Deux années scolaires maintenant que la plupart des écoliers français ne travaillent plus le samedi matin, avec un programme non moins allégé mais réparti sur quatre jours. Il semble qu'il soit temps maintenant d'en faire le bilan.

Situation actuelle

Les vacances d'été ou "grandes vacances" en France durent environ deux mois. Cette année, elles débuteront le 2 juillet pour finir le 2 septembre, les enseignants ayant généralement une journée à une journée et demi d'avance sur leurs élèves à la rentrée. Contrairement aux "vacances scolaires" ou "petites vacances" de la Toussaint, du printemps et d'hiver, dont les dates s'échelonnent selon les zones géographiques, les vacances d'été s'étalent sur la même période pour les trois zones.

L'organisation du temps scolaire et le nombre d'heures hebdomadaires sont fixés par le ministère de l'Éducation nationale : "L'année scolaire comporte au moins 36 semaines réparties en 5 périodes de travail, de durée comparable, qui sont séparées par 4 périodes de vacance des classes. Un calendrier scolaire est arrêté par le ministre de l'Éducation nationale pour une période de trois années" (Article L. 521-1 du Code de l'éducation). "Les aménagements du temps scolaire doivent respecter ces principes" (in http://www.education.gouv.fr/cid2503/les-rythmes-scolaires.html).

Le quota horaire hebdomadaire et ses modalités varient selon le niveau de l'enseignement

À l'école maternelle et élémentaire, l'élève travaille 24 heures par semaine, 6 heures par jour le lundi, mardi, jeudi et vendredi. Afin de "remplacer" les heures dues à l'Éducation nationale qui étaient jusqu'à il y a deux ans effectuées le samedi matin, les enseignants effectuent deux heures hebdomadaires d'"aide personnalisée" aux élèves en difficultés d'apprentissage.

Les modalités en sont organisées selon les écoles, découpage en 30 minutes par jour sur quatre jours ou 45 minutes sur 3 jours, temps empiété sur la pause-déjeuner de deux heures de l'élève ou ajouté en fin de journée. Les enfants pris en soutien par les enseignants peuvent être ceux de leur propre classe ou ceux de leurs collègues et changent par période (3 périodes dans l'année) après un bilan fait par les enseignants communiqué aux inspections.

Les collégiens ont entre 25 et 28 heures de cours par semaine avec des horaires plus fluctuants qu'à l'école élémentaire, en travaillant notamment le mercredi.

Au lycée, le nombre d'heures hebdomadaire varie entre 30 et 40 heures par semaine.

Ces heures sont désormais concentrées sur 144 jours, contre 188 en Allemagne et Finlande, ou 190 en Angleterre (chiffres 2007 de l'OCDE).

L'origine des grandes vacances et son évolution

Daniel Moatti, chercheur associé au laboratoire d'anthropologie, mémoire, identité et cognition sociale, nous apprend que "dès 1231, le pape Grégoire II accordait des vacances pour les travaux agricoles. Ces vacances, qui ne devaient pas excéder un mois, portaient le nom bien significatif de 'vendanges'". À l'origine, elles s'étalaient donc sur les deux mois d'été, les mois les plus chauds de l'année, période de moissons où les parents avaient besoin de leurs enfants auprès d'eux pour les aider dans les travaux agricoles. En 1950, 49 % de la population française exerçait encore une profession rurale.

Depuis le XIXe siècle, le terme "grandes vacances" désigne les vacances d'été. C'est la période touristique la plus importante de l'année, les ouvriers commencèrent d'ailleurs à partir en vacances avec les congés payés (cf. accords de Matignon du 6 juin 1936 avec Léon Blum comme président du Conseil).

Désormais, les "grandes vacances" sont devenues les "vacances d'été" et se sont réduites : deux semaines de moins au profit des vacances de la Toussaint et des vacances d'hiver. Elles se sont également déchristianisées, les "vacances d'hiver" remplaçant celles de "Noël", et "les vacances de printemps" celles de "Pâques".

Débat et propositions françaises

D'après Daniel Moatti, "'Les grandes vacances' sont depuis la IVe République au cœur du débat éducatif". Luc Chatel a annoncé dans les médias, début avril 2010, qu'il souhaitait lancer une conférence nationale sur les rythmes scolaires, incluant une réflexion autour de la durée des vacances d'été.

L'ancien ministre Xavier Darcos avait lui-même, il y a à peine un an et demi, modifié les aménagement horaires avec l'arrêt du samedi travaillé à l'école. L'académie de médecine s'était opposée à la semaine de 4 jours et préconisait un retour aux 5 jours travaillés : "L'aménagement de la semaine scolaire n'est pas en cohérence avec les connaissances de la chronobiologie de l'enfant, et cela à tous les niveaux de l'organisation, journée, semaine ou année scolaire."

Il semblerait que, loin de vouloir imposer une nouvelle réorganisation de l'emploi du temps des écoliers, le nouveau ministre de l'Éducation nationale souhaite lancer le débat et laisser aux conseils d'école (regroupant enseignants et parents élus) le soin de trancher. Certains brandissent le modèle allemand, privilégiant activités sportives et artistiques l'après-midi, plutôt que des enseignements purement scolaires, d'autres veulent revenir à la semaine des 5 jours.

Ne nous leurrons pas, si les enfants accusent une grande fatigabilité, n'est-ce pas seulement à cause du poids des horaires d'école, mais aussi du rythme imposé par des modes de vie où l'on travaille loin de chez soi à des horaires souvent tardifs, et où l'enfant se retrouve balloté de modes de garde en garderies avant et après l'école, dînant et se couchant tardivement, surtout s'il est laissé devant la télévision…

En outre, entre les intérêts des parents, des enseignants, des mairies, des lobbies du tourisme, va-t-on réellement mettre l'intérêt de l'enfant au cœur du débat ?

Sur la consultation et le comité de pilotage de la consultation sur les rythmes scolaires à l'initiative de Luc Chatel lire: news.suite101.fr/article.cfm/la-consultation--sur-les-rythmes-scolaires-est-lancee-a13389

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