Loudun est une petite ville du nord du Poitou dont les murs sont chargés d'une histoire à la fois riche et dramatique. Parmi les épisodes les plus frappants, se trouvent deux procès: celui de Marie Besnard, "la bonne dame de Loudun", accusée de plusieurs empoisonnements et dont le déroulement défraie la chronique de 1949 à 1961; et celui d'Urbain Grandier (1632-1634), le dernier grand procès en sorcellerie en France.

Une toile de fond dramatique

Le contexte historique est le règne de Louis XIII. Depuis son accession au trône, le jeune roi n'a de cesse que d'affirmer son pouvoir. Après le siège de La Rochelle, puis la révocation des clauses militaires de l'Edit de Nantes, en 1629, les guerres de Religion sont de nouveau d'actualité. Auprès du roi, un personnage tend à la toute puissance: il s'agit du cardinal de Richelieu.

Loudun, jusqu'en 1629, est une place forte protestante, mais les catholiques y sont nombreux. L'église Saint-Pierre du Marché, dont Urbain Grandier devient le curé, en 1617, a été un temple protestant pendant plusieurs années. Cette cohabitation fait de la ville une sorte de symbole, et Loudun sert à plusieurs reprises de cadre aux négociations entre Louis XIII, Marie de Médicis et les protestants.

Dès le début des années 1630, la situation à Loudun se dégrade. La forteresse est détruite, sur les ordres de Richelieu et Louis XIII, la peste envahit la ville, et bientôt, le retentissant procès d'Urbain Grandier commence.

Un personnage principal séduisant et scandaleux

Né en 1590, à Bouère-en-Mayenne, Urbain Grandier suit l'enseignement des Jésuites et vient s'installer à Loudun, pour permettre aux catholiques de gagner du terrain sur les protestants.

Urbain Grandier est un jeune homme séduisant et brillant. Il côtoie les cercles intellectuels de la ville et devient même l'ami du poète Scévole de Sainte-Marthe. Ses conquêtes féminines ne sont un secret pour personne à Loudun, il a même épousé l'une de ses maîtresses. En revanche, ses relations supposées avec les Ursulines de la ville, notamment la mère supérieure Jeanne des Anges, ne sont probablement pas fondées.

En dehors des aspects sulfureux de sa personnalité, Urbain Grandier est un curé dévoué: il se consacre entièrement aux malades, lors de l'épidémie de peste de 1632. Il fait aussi preuve d'une grande tolérance envers les protestants, ce qui ne lui attire pas que des amis. Il s'agit d'un homme à la fois très complexe et très controversé.

Un ennemi redoutable: le cardinal de Richelieu

L'inimitié entre Urbain Grandier et le cardinal de Richelieu n'a rien d'une légende. Ils se connaissent depuis l'époque où Armand du Plessis, évêque de Luçon, est aussi prieur de Coussay, à une quinzaine de kilomètres de Loudun. Il y séjourne très souvent de 1609 à 1618. Un incident a lieu en 1618, lors d'une procession dans les rues de Loudun: en ces lieux, Richelieu ne peut se prévaloir que du titre de prieur de Coussay, bien qu'il soit évêque de Luçon, et Urbain Grandier le lui fait bien sentir, en le reléguant à une place inférieure.

Les contentieux entre Urbain Grandier et Richelieu prennent de l'ampleur, après 1630. Il semble que le curé de Loudun ait été à l'initiative d'un pamphlet contre le ministre de la Guerre et celui-ci ne lui pardonne pas. Quel est le rôle exact du prélat lors du procès? Nul ne le sait mais la haine d'un personnage si important a dû peser très lourd dans la balance.

Un scénario à rebondissements

Exorcisme, hystérie collective, délation, ragots, jalousie, tous ces ingrédients alimentent les accusations contre Urbain Grandier. Les attaques à son encontre commencent dès 1631: à cette date, il est accusé pour ses moeurs dissolues mais n'est finalement pas condamné.

C'est l'histoire des Ursulines qui va le mener à sa perte. En 1626, il sollicite la place de directeur de conscience du couvents des Ursulines mais il ne l'obtient pas. Quand les religieuses sont atteintes de crises de démence, elles accusent le curé de les avoir envoûtées. Les exorcismes n'y changent rien et Urbain Grandier est brûlé vif devant l'église Sainte-Croix, le 16 août 1634. Mais sa mort n'arrête en rien les crises de démences des Ursulines.

Une histoire adaptée pour le cinéma et la scène

Que les historiens aient beaucoup glosé sur cette affaire, quoi de plus normal, mais écrivains, cinéastes et musiciens ne s'y sont pas trompés et ont vu toute la matière dramatique propre à une bonne histoire:

  • The devils of Loudun, récit d'Aldous Huxley (1952).
  • The devils de Ken Russell (1971), film tiré du livre d'Huxley.
  • Les mystères de Loudun, téléfilm de Gérard Vergez (1976).
  • The devils of Loudun, opéra de Krzysztof Penderecki (1969).
  • Les Possédés de Loudun, bande dessinée de Hervé Rusig, Davide Furno et Paolo Armitano (2008).
  • Rumeurs... Les Possédées de Loudun, pièce de Joëlle Richetta (2010)
Aujourd'hui, un jeune réalisateur français, Franck Allera, est séduit par cette histoire et porte, depuis plusieurs mois, le projet d'un long métrage qui a le soutien de nombreux Loudunais. Il faut souhaiter que ce film offrira enfin le succès à l'histoire d'Urbain Grandier.