environs, il suffit de traverser la rivière pour se retrouver en rase campagne.
A l’extrémité du pont principal trônent deux ogives d’obus, témoins d’un temps moins paisible où le Laos, victime de l’aviation américaine, fut plus bombardé que l’Allemagne et le Japon réunis durant la Seconde Guerre mondiale.
Plus loin, des kilomètres de sentiers s’étendent à travers les vastes étendues de rizières dominées par des formations karstiques typiques de la région. Nombre de grottes sont accessibles ainsi que certains versants pour les amateurs d’escalade.
La campagne de Vang Vieng regorge aussi de cours d’eau, de cascades et de lagons où se baigner pour fuir la chaleur de l’après-midi. Un vrai régal, surtout lorsqu’on a bien sué pour y arriver. Comme partout au Laos, des temples jalonnent le parcours, témoins de la ferveur des habitants. Il ne se trouve pas une grotte sans des statues de Bouddha baignant dans des effluves d’encens, pas un village sans quelques bonzes aux robes safran.
Partez à la découverte de la région à votre rythme, à vélo ou à moto, au hasard des rencontres et des panoramas grandioses. Vang Vieng bénéficie d’un cadre exceptionnel avec des paysages à couper le souffle qu’il serait dommage de rater à cause de sa réputation sulfureuse. Lorsque l’on s’écarte du centre-ville, il ne faut pas longtemps avant d’être charmé par la magie des lieux.
