L’Eglise spirituelle du Saint Esprit «Mpeve ya N’longo», dans la République démocratique du Congo(RDC) est un mouvement religieux qui a comme vocation fondamentale la guérison par la puissance du Saint Esprit et les produits de base de la pharmacopée.

Dirigée par un «ngunza» (prophète guérisseur), elle fonctionne comme un «hôpital spirituel» qui n’accepte en son sein que des êtres humains et des groupes sociaux accablés par des souffrances diverses. Le ngunza est rempli du Saint Esprit et joue le rôle traditionnel de tradi-thérapeute (nganga): il pratique la divination (nganga-ngombo), traite les maladies à l’aide des plantes (nganga-buka) ou les chasse au moyen des rituels thérapeutiques des guérisseurs (nganga-nkisi). Tout porte donc à croire que lorsqu’on est dans un culte Mpeve ya Nlongo, on est au centre de pratiques bibliques et des pratiques traditionnelles des bakongo. Selon, M. Kimpianga, l’Eglise Mpeve ya N’longo est à la fois une émanation de Dieu et des ancêtres.

Le Mpeve ya N’longo fait partie des mouvements messianiques nés à la suite de l’évangélisation politico-religieuse de Simon Kimbangu. Ce prophète «mukongo» avait réussi pendant la colonisation belge en RDC à répandre une doctrine contestataire fondée sur la Bible et la tradition kongo. Il enseignait la libération de la race noire de l’emprise européenne et la venue d’un prophète rédempteur, le Saint Esprit donc, qui dresserait les nègres sur les blancs. Cette libération impliquait donc l’affranchissement de l’homme noir des us et coutumes entrés en Afrique par la colonisation. Raison pour laquelle, le mariage de la pharmacopée et du Saint Esprit enseigné par la Bible est au centre de leur culte.

La tradition médicale kongo

Le peuple kongo a sa perception de la maladie et une façon de la vivre et de la soigner. Pour lui, les maladies et les conflits sociaux sont l’œuvre soient des ancêtres soient des sorciers (ndoki). Les ancêtres entrent en colère contre les hommes lorsqu’ils sont déçus de leur comportement et par conséquent choisissent une manière appropriée de les punir. Ainsi, dans la cosmogonie kongo, les maladies, les guerres, les disettes... sont l’expression de la colère des ancêtres sur les humains.

Cependant, la société kongo a aussi prévu des personnes et des rites pour soigner les malades, traiter les conflits sociaux et ramener l’harmonie entre les humains et les ancêtres. Ces personnes sont les féticheurs (nganga). Ils jouent à la fois le rôle de médecin traitant et de psychiatre; ils savent déterminer par les techniques de divination, les origines des maux, prescrire des traitements et organiser des rites appropriés afin de répondre aux attentes curatives des patients; ils jouent aussi le rôle de rithothérapeutes et lorsqu’ils basent leurs traitements sur les connaissances qu’ils sont acquises du pouvoir des plantes et des diverses substances de la nature, ils agissent en phytothérapeutes.

Cependant, la présence des Européens principalement des missionnaires catholiques et protestants en milieu kongo au XVIIIe siècle a joué un rôle important dans la négation de la médecine traditionnelle des bakongo. Sous couvert de l’évangélisation, ces missionnaires ont taxé de fétichiste toutes les pratiques de guérison non fondées sur la Bible. Ainsi, les mouvements de contestation politique et religieuse, de Kimpa Vita à Simon Kimbangu, viseront la restauration des valeurs culturelles kongo. Aujourd'hui, ces valeurs sont présentes dans les cultes Mpeve ya N'longo.

Les influences de la tradition médicale kongo dans le culte Mpeve ya N’lonngo

Si dans la société kongo les maux et les souffrances qui accablent l’homme dérivent du conflit entre celui-ci et les ancêtres, dans l’Eglise Mpeve ya N’longo, ils résultent de l’impureté de son âme.

Compte tenu de l’importance que revêt la notion de pureté de l’âme, dans l’Eglise spirituelle du Saint Esprit, la guérison spirituelle est recherchée à tout prix par l’ensemble de ses membres dans l’intention de d’atteindre la pureté divine. A travers cette pratique rituelle thérapeutique, cette église tente de purifier le corps socio-ecclésial, de le fortifier et de le sanctifier par l’action médiatrice du prophète guérisseur. La divination détermine le choix du prophète traitant et des soins à apporter, ainsi que la révélation des causes explicatives de la maladie.

La structure de la guérison pratiquée rappelle celle du passé, où le «nganga» (guérisseur) invoquait, au moyen d’une divination, l’esprit des ancêtres ou d’un fétiche pour susciter leur intervention en faveur de l’homme. Il chassait automatiquement les mauvais esprits et combattait les sorciers, tentant ainsi de penser et repenser la société déséquilibrée. Il semble donc se produire dans la pratique des prophètes Mpeve ya N’longo une substitution à l’ancienne structure thérapeutique: à la place du «nganga», il y a à présent le « ngunza ». Mais la fonction de divination fait apparaître un autre personnage : le «mbikudi» (voyant ou devin), certains «ngunza» pouvant cependant cumuler les deux rôles. De même, l’esprit des ancêtres ou des fétiches est remplacé par le « mpeve » (esprit divin).

Usant de techniques aussi simples que rudimentaires, telles que l’imposition des mains et l’exorcisme, le rituel de guérison Mpeve ya N’longo se donne comme objectif principal parvenir à la santé parfaite par la médiation du «mpeve». Le traitement est donc de ce point de vue une véritable affaire de «cure d’âme».

En conclusion, la pratique religieuse de l'Eglise spirituelle du Saint Esprit, Mpeve ya N'longo, repose essentiellement sur un christianisme enrichi des éléments de la tradition, et tourné principalement vers la guérison, qui constitue la préoccupation fondamentale de la pratique relieuse et des rites. Le mixage entre le christianisme et la tradition kongo est à comprendre comme un effort d'intégration, voire d'enrichissment de la culture de soi par la culture de l'autre.

Sources :

Cahiers des religions Africains, n°67-68, Facultés Catholiques de Kinshasa, 2004.

http://www.jeuneafrique.com/Articles/Dossier/ARTJAJA_2499_p066.xml0/religion-bas-congo-kongoau-c-ur-du-messianisme.html