
- Robin des Bois et Petit Jean - Frank Godwin
À la différence de Vidocq par exemple, dont le mythe prend ses origines dans un personnage historique, celui de Robin des Bois, en dépit des apparences, provient de la répétition d’un récit suffisamment plastique pour recevoir et incarner les aspirations de différentes époques. Pour nous, désormais, Robin des Bois, c’est le bandit au grand cœur qui vit caché dans la forêt de Sherwood et détrousse les riches au profit des pauvres et des opprimés. Plusieurs figures récurrentes gravitent traditionnellement autour de lui : sa belle fiancée, Marianne, son comparse Petit Jean ou l’ignoble shérif de Nottingham. Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi, et la dernière incarnation du mythe au cinéma, le "Robin des Bois" de Ridley Scott avec Russell Crowe et Cate Blanchett, laisse penser qu’il n’a pas fini de se métamorphoser.
Les origines du mythe
On serait tenté de s’imaginer qu’il y eut jadis un Robin de Loxley, seigneur dépossédé de ses terres par l’envahisseur normand et devenu héraut de la résistance saxonne. Il n’en est rien. Le personnage est né de mentions d’abord aléatoires puis récurrentes dans les ballades anglaises du Moyen Âge. À cette époque-là, il n’est pas encore question d’un justicier qui redistribue aux pauvres le fruit de ses exactions. C’est seulement au XVe siècle que l’on réunit un grand nombre de ces ballades pour constituer le premier récit d’un bandit de grands chemins.
Robin n’acquiert son titre de noblesse et sa fiancée Marianne qu’à la fin du XVIe siècle. Notons pour terminer que celui que les francophones appellent Robin des Bois devrait être plus exactement nommé "Robin de la Capuche" (traduction littérale de Robin Hood). On peut trouver le sobriquet français plus bucolique, mais le nom anglais indique clairement la vie de clandestinité que l’on prête au personnage.
Le brigand romantique
Le XIXe siècle voit la figure de Robin prendre une stature nouvelle grâce à l’"Ivanhoé" de Walter Scott. Avec lui, le bandit de grands chemins en vient à incarner la résistance du peuple d’Angleterre contre l’oppression de la noblesse normande. Il n’en fallait pas plus pour que le personnage enflamme l’imaginaire romantique, tellement amateur de grands combats de libération menés par des peuples opprimés.
Trois ans après "Ivanhoé", Thomas Love Peacock écrit "Maid Mariann", qui obtiendra un grand succès. Puis le journaliste Pierce Egan the Younger commettra "Robin Hood and Little John", avant que LE romancier de l’histoire par excellence, Alexandre Dumas, ne s’empare lui aussi du personnage, qui plus est à deux reprises : "Le Prince des voleurs" (1872) et "Robin Hood le proscrit" (1873). On voit bien ce qui a pu séduire l’auteur du "Comte de Monte-Cristo" dans le mythe : un être marginal mais dans son bon droit, qui met sa supériorité et son charisme naturels au service d’une cause juste. Cette lecture caractérise les premières apparitions filmiques de Robin des Bois, l’apogée en étant celle d’Errol Flynn dans "Les Aventures de Robin des Bois" de Michael Curtiz (avec Olivia de Havilland dans le rôle de Marianne). Dans cette superproduction hollywoodienne, l’éclat quelque peu sombre du romantisme a laissé la place à une grande légèreté, pour faire du personnage un lutin bondissant.
Le "Gladiator" réaliste
À la fin du XXe siècle, il n’est plus possible de se contenter de cette image un peu désuète, transformant les combats en spectacles aseptisés à la violence chorégraphiée. Même si Kevin Costner a tendance à faire de son Robin des Bois une sorte de play-boy ("Robin des Bois : Prince des voleurs" de Kevin Reynolds, sorti en 1991), on note un début de changement dans le traitement de la violence inhérente au parcours d’un rebelle en prise avec des usurpateurs.
Une nouvelle étape est franchie avec le "Robin des Bois" de Ridley Scott. Après deux collaborations ("Gladiator" en 2000 et "Une grande année" en 2006), il retrouve Russell Crowe, qui clame haut et fort n’avoir accepté le rôle que pour le nouvel éclairage que le film promettait de jeter sur une légende moult fois ressassée. De fait, Ridley Scott affiche clairement la volonté d’originalité qui a animé son projet : "Du sang, de la douleur, des tragédies, le tout sur fond de Moyen Âge comme on ne l’a jamais vu au cinéma". Pour le bonheur de tous, Robin sera ici secondé, dans une lutte musclée contre la corruption de sa ville de Nottingham, par Lady Marianne, incarnée par une Cate Blanchett tout en intensité. Le film, où le sordide et la fatalité de la violence ne sont pas occultés, fait de Robin un personnage beaucoup plus réaliste que ses prédécesseurs, entre misère et grandeur.
Une projection en avant-première mondiale fait de l’ouverture du Festival de Cannes 2010 un événement (sous la houlette de Tim Burton).
