Le volksempfänger (littéralement récepteur (Empfänger) du peuple (Volk) fut présenté publiquement pour la première fois à l’occasion de l’exposition internationale de radiodiffusion à Berlin le 18 août 1933. Goebbels, qui avait compris l'intérêt qu'il pouvait en tirer, le fit commercialiser immédiatement (les 100 000 premiers appareils furent vendus pendant que se tenait encore l’exposition).

Vendu moins cher qu'il coûtait à fabriquer!

Il fut en effet vendu au peuple moins cher que ce qu'il coûtait à fabriquer, pour pouvoir propager l'idéologie du IIIème Reich. Chaque Allemand, même avec les moyens les plus modestes, pouvait faire l'acquisition de cet engin dont les composants, médiocres, ne lui permettaient pas de capter les stations étrangères. Des différentes variétés du Volksempfänger, il fut vendu au total plusieurs millions d’exemplaires.

La situation en France

En 1939, en France, on comptabilise cinq millions de récepteurs déclarés (combien sont-ils, les réfractaires à la redevance non recensés ?). Un nombre suffisamment impressionnant pour que Goebbels inaugure "La Voix de la Paix" et "Radio Humanité", destinées à fourvoyer la population française, ne serait-ce que par leur nom ; la seconde prétend être la voix du parti communiste français.

"Plus le mensonge est gros, plus il passe facilement", avaient écrit les nazis

Le 16 décembre de cette année-là, Radio Humanité exhorte les Français à fuir sur les routes devant l'avance allemande. Le but, évidemment, est d'entraver le travail des troupes alliées. Fin juin 1940, sa tâche accomplie, Goebbels ferme Radio Humanité, qui avait contribué à bloquer tout mouvement militaire, jusqu'à celui des ambulances, en jetant sur les routes onze millions d'hommes, femmes et enfants, souvent séparés de leurs proches. Quelques jours auparavant, un autre émetteur s'est fait silencieux. C'est celui, extrêmement puissant, de Radio Cité : la Résistance le détruit pour éviter qu'il tombe aux mains des Allemands. Ceux-ci consacreront toute une année à le réparer pour l'utiliser au brouillage de la B.B.C. L'émetteur sera une seconde fois détruit lorsque les Allemands quitteront Paris en août 1944.

La guerre change le visage des radios

En quelques jours, les cartes sont redistribuées : la convention d'Armistice oblige les émetteurs de radio à cesser leurs programmes le 24 juin 1940 pour les reprendre à partir du 7 juillet sous contrôle nazi. Ce qui ne signifie pas que la radio, techniquement, a cessé d'évoluer. Au contraire ! Conscient de l'impact de ce formidable média désormais destiné à la propagande ("Radio Paris ment... Radio Paris ment... Radio Paris est allemand..."), chaque Etat tiendra, à la Libération, à faire entendre sa voix dans le concert des nations. Ce qui conduira, par exemple, à l'implantation des stations américaines Radio Liberty et Radio Free Europe en Allemagne de l'Ouest, diffusant à l'intention des pays de l'Est (à la Libération, Winston Churchill caressait le projet d’utiliser le puissant émetteur de Radio Luxembourg pour diffuser, depuis des studios londoniens, des programmes de propagande pour contrecarrer l’idéologie communiste. Au bout du compte, les Américains restitueront Radio Luxembourg à la CLR, Compagnie luxembourgeoise de radiodiffision).

C'est autant d'argent, d'hommes, d'astuce et d'énergie mis au service des moyens techniques L'usage du magnétophone, qui va rendre tant de services, est une conséquence heureuse de la Seconde Guerre mondiale. Inventé aux Etats-Unis en 1931, présenté cinq ans plus tard, il avait été boudé par les Américains car jugé peu pratique et trop encombrant ; l’engin permettait une durée d’enregistrement de 30 minutes sur une longueur totale de 2 800 mètres avec une très grande vitesse de défilement (1,5m/seconde) ; en conséquence la bobine pesait près de quinze kilos (et la machine dix fois plus). L'Allemagne, en revanche, s'était montrée enthousiasmée par l'engin, présenté à la “Berlin radio fair” en 1935, et, à priori, destiné à l’enregistrement de concerts. Mais, rapidement, les chercheurs allemands améliorèrent ses performances afin de lui trouver des utilisations militaires. En 1945, les troupes alliées investissant l’Allemagne ont l’impression de "découvrir" le magnétophone, couramment utilisé par l'état-major nazi. Après avoir expédié cette "étonnante machine" aux Etats-Unis, les Américains réalisent finalement qu’ils s’agissait de la même que celle qu’ils avaient boudée neuf ans auparavant. Quelques années plus tard, le magnétophone aura conquis les radios du monde entier et commencé à séduire les particuliers (pour en savoir plus, cliquer ici).