
- Haie composite et multifonction - jean-luc Mercier
Contrairement à la haie de résineux à croissance ultra rapide, qui vieillit mal et s’enlaidit, la haie multifonction se bonifie sans cesse, trouve son propre équilibre, conciliant homme et nature, même sur de petits espaces.
Cet aménagement contribue aussi largement à l’embellissement du paysage.
Les intérêts d’une haie à usages multiples
La haie multifonction est la solution aux jardins allongés, aux surfaces supérieures à 1000 m2, pour les maisons implantées à la campagne, pour les jardins « naturels » et pour ceux et celles qui veulent des oiseaux qui gazouillent, des insectes qui butinent, des fruits pour les confitures et bien d’autres surprises au fil des saisons.
Quoi de plus pédagogique pour les enfants que ce type d’aménagement qui grandit avec eux, se mature, se complexifie et s’enrichit avec le temps.
La faune sauvage y trouve progressivement son compte. Hérisson, muscardin, mésange, merle et rossignol s’y installent. Ces animaux ont un rôle bénéfique sur l’équilibre du jardin en limitant notamment les populations d’insectes parasites des fruits et légumes.
De faible entretien, cette haie est très économique dans le temps. Son implantation est à peine plus chère que celles de résineux.
Les rôles de brise-vue et de brise-vent sont aussi probants qu’avec un mur de conifères, voire même plus efficace avec le temps, puisque ce dernier fini toujours par se dégarnir du bas.
Qu’est-ce que la règle des 3F ?
La nature a pourvu tous les arbustes de feuilles, de fleurs et de fruits.
Mieux, la nature a aussi établit ces propres équilibres dans les lisières de bois ou les haies naturelles en développant les justes équilibres feuilles-fleurs-fruits dans chaque milieu, chaque région, pour que tous les êtres vivants puissent vivre et se développer harmonieusement tant quantitativement que qualitativement.
Bien sur, en acquérant un terrain à bâtir ou une maison avec jardin, rares sont les cas où des haies équilibrées et naturelles existent.
Dans la réflexion à mener pour choisir les végétaux de votre future haie, il va précisément falloir respectez un bon équilibre feuilles, fleurs, fruits. Y parvenir, c’est aussi inventer « la règle des 3B » (biologique- belle-bonne) et des « 3E » (écologique-économique-esthétique).
L’équilibre feuilles-fleurs-fruits est compliqué à atteindre pour l’année. Pour les feuilles on va « jouer » avec les persistants et les caduques. Pour les fleurs, on couvre presque l’année florale naturelle. Pour les fruits c’est délicat : il est difficile de remplacer chênes ou hêtre qui, en nature, apportent des fruits pour plusieurs mois, de l’automne au printemps.
Choisir les bonnes espèces pour réussir la haie
Le choix ci-après concerne la France tempérée. Haute montagne ou climat méditerranéen nécessitent d’autres choix.
Si les espèces naturelles sont privilégiées, les végétaux d’ornements ne sont pas exclus.
Les espèces ci-dessous constituent la meilleure couverture annuelle en fleurs, feuilles et fruits et peuvent, toutes ensemble, s’assembler pour constituer une haie composite riche et prolifique.
- Arbustes à fleurs : amélanchier, aubépine, deutzia, églantier, épine-vinette, escallonia, feijoa, groseiller à fleurs, lilas, néflier, osmanthe, rosier buisson, seringat, sureau, viorne boule de neige, weigélia.
- Arbustes à fruits comestibles : amélanchier, aubépine, cornouiller mâle, églantier, épine-vinette (berbéris), feijoa (la fleur est aussi comestible), groseillers (rouge, à maquereaux, cassis), néflier, noisetier, sureau noir et sureau rouge.
- Arbustes parfumées et mellifères: buis, chèvrefeuille fragrantissime, éléagnus, lilas, osmanthe, seringat, viorne fragrantissime.
- Arbustes à feuilles caduques : amélanchier, aubépine, cornouiller mâle, cotinus coggygria, églantier, forsythia, lilas, néflier, noisetier, rosier buisson à fleurs simples, seringat, sureau, symphorine, viorne boule de neige, groseillers à fleurs et à fruits, weigélia
- Arbustes à feuilles persistantes : aucuba, buis, cotoneasters, escallonia, feijoa, fusain du Japon, houx, if, laurier sauce, laurier tin, osmanthe à feuilles vertes, romarin, troène, viorne à grosses feuilles, viorne à feuilles de camphre.
- Arbustes à feuilles aromatiques : Laurier sauce, romarin.
- Arbustes autres intérêts : cotinus coggygria (inflorescences plumeuses étonnantes), aucuba, cotoneaster lacteus et salicifolia, houx, laurier tin, symphorine, troène (fruits aux couleurs vives, consommés par les oiseaux).
Aménager et gérer sa haie
Ayez l’esprit libre et créatif pour votre plan d’implantation : double rang, avancées, bosquets, densification des persistants ou augmentation des hauteurs là où il y a des vis-à-vis gênants, allègement, percements, voire absence totale lorsqu’il y a des dégagements et perspectives à préserver sur l’extérieur.
Parfois large de plusieurs mètres, parfois étroite, parfois basse, la haie se modèle selon l’environnement, occupe l’espace comme un petit « bois » ou au contraire s’efface.
Préservez de grands espaces ouverts au milieu du jardin.
La subtilité du jeu s’exerce par la maitrise des caractéristiques et dimensions futures de chaque espèce.
L’ensemble constitue une haie champêtre, apparemment libre, mais en réalité contrôlée avec les coupes des branches les plus gênantes et la maitrise des arbustes les plus prolifiques.
Au fur et à mesure du temps, on peut :
- « boucher » des trous naissants, en implantant de jeunes plants de buis, d’if, de laurier sauce, qui prendront les places libres,
- enrichir le « sous-bois » en implantant violettes, narcisses, jonquilles, lierres et jacinthes,
- introduire quelques lianes comme les clématites aux belles fleurs, le chèvrefeuille grimpant et l’akébia quinata, tous deux au suave parfum, la ronce sans épine pour ses mures noires délicieuses.
A lire également, du même auteur : concevoir une haie durable et écologique
