Le cocktail préféré de Serge Gainsbourg et d'Ernest Hemingway frappe autant par le piment de sa recette que par celui des légendes qui l'entourent. Tout de rouge vêtu, le long drink boudé par l'élite parisienne et révélé par les américains dans les années 30 devrait son nom à pas moins de quatre femmes qui ont toutes pour points communs de s'appeler Mary ou Marie et de se répandre en coups de sang passés depuis à la postérité.

Du Bucket of Blood au Bloody Mary

Inventé en 1921 au New York bar à Paris par Ferdinand Petiot, ce célèbre cocktail à la robe écarlate étanche les soifs à coup de vodka, jus de tomate, jus de citron, sauce worcestershire et tabasco.

Un breuvage au tel piquant ne méritait pas moins qu'un cuisant nom de baptême et c'est ainsi que de Bucket of Blood, le seau de sang censé revigorer après une gueule de bois devint à Chicago en 1931 le "Bloody Mary".

Mais à quelle Marie sanglante fait référence le liquide rutilant ? Les avis divergent sur la question et il faut bien reconnaître que l'Histoire regorge de vierges assassines à l'instar de la reine Marie Tudor ou de la pirate Mary Read, réputées pour avoir fait couler le sang en abondance.

Les icônes du cocktail sanglant : Marie Tudor et Mary Read

Toutes deux étaient en effet surnommées "Bloody Mary". La première, fille d'Henri VIII, se lance durant son règne entre 1553 et 1558 à l'assaut des protestants anglicans afin de rétablir le catholicisme en Angleterre. Jetés aux bûchers pour crime d'hérésie, les Marian Martyrs seraient au nombre de trois cent. (1)

La seconde, Mary Read, est connue pour être l'une des rares femmes pirates du 18è siècle. Habillée comme un homme, elle oeuvrait aux côtés du célèbre pirate Jack Rackham et de sa compagne Anne Bonny avec laquelle elle aurait eu d'ailleurs une liaison amoureuse. Féroce guerrière, la légende dit qu'elle dévoilait son sexe à son adversaire mis à terre afin qu'il sache qu'il avait été vaincu par une femme avant de lui assener le coup fatal.

Marie d'Arbassel et Mary Welsh : les satanées Mary ont le sang chaud

D'autres Marie avide de sang ont également été mises en avant dans la recherche de la Bloody Mary originelle. L'une des hypothèses les plus savoureuses concernerait une sulfureuse courtisane du 19è siècle, Marie d'Arbassel, renommée pour boire une coupe d'hémoglobine tirée des veines de son amant juste après en avoir goûté la chair.

L'anecdote veut aussi qu'Ernest Hemingway aurait inspiré le barman de l'hôtel Ritz en commandant un cocktail à l'odeur d'alcool masquée pour ne pas provoquer les foudres de sa "Bloody Mary". Sa satanée Mary faisait alors référence à son épouse, Mary Welsh, qui ne manquait pas de vérifier son haleine quand il rentrait et de lui passer un savon au moindre soupçon de beuverie. Il aurait selon la légende déclaré le lendemain de sa tartuferie : "Bravo, Bloody Mary n'a rien senti !" (2)

Recette et ingrédients du Bloody Mary

Et si l'envie de vous concocter une coupe de Bloody Mary vous prend, sachez avant toute chose qu'il s'agit d'une des mixtures les plus difficiles à réussir. Pour vous y aider, le barmaid Eben Freeman, du restaurant Tailor à New York, vous propose la démonstration en vidéo sur youtube.

Ingrédients pour 1 personne :

  • 4 cl de vodka
  • 12 cl de jus de tomates
  • 0.5 cl de jus de citron
  • 0.5 cl de sauce worcestershire
  • 2 gouttes de tabasco
  • sel
  • poivre
A savoir qu'un mauvais jus de tomate ne donnera qu'une version alcoolisée d'un Gaspacho et qu'il vaut mieux alors préférer un jus de tomate bio naturellement relevé.

1) Le livre des Martyrs de John Foxe

2) Le routard : les hôtels mythiques, Paris- Le Ritz