
- Les femmes fument davantage. - stop-tabac.ch.
En 2010, près d'un adulte sur trois fume des cigarettes en France. Environ 15 millions de personnes, âgées de 15 à 75 ans, «s'en grillent une» régulièrement ou de manière occasionnelle. Des statistiques inquiétantes pour l'Institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES) qui a révélé une tendance à la hausse, «pour la première fois de manière significative depuis la loi Evin» en 1991. En cinq ans, le pourcentage de fumeurs quotidiens a ainsi augmenté de 1,8 points, pour atteindre 28,7% de la population, tandis que les fumeurs occasionnels se maintiennent à 4,7%. Comment expliquer ce phénomène ?
Les femmes de plus en plus nombreuses
C’est peut-être un effet collatéral du combat pour l’égalité entre les sexes : les femmes sont en train de rattraper leur retard sur les hommes, y compris dans le domaine du tabagisme. Roselyne Bachelot, la ministre de la Santé, l’a révélé sur RMC : le nombre de fumeuses âgées de 45 à 65 ans a augmenté de 7 points depuis 2005. «Cette génération a commencé à fumer dans les années 1960, à l'époque où l'industrie du tabac a ciblé les femmes, et elle n'est pas sortie du tabagisme», a expliqué au Figaro, François Beck, responsable des enquêtes statistiques. Le tabagisme masculin est, lui, resté stable, après avoir été en baisse constante depuis les années 1970 quand 60% des hommes fumaient.
On fume plus entre 26 et 34 ans
Ces tendances varient cependant selon les âges: on fume moins entre 20 et 25 ans, mais beaucoup plus entre 26 et 34 ans. Les hommes demeurent plus nombreux que les femmes, même si la tendance est au rapprochement.
La première cigarette, c’est souvent à l’adolescence, pour se donner de l’assurance, et puis, on poursuit généralement par habitude, comme témoigne dans le Journal du Dimanche, Anaïs, 19 ans, étudiante en communication: «J'ai commencé à fumer pour le style, j'avais 16 ans et demi. Puis j'ai vraiment continué par habitude, pour obéir à des pulsions. Le stress ne joue pas, sauf pendant les périodes d'examen où je consomme plus. Avant, la cigarette, chez les femmes, c'était tabou. Ça faisait mauvais genre. Mais maintenant, beaucoup de femmes de mon âge aiment le tabac.»
La crise est passée par là
Roselyne Bachelot a aussi expliqué cette hausse du nombre des fumeurs par la crise économique qui frappe notre pays, depuis 2008. «Pratiquement 50% des chômeurs sont fumeurs et à l'évidence la crise, l'augmentation du chômage, a eu un effet sur l'augmentation de la consommation du tabac», a déclaré la ministre. 49,6% de sans emploi fument en 2010, contre 43,5% en 2005. Une explication à laquelle le pneumologue Bertrand Dautzenberg, président de l'Office français de prévention du tabagisme (OFT), ne croit qu’à moitié. «L'effet de crise joue un rôle (…) mais j'observe que tous les pays européens qui sont en crise comme la France diminuent leur consommation de tabac", a-t-il déclaré à l'Agence France-Presse.
Roselyne Bachelot veut mettre en place un partenariat avec Pôle emploi «pour qu'il y ait une action spécifique qui soit menée auprès des chômeurs».
Les Français les plus pauvres
D’après l’étude de l’INPES, moins on est diplômé, plus on exerce un métier difficile et plus on fume. On recense ainsi 32,8% de fumeurs chez les personnes sans qualification, contre 18,5% à partir de bac +5. «Le tabac, c'est une maladie et comme toutes les maladies, elle touche plus les pauvres que les riches", a encore déclaré Bertrand Dautzenberg à l’AFP. «C'est une injustice qu'il faut corriger en instaurant en particulier la gratuité de l'arrêt du tabac pour les personnes défavorisées». Une manière de répondre à la ministre de la Santé qui a annoncé le passage de 50 euros à 150 euros du forfait annuel pour la prise en charge des traitements d'aide à l'arrêt du tabac pour les femmes enceintes (24% de fumeuses) et les bénéficiaires de la Couverture Maladie Universelle (CMU). «Les derniers fumeurs qui restent dans un pays quand le tabagisme régresse, ce sont les plus pauvres, ceux qui n'ont pas les moyens de s'informer, l'argent pour s'arrêter et qui sont les plus malades du tabac», a ajouté le pneumologue.
Le prix du paquet augmente de 6% le 8 novembre
En Europe, la France est mal placée dans son combat contre le tabagisme. Alors que le tabac a reculé ailleurs, nos résultats ne sont pas bons», confirme le ministère de la Santé. «Selon le dernier baromètre européen, écrit Le Figaro, la France se situe à la 22e place, loin derrière la Slovénie, la Suède et la Finlande, toutes sous le seuil des 20% de fumeurs.
La politique de la santé n’est pas assez volontariste, dénonce les associations anti-tabac et les prix ne sont pas assez prohibitifs pour décourager les fumeurs. Le 8 novembre prochain, une hausse de 6% du prix des paquets de cigarettes va intervenir mais, «c’est insuffisant» disent-elles. Le Haut Conseil de la santé publique se joint à ces organisations pour réclamer des hausses régulières de 10% afin d’atteindre le seuil symbolique de 6 euros le paquet.
Une mesure comme l’interdiction de fumer dans les lieux publics n’a pas entraîné de sevrage chez les fumeurs. En revanche, elle a permis aux fumeurs réguliers de réduire à 13,9 le nombre de cigarettes allumées en moyenne chaque jour.
Le tabagisme est responsable de 60 000 disparitions chaque année en France, «dont 30 000 interviennent avant 65 ans», a rappelé Mme Bachelot.
