Les guitares Rickenbacker, Santa Ana, California

Gibson, Fender et... Rickenbacker

Mod 360/12 - JeanMi Chapron
Mod 360/12 - JeanMi Chapron
Rickenbacker va fêter ses 80 ans en 2011. Avec Fender et Gibson, c'est le troisième pilier de l'histoire des guitares américaines qui font rêver les musiciens.

Qui joue quoi ?

Si on associe volontiers Eric Clapton à sa célèbre Fender Stratocaster « Blackie », ou encore BB King à « Lucille », sa 355 Gibson, il est difficile de mentionner la marque Rickenbacker sans évoquer les Beatles.C’est lors d’un concert de Toots Thielemans, au début des années soixante, que John Lennon découvrit le modèle 325 qu’il décida d’acheter.

Il y apporta quelques modifications, en la repeignant, notamment, puisque le modèle original était en teinte de bois naturel. Le groupe commença à avoir du succès en Angleterre, envahissant les charts et alignant les numéros 1.

La Beatlemania était en route. Et doucement, les produits dérivés commencèrent à apparaître sur le marché. Boots, perruques, mugs et porte-clefs. Cartes postales et calendriers suivirent. Tout était à faire en terme de marketing.

La tournée USA, en 1964

Le public voulait du Beatles, on lui donna donc du Beatles. Et Brian Epstein, manager du groupe, eut bien du mal à récupérer des royalties sur chaque produit estampillé Beatles. Puis, vint la conquête de l’Amérique, le début de la British Invasion…

La tournée 1964 fit les gros titres, outre-Atlantique, moins pour les qualités des chansons proposées sur scène, et qu’on avait du mal à entendre, du fait des cris stridents et continus du public, que pour les quasi émeutes déclenchées par des milliers de jeunes fans hystériques partout où le groupe apparaissait.

En matière de communication et de publicité, les Américains étaient en pointe. Outre la musique, et bien malgré eux, les Beatles étaient un phénomène de mode, et les modes génèrent des… profits. On vit donc entre autres, des hôteliers vendre à prix d’or des morceaux de draps ou de taies d’oreillers certifiées comme étant ceux où les Beatles avaient dormi… On alla jusqu’à récupérer le contenu de poubelles…

Grippe et guitare électrique 12 cordes

FC Hall, dirigeant de la firme de guitares Rickenbacker en 1964, émanation de la société originelle Electro String Instrument Corporation, fondée en 1931, avait évidemment noté que John Lennon jouait sur un des ses modèles. On imagine qu’il comprit assez aisément, ou qu’on lui fit comprendre, que le groupe pouvait être un excellent vecteur de publicité pour ses instruments.

En dehors de toute notion de qualité, au même titre que les fans se coiffent et s’habillent comme leurs idoles, les musiciens aiment utiliser les mêmes instruments que leurs modèles.

Lors de la tournée US des Beatles, FC Hall prit rendez-vous avec Brian Epstein, pour présenter quelques modèles, et notamment la fameuse 360/12, la première douze cordes électrique.

George Harrison n’était pas présent, il était resté au lit, avec un début de grippe. On lui fit parvenir cette 12 cordes qu’il essaya et trouva à son goût.

Pendant cet épisode, il était au téléphone avec un animateur de station de radio auquel il donna ses excellentes impressions sur la guitare. L'animateur proposa de la lui offrir, lui aussi voyant l’impact publicitaire pour sa radio.

FC Hall reprit la main, et décida de donner lui-même ce modèle au guitariste, associant virtuellement la marque et le groupe.

Rickenbacker : le son et l'image

On ne peut pas ne pas entendre ce son si particulier sur « A hard day’s night », ou encore sur « I should have known better », ou encore « If I needed someone », ni ne pas reconnaître la forme caractéristique de l’instrument sur les photos ou films.

Cette guitare fait partie du mythe Beatles, liant la marque et le groupe dans l’iconographie et la discographie. George l’utilisera même dans son album Cloud nine de 1987. Plus tard, Paul McCartney utilisera la basse 4001 de la firme, redonnant quelques galons de plus à l’excellente marque américaine, et contribuant à sa popularité à travers le monde.

Et c'est encore avec cette guitare que George sera représenté, en immense portrait, lors du « Concert for George », lors du concert hommage organisé par Eric Clapton, au Royal Albert hall de Londres, pour le premier anniversaire de la disparition de l'ex-Beatle, . La guitare elle-même sera sur scène, près des musiciens.

Made in USA

Contrairement à Fender, par exemple, la fabrication des guitares Rickenbacker n’a jamais été délocalisée en dehors des Etats-Unis et les instruments sont toujours assemblés à la main en Californie, Santa Ana.

Les délais d'attente sont donc relativement longs pour les musiciens qui souhaitent en acquérir un modèle. Mais le choix délibéré de la marque de produire ces instruments à la main en fait un gage de qualité.

Le marché de l'occasion se porte bien et ces guitares ont une cote constante. C'est presque une quête du Graal que de tenter de s'en procurer une en Europe, et Internet et les nombreux sites d'annonces ou d'enchères ont, depuis quelques années facilité la tâche des acquéreurs en leur donnant l'opportunité d'accéder au marché mondial.

Du rêve dans l'étui

Si on a de la chance dans ses recherches, au bout de quelques semaines seulement, on peut alors ouvrir l'étui et découvrir cette guitare, et se laisser aller à l'idée qu'on a dans les mains « l'outil » de George Harrison, ou de Tom Petty, Paul Weller, Roger McGuinn ou bien encore Pete Townshend, et même de The Edge.

Et c'est donc un morceau de rêve concentré dans cet instrument aux sonorités bien particulières et typées, qui, s'il laissera froids les fans de heavy metal et de sons super distordus, transportera de joie les amateurs de sons clairs et crunch de la pop-rock et du jangle propre à la marque.

A visiter : www.rickenbacker.com

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