Mais Excoffon, tout le monde le connaît ?

Quelle que soit votre réponse à cette interrogation déguisée en jeu de mots (douteux), cette rétrospective s’avère pour tout amoureux de culture en général et de graphisme et de communication en particulier être l’occasion de partir à la rencontre de l’ «empreinte » Excoffon, tout en profitant du cadre architectural très intéressant qui l’accueille.

Né le 7 septembre 1910 à Marseille, le créateur de caractères typographiques, typographe et graphiste français Roger Excoffon installe son premier atelier à Paris en 1947, cofondant peu de temps après l’agence de publicité « U + O » (Urbi et Orbi). Véritable révolutionnaire graphique des années 50 et 60 en France, Excoffon réalisera notamment les pictogrammes des Jeux Olympiques d’hiver de Grenoble en 1968.

L’année 1972 accouche de son agence, Excoffon Conseil, onze ans avant sa mort à Paris ; ville qui sera d’ailleurs l’unique à avoir préalablement organisé une exposition sur l’œuvre d’Excoffon en 1986, avant cette rétrospective lyonnaise au cœur de l’Hôtel de la Couronne, siège du Musée inauguré le 18 décembre 1864 par Maurice Audin, son conservateur jusqu’en 1975.

La police dans tous ses états

S’articulant entre plusieurs salles, l’exposition propose de voyager à travers différentes périodes de la vie d’Excoffon, illustrées de ses plus belles et retentissantes créations. Cheminement chronologique oblige, la « suite de la visite » fléchée au mur nous invite à en prendre plein la vue dès l’entrée de la première salle. Des couleurs, partout des couleurs. Une première affiche publicitaire en 4x3 habille le mur du fond, gardant un œil bienveillant et coloré sur des visiteurs aussi curieux d’impressionnés par les éléments exposés. Des vitrines de planches typographiques sur lesquelles renaissent les premières esquissent du graphiste - certaines griffonnées au crayon de papier sur des feuilles de calque -, le tout accompagné d’un court texte permettant une compréhension optimale de l’historique de ses créations. Ainsi suivons-nous aisément l’évolution de ce qui est considéré aujourd’hui comme la base indiscutable du graphisme et de la communication actuels.

« Suite de la visite ».

Sous un parquet grinçant offrant à leur déambulation un charme incontestable, les visiteurs sont guidés vers une pièce présentant tout pour être légendée « Maternité graphique ». Effet délibérément recherché ou non de la part de son conservateur, Tony Simões Relvas, l’exposition revêt ici une douce atmosphère post-natale. Des îlots de vitrines individuelles agrémentées d’un écriteau rappelant le nom du caractère nourrisson amènent les visiteurs à se faire spectateurs de la poussée de croissance des polices précédemment découvertes. Parmi elles, Choc (1953) et Calypso (1958).

La présence d’une narration plutôt succincte – quelques dates, lieux et noms - au cœur de cette exposition (même si l’audioguide se trouve à disposition des visiteurs qui le souhaitent) en reflète parfaitement le mot d’ordre : regardez, et vous comprendrez.

De la vitrine au sous-verre

Les nouveau-nés assurément laissés entre de bonnes mains, les visiteurs poursuivent leur pèlerinage graphique en profitant d’un panel d’affiches chronologiquement disposées à hauteur de regard. Ainsi, le public voit se dessiner sous ses yeux les prémices de ce qui représente aujourd’hui la communication dite visuelle autour d’entreprises incontournables telles que la SNCF, Air France ou encore la Caisse d’Epargne, offrant un travail particulièrement intéressant autour du dessin symbolisant le célèbre écureuil.

Notons à ce propos que la richesse de cette exposition tient pour beaucoup dans la contribution de la fille du graphiste, Martine Rosaz-Excoffon, qui a prêté nombres d’éléments visibles par le public, avant que ces derniers ne rejoignent l’IMEC (l’Institut des Mémoires de l’Edition Contemporaine).

Si les vitrines accompagnent et agrémentent une grande partie de la visite, les sous-verres et autres encadrements prennent eux aussi allègrement part à l’agencement général, pour le plaisir des yeux, et de l’esprit.

Le climat bien plus contemporain se dégageant de cette pièce est en parfait accord avec son contenu. Des affiches publicitaires datant des années 60-70, l’évolution des caractères rencontrés en début de visite, et une foule d’éléments aussi bien historiques qu’anecdotiques. Une série de huit affiches attire immanquablement l’œil de tout visiteur curieux : tout cela ressemble à de l’Excoffon, mais ne vous méprenez pas, visiteur averti, il n’en est rien. Sont en effet exposées ici les réalisations de différents graphistes en hommage à Excoffon. La patte du graphiste français y est saisissante, laissant tout de même place au graphisme dirons-nous « personnel », propre à chacun des artistes ayant contribué à l’élaboration de cette série, par ailleurs disponible à la vente à la boutique du Musée.

Un dernier tour de salle pour s’assurer d’avoir tout bien vu avant de rejoindre la case « Souvenirs ». Parce que tout de même, « ça vaut l’coup d’œil !», lancera une femme à son compagnon de visite au sortir de l’exposition.

Un p’tit (dé)tour et puis s’en vont

Ne dérogeant pas à la règle de la traditionnelle carte postale, du porte-clés ou du tapis de souris souvenir, le Musée de l’Imprimerie propose à ses visiteurs une dernière escale avant de quitter le navire. Si les objets « types » à l’effigie du Musée répondent donc présent à l’appel du « petit quelque chose qui fait toujours plaisir », d’autres pièces autrement plus rares et précieuses, réalisées notamment par l’Imprimerie nationale, sont également proposées à la vente. Ainsi trouvons-nous par exemple, à quelques mètres des cartes postales et du crayon lumineux, un très beau presse-papier en résine, qui n’est autre qu’un poinçon d’une vignette de Luce, le graveur de Louis XV.

La gravure étant une pratique prédominante au sein du Musée de l’Imprimerie et de l’histoire de cette dernière, l’occasion est proposée au public de s’essayer à cette technique, à l’image d’un atelier de gravure encadré par Eléonore Litim, graveur, dans lequel il sera question de concevoir un lettrage et sa gravure, thématique rappelant immanquablement ladite exposition.

Exposition à venir :

« Quand les livres s’amusent – Magie et surprises des livres animés d’hier et d’aujourd’hui », du 30 mars au 24 juin 2012.

Contacts :

Musée de l'Imprimerie de Lyon

13, Rue de la Poulaillerie

69002 LYON

Tél. 04 78 37 65 98

Fax 04 78 38 25 95

Site web : http://www.imprimerie.lyon.fr/