Quand les fans de Rock millésimé années 90 ont appris que le groupe Alice In Chains allait se reformer, c'est un frisson général qui s'est emparé des nostalgiques du son grunge.

Ce n'est pas la première fois que les reformations disons...hasardeuses provoquent le stupeur des rockers: pour un Brian Johnson reprenant impeccablement le rôle pourtant a priori irremplaçable de Bon Scott au sein d'AC/DC, combien d'auto-parodies?

On ne citera que les Doors des années 2000 de triste mémoire, comme si quiconque pouvait remplacer Jim Morrison dans l'imaginaire collectif, voire les Guns'n'Roses dont ne subsiste plus que le chanteur Axl Rose.

Depuis la mort du chanteur Layne Staley en Avril 2002, on croyait Alice In Chains définitivement rangé dans les souvenirs et les hautes heures de l'Histoire rock'n'rollienne, laissant 3 albums impeccables ( "Facelift" en 1990, plutôt Glam dans l'esprit d'Alice Cooper, et les plus sombres "Dirt" en 1992 et "Alice In Chains" en 1995).

Issu de la mouvance punk-metal de Los Angeles et ayant intégré le groupe à l'occasion d'une a priori d'adieu en 2006, le chanteur William Du Vall pouvait-il faire oublier son charismatique et torturé predecesseur, pauvre ombre ayant définitivement choisi la voie de l'autodestruction à l'âge de 34ans?

Alice déchainée

L'écoute, crainte, attentive et répétée du nouvel album "Black Gives Way To Blue" permet de pouvoir affirmer sans ambages que tout est fidèle à la tradition du groupe: les guitares rugissent, la rythmique foudroie, la voix feule ou caresse; seule celle-ci peut parfois décevoir et sembler plus frêle que celle du chanteur originel.

Mais l'essentiel est là: l'album existe, il est réussi, fidèle à la lignée, il est digne et le groupe rejoue avec un éclat de lumière qu'il avait perdu du fait des démons de son chanteur et, du coup, pourrait bien constituer le chainon manquant entre le premier album "Facelift" et les deux suivants. En gros, un mélange entre l' Alice Cooper période "School's Out", Black Sabbath et le Soundgarden première mouture.

Ce qu'on retiendra surtout à l'ecoute de cet album décidément réussi, c'est le parallel avec le fameux "Back In Black", monumental album d'AC/DC qui avait immédiatement suivi la mort de Bon Scott.

Celui-ci s'ouvrait sur cet invitation à visiter l'Enfer de Dante: "T'es tout jeune mon pote, mais tu vas crever...". Même traitement ici: les titres faisant explicitement réféerence à la disparition de l'ami perdu sont légion et figurent parmi les meilleurs de l'album. "Your Decision", "When The Sun Rose Again" et la chanson titre emeuvent sans pretendre vouloir faire chialer dans les chaumières.

A l'aube des années 2010, on ne manquera pas de souligner avec ironie que c'est un groupe réputé pour sa noirceur qui aura finalement enterré tous las autres groupes Grunge issus de l'explosion post-Nirvana des années 1990.

A l'écoute de ce nouvel effort, il y a fort à parier qu'il s'agit plus d'une résurrection pour un nouveau départ que pour un dernier tour de piste. Les nouveaux AC/DC, ça interesse quelqu'un?