« Smile », le 33 tours inédit des Beach Boys que l'on croyait à jamais disparu, est finalement sorti il y a quelques jours sur CD et vinyl, à peine retravaillé, au bout de quarante-cinq ans. Brian Wilson n'avait pas détruit son chef-d'oeuvre, contrairement à ce que l'on croyait. L'album qui contenait "Good Vibrations" avait été préservé.

Trente ans après sa sortie, « Good Vibrations » avait été élu meilleur 45 tours de tous les temps par un jury de cent quarante professionnels dont Paul McCartney, Rod Stewart et Tina Turner. Brian Wilson, le leader du groupe des Beach Boys, avait qualifié sa composition de "petite symphonie de poche". Son enregistrement avait nécessité quatre-vingt dix heures réparties sur cinq mois de studio. On n'ose penser au nombre d'heures qu'a nécessitées l'album "Smile" dans son intégralité.

Un budget pharaonique pour une chanson hors norme...

Coût total d'une seule chanson : 50 000 $, un budget encore jamais atteint pour un 45 tours. A sa sortie, l'accueil fut froid : on reprocha au titre ses innombrables changements de tempo qui le rendaient impossible à danser. Mauvaises vibrations, donc, autour de Brian, qui, de plus en plus, se réfugie dans les paradis artificiels et néglige totalement de rejoindre le groupe en concert. Les problèmes se multiplient au sein de la formation provisoirement dépourvue de leader, à tel point qu’un chanteur de remplacement est recruté. Ils mouillent leur chemise en concert aux quatre coins du monde pendant que Brian reste enfermé chez lui à se droguer au lieu de composer et d'enregistrer.

Un album mort-né

« Good Vibrations », tube mondial fin 1966, devait préluder à la sortie d'un album, « Smile », qui devait être « le » grand œuvre des Beach Boys. Leur maison de disques Capitol, inquiète du retard pris dans la livraison des bandes, mit la pression sur le groupe en faisant imprimer plusieurs dizaines de milliers de pochettes et en diffusant à la radio des spots publicitaires annonçant la sortie imminente du 33 tours. Hélas, au moment où Wilson s’apprêtait à livrer le produit fini, ses amis les Beatles lui firent porter une copie de leur futur album, « Sergeant Pepper’s Lonely Hearts Club Band ». Consterné, Wilson dut reconnaître que « son » chef-d’œuvre à lui n’arriverait pas à la cheville de celui des Beatles. De rage, comme un peintre parfois brûle ses toiles, il effaça de la bande magnétique le fruit d’un an de travail... C’est du moins ce qu’il déclara ! On a la preuve du contraire aujourd'hui.

Une oeuvre livrée en kit !

Quelques privilégiés avaient pu obtenir, avant leur destruction, un ou plusieurs exemplaires de la pochette de « Smile ». Ils connaissaient donc la liste des chansons qui devaient constituer l’album maudit attendu au printemps 1967. Or, quel ne fut pas leur étonnement, au cours des ans, de retrouver les morceaux soi-disant effacés, faire leur apparition, certes au compte-gouttes, entre 1967 et 1971 sur différents 33 tours. Sachant Brian Wilson incapable d’enregistrer depuis des années en raison de sa dépendance aux drogues et de son état physique et mental totalement délabré, une évidence s’imposait : le génial compositeur n’avait pas détruit ses enregistrements ! Pouvait-on, dès lors, espérer un jour découvrir l’album dans son intégralité, puisqu’il n’en manquait plus que quelques chansons ?

- Certainement pas, répondit Mike Love, chanteur du groupe. Ce serait même de l’arnaque que de livrer un projet inachevé. Mais il faut relativiser la portée des titres encore inédits, peu nombreux à ne pas avoir été publiés sur « Smiley Smile », « Wild Honey », « Friends », « 20 / 20 » et « Surf’s Up ». Les fans les plus pointilleux sont parvenus à acquérir sur disques pirates les bandes de travail. La pochette elle-même accompagne ces bootlegs, plusieurs milliers de pochettes avaient été confectionnées un peu à la hâte par Capitol. Dès lors, il ne fut guère difficile, pour les bootleggers, de contrefaire le projet initial. Quant aux admirateurs « basiques » des Beach Boys, ils ne pourraient pas se satisfaire de maquettes inachevées provenant de séances interminables (interview réalisée en 1980 par l’auteur du présent article).

Comment ne pas accorder de crédit aux propos tenus par un membre fondateur du groupe ? Pourtant, contre toute attente, « Smile » parvint chez les disquaires en décembre 2011 !