
- Judias Buenoana - x
En France, on se souvient des affaires Marie Besnard, Simone Weber, dans le plus pur style "arsenic et vieilles dentelles". Et bien sûr de Violette Nozières, parricide chère au cœur des Surréalistes, et des sœurs Papin qui inspirèrent "Les Bonnes" à Jean Genet.
L'homme tue plusieurs fois, la femme généralement une seule, le plus souvent motivée par une passion déçue. Mais la règle n'est pas immuable...
Reportons-nous seulement cinquante ans en arrière…
A l'époque, qui aurait pu penser que la femme délaisse le tricot au profit de l'automobile ? Parions qu'avant longtemps, comme ils ont dû le faire au profit du camp adverse pour le mot "profileur" (ceux, justement, qui traquent les serial killers), les académiciens auront à plancher sur l'éventuelle entrée dans le dictionnaire des néologismes "sérial killeur" et "sérial killeuse" !
Rares sont les femmes qui ont agi seules.
On se souvient de deux Anglaises, et de deux Américaines. La première, surnommée "l'Ange de la Mort", toujours incarcérée, s'est mariée en prison avec un autre détenu… La deuxième se nommait Mary Flora Bell ; en 1968, à l'âge de onze ans, elle a tué deux bambins de trois et quatre ans (une certitude), et peut-être plusieurs autres. "Pour m'amuser, précisera-t-elle, car j'aime faire mal aux gens". La troisième meurtrière célèbre, l'Américaine Judias Buenoana, répond, quant à elle, à des critères tout à fait différents ; elle n'est pas, à proprement parler, un serial killer aux motivations floues, en relation avec la folie la plus exterminatrice.
Judias ne tuait pas "au hasard"
Ses victimes furent ses maris et son fils handicapé. Elle eut tout loisir de s'en repentir : condamnée à la peine capitale en novembre 1985, elle prit place sur la chaise électrique en mars 1998. Douze ans et demi à arpenter le couloir de la mort…
Notre série de portraits de serial "killeuses" isolées s'achève sur Aileen Wuornos, une prostituée homosexuelle qui a sévi en Floride ; en deux ans (1989 et 1990), sept de ses clients sont passés de vie à trépas. Comme de nombreux serial killers, elle fut violée durant sa prime enfance par un père inadapté social. Mais, circonstances atténuantes ou pas, elle fut exécutée en 2002. Il n'a pas fallu longtemps avant qu'elle se retrouve au centre d'un long métrage à succès, "Monster", apparu sur grand écran au printemps 2004.
Travail d'équipe
Les autres célèbres femelles prédatrices, lorsqu'elles n'avaient pas été manipulées par un "gourou" de la trempe d'un Manson, agissaient en tandem avec leur mari ou amant ; elles ne portent donc pas totalement la responsabilité de leurs atrocités, même si elles en étaient peut-être les instigatrices. L'imposante Martha Beck, compagne de Raymond Fernandez, se faisait passer pour sa sœur. Leur champ d'investigation était strictement limité aux femmes seules en quête d'une âme sœur par le truchement des petites annonces.
Raymond séduisait les imprudentes.
Le couple travailla à la chaîne, faisant très certainement une vingtaine de victimes (dont il ne reconnut que trois) entre 1947 et 1949. La Justice mit assez rapidement la petite entreprise en cessation d'activité. Le châtiment ne se fit guère attendre puisqu'ils furent tous deux exécutés en mars 1951. Ces deux-là donneront la trame du thriller américain de 1970 "The Honeymoon Killers" (Les Tueurs de la Lune de miel)", dans lequel "une infirmière obèse et frustrée s'associe à un gigolo dans le vol et le meurtre" (Ciné Télé Guide).
Charlene et Gerald Callego
Plutôt séduisante, Charlene véhiculait les auto-stoppeuses pour assouvir les fantasmes de son mari Gerald Callego planqué à l'arrière du van. La Californie se souvient encore de la dizaine de jeunes filles violées, torturées et parfois même enterrées vivantes, entre 1978 et 1981. Tel père, tel fils : Gerald Callego termina sa carrière comme son paternel, condamné à mort.
Aux Etats-Unis, on estime à 3% la proportion de sociopathes parmi les adultes mâles. Proportion plus faible encore parmi les adultes femelles. rendez-vous dans cent ans...
