Les fans de whisky vont déranger leurs habitudes. L’Irlande et l’Ecosse sont les terres natales de l’eau de feu mais un whisky breton, né il y a 25 ans, commence à faire parler de lui, hors de sa contrée. 91 sur 100 dans la Bible du Whisky 2010, le monopole d’état suédois, deux whiskies éditions spéciales sortis fin 2009: la distillerie Warenghem conquiert sa place dans le milieu de la boisson ambrée.

Le climat breton

Entre cousins celtes, on se comprend. Sur la côte de granit rose, le temps est aussi pluvieux et tempétueux que dans les Highlands écossais. Même taux d’humidité, beaucoup d’iode mais plus de chaleur, ce qui améliore et favorise le vieillissement du whisky. Un terrain favorable pour se risquer à concurrencer les grands du marché. L’aventure commence en 1983.

Une envie, un pari

Gilles Leizour, breton et pharmacien, reprend la distillerie Warenghem, en 1983 à la retraite de son père. Dans son esprit germe l’idée singulière de créer du whisky breton. Il décide alors d’aller suivre une formation en Ecosse. Quand il revient à Lannion, il s’enferme dans son laboratoire, pour en sortir en 1987 avec le WB. Un blend composé de 25% whisky de malt et de 75% whisky de grain, rond et long en bouche.

Le maître de chais continue ses expériences et crée le premier single malt breton en 1998: l’Armorik. D’une robe ambrée soutenue, il est 100% malt, comme son nom l’indique. Double distillation, vieilli longtemps en fûts de chêne pour des arômes riches et un goût ample.

Le succès des deux premiers pousse alors Gilles Leizour vers un nouveau whisky blended, le Galleg, en 2008. 50% malt, 50% grain, pour un troisième produit typiquement breton.

Un vrai succès

Principalement vendu en grande distribution, chez les cavistes et à la Maison du Whisky, l’Armorik a fait ses preuves et rencontre le succès auprès de la Bible du Whisky et de l’état suédois (la vente d’alcool n’est autorisée que dans les magasins d’état qui choisit les boissons vendues. Un appel d’offres est lancé chaque année.) Parce que Gilles Leizour veut continuer sur sa lancée, il a sorti fin 2009 deux éditions spéciales: Armorik 42° et le Breizh Whisky 42°, vieilli plus longtemps en fûts de bourbon, puis de chêne du parc d’Armorique et affinés en fûts de Xérès. L’avenir s’annonce donc clair pour la distillerie et familial puisque le gendre du patron reprendra l’entreprise dans quelques années et son esprit fourmille de projets…

Flash back en 1900

L’histoire du whisky breton débute en 1983 mais la naissance de la distillerie remonte à 1900, quand la famille Warenghem décide de poser ses valises sur la Côte de granit rose. Léon, le patriarche, crée la distillerie et fabrique l’Elixir d’Armorique, savant mélange de 35 plantes, primé en 1901 et 1902 aux expositions internationales de Brest et Bordeaux. L’Elixir, toujours commercialisé, fêtera ses 110 ans en 2010.

Le fils Henri Warenghem prend la suite en 1919 et développe la distillerie en créant des liqueurs de menthe, de cassis… et du kirsch. Paul-Henri, qui sera le dernier Warenghem, s’associe en 1967 avec Yves Leizour, un Breton pur souche. Ensemble, ils transfèrent la distillerie du centre de Lannion à l’entrée de la ville, sur la source Rest Avel qui signifie "la demeure du vent" en breton. Le caractère régional des produits se confirme (fraise de Plougastel) et le marché s’oriente vers la grande distribution.

En 1983, arrive Gilles Leizour. Parallèlement au développement du whisky, l’ancien pharmacien crée le chouchen Melmor, la Fine Bretagne, le Ker Pommeau de Bretagne AOC, de la bière bretonne… et contribue ainsi à la diversification de l’entreprise. Aujourd’hui 14 salariés travaillent au sein de la distillerie.

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