Editor's Choice

STP A Travers l'Amérique avec les Rolling Stones

La tournée américaine de 1972 des Stones, côté coulisses.

Fa-bu-leux. Ce bouquin est tout bonnement génial. Un livre culte, un de ceux que tout amateur éclairé de rock'n roll se doit d'avoir dans sa bibliothèque.

Les Stones n’ont pas posé leurs instruments sur une scène américaine depuis ce dramatique concert d’Altamont en décembre 69 où Meredith Hunter, un jeune spectateur, s’était fait descendre par les Hell’s Angels qui assuraient le service d’ordre. Du reste, dans le film traitant de ce festival, Gimme Shelter, l’on y voit les Stones et (presque) tout leur staff s’engouffrer dans un hélicoptère afin de (s’en)fuir, piteux, au plus vite de cet endroit sinistre…Sur ce coup, pas très reluisantes les « Pierres qui roulent »…

Donc, pour cette tournée de 1972, qui doit traverser les States en 55 concerts (dont 3 shows à New York, pour la terminer en apothéose) pas question que le moindre grain de sable ne vienne enrayer le « Barnum » Rolling Stones ; tout le monde est prévenu ; de l’état major aux roadies en passant par les maquilleuses ou le costumier personnel de Jagger, rien ne doit déborder. Les fêtes, d’accord, mais aucun dérapage ne sera accepté !

L’écriture

Robert Greenfield a 26 ans au moment de cette tournée. Grosso modo le même âge que les kids qui assistent aux concerts. Les Stones il les connaît relativement bien. Son magazine (Rolling Stone), l’a envoyé dans le Sud de la France, dans la maison que loue Keith Richards, afin d’y faire un reportage sur l’enregistrement d’Exile On Main Street, le double album dont cette tournée américaine devrait assurer la promotion. C’est donc en toute logique que Greenfield ait été choisit parmi tous les journalistes pressentis pour couvrir l’événement. Le journaliste va donc se fondre dans l’équipe, voyant tout (et plus encore) et notant dans ses carnets tout ce qu’il voit ou entend…D’une écriture rapide, vive, rock and roll, Robert Greenfield raconte la vie d’un groupe en tournée et pas n’importe lequel puisque les Stones, à cette époque, sont considérés, à juste titre d’ailleurs, comme le meilleur groupe de rock du monde : les vols en avion pour rejoindre la prochaine ville, les fêtes quotidiennes dans les chambres d’hôtel (ou chez le boss de Playboy, hallucinant !), les substances illicites consommées ici sans aucune modération, les groupies qui papillonnent d’une chambre à l’autre et les shows, tendus, nerveux, devant un parterre de gamins surexcités et, pour la plupart, presque aussi défoncés que le groupe. Au fil de la lecture, en milieu de tournée, le rythme se ralentit en même temps que la fatigue de toutes ces heures passées dans un état de speed permanent commence à se faire ressentir. L’ennui s’installe, les fêtes ne sont plus que routine…Et certains soirs, le set est expédié vite fait…Ici, de toute façon, et comme toujours avec les Rolling Stones, rien n’est normal. Tout y est démesuré, énorme ! Sexe, Drogues et Rock ‘n Roll, à tous les étages…

La traduction

STP (pour Stones Touring Party) est sorti en France en 1977 (chez Speed 17) et fut rapidement épuisé (des deux côtés de l’Atlantique, en fait), devenant ainsi et à juste raison, un livre culte. Premier livre entièrement dédié à la vie d’un groupe sur la route, sa première traduction en français fut assurée, comme celle-ci, par Philippe Paringaux, le rédacteur en chef du Rock And Folk de la grande époque. Dans son avant- propos, Paringaux, en toute humilité, avoue que sa première traduction n’était pas à la hauteur de ce monument de la littérature musicale. Pour cette réédition, il a tout relu, tout assimilé et a quasiment tout réécrit, ce qui fait que cette nouvelle mouture est d’une qualité d’écriture inouïe, unique. Grâce à Robert Greenfield et Philippe Paringaux (mais aussi à l’éditeur : Le Mot et le Reste) le lecteur est au cœur même du cirque Rolling Stones. Spectateur privilégié, il va, le temps de sa lecture, côtoyer la bande à Jagger dans sa troublante intimité comme s’il était lui même embarqué dans cette extravagante tournée.

A noter que durant tout ce périple déglingué, un photographe américain d’origine Suisse, Robert Frank, fut chargé de filmer toute la tournée dans ses moindres détails. Après visionnage du film, les Rolling Stones s’opposèrent vivement à sa sortie, le jugeant trop compromettant. « Cocksucker Blues », le nom de ce documentaire, est aujourd’hui facilement trouvable sur le net et fait un très bon complément visuel à ce bouquin qu’on recommande vivement ! It’s only rock’n roll. But we like it !!!

STP, A travers l'Amérique avec les Rolling Stones, Robert Greenfield, éditions Le Mot et le Reste, 372 pages

pirate , Maê Bernard

Jean-Dominique BERNARD - Journaliste radio (OuïFm, France Inter), presse écrite (Guitare et Claviers, Xroads, Le Bulletin de l'Industrie du disque, ...

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