Que serait la beauté des femmes indiennes sans cette marque qui orne leur front? Rouge, vert, bleu ou noir, rond ou en forme de goutte, le bindi intrigue les Occidentaux. En Inde, il n'est d'ailleurs pas la seule "marque" frontale, car même les hommes et les enfants dessinent sur leur front des signes de couleur. Apprendre à les reconnaître permet de se familiariser avec la culture hindoue.

La marque des femmes mariées : bindi et sindur (sindoor)

Le bindi est le point de couleur situé au milieu du front, entre les deux sourcils. Le sindur (sindoor) est la ligne rouge qui suit la raie des cheveux, parfois sur toute sa longueur, parfois une simple marque posée à la racine des cheveux. En Inde du Sud, le bindi est appelé parfois tilak, pottu ou kumkum. Le mot "bindi" vient du sanskrit "bindu" qui signifie "goutte".

Jusqu'à il y a une vingtaine d'années, le bindi était l'apanage des femmes mariées, au même titre que le sindur. Et pour cause : lors de la cérémonie de mariage, c'est le mari qui trace pour la première fois le sindur dans les cheveux de son épouse, avec une poudre rouge, et qui dessine le point rouge sur son front. En cas de veuvage, la femme hindoue efface définitivement le sindur. Aujourd'hui, le sindur ne se voit plus beaucoup en Inde, sauf dans le Bihar, ou certaines régions rurales, où les traditions sont encore fortement ancrées. Les femmes mariées entretiennent ce sindur en le renouvelant après chaque shampoing.

Seul le sindur est aujourd'hui la marque des femmes mariées (ainsi que le port du sari). Le bindi, comme nous allons le voir, s'il n'est plus réservé aux épouses, s'est doté, avec le temps, d'une plus large symbolique.

La marque rouge sur le front des femmes... et des hommes !

Signe de prospérité, de fortune, de fertilité... la couleur rouge est associée en Inde à toutes les manifestations religieuses et sacrées (le sari de la mariée est rouge). Le rouge, intimement lié à la symbolique de l'hindouisme, représente Shakti, la force, l'énergie vitale, une symbolique qui se perd dans les méandres millénaires des Veda (textes sacrés fondateurs de l'hindouisme). Le bindi est associé originellement au culte de la déesse Parvati, qui est représentée avec cette marque sur le front.

On aurait tort de croire que seules les femmes héritent de cette marque. En revanche, elles sont elles-mêmes détentrices du pouvoir de "bénir", à l'aide de cette marque rouge, toute personne habitant, ou de passage, sous leur toit. Ainsi, chaque matin, les femmes indiennes procèdent-elles aux prières rituelles (les pujas), présentant devant l'autel familial le plateau contenant la poudre de vermillon, une lampe à huile allumée, quelques sucreries (offrandes), quelques grains de riz éventuellement. Une fois les prières terminées, le plateau est présenté aux personnes les plus importantes de la maison (le plus souvent les hommes, les parents ou amis plus âgés). Les pâtisseries sont partagées, et la femme trempe la pointe de son annulaire dans le vermillon pour dessiner un petit rond sur le front de chacun. Ce rituel est effectué également lors de la visite de membres de la famille ou d'amis.

Lorsque vous rencontrez des hommes portant la marque rouge sur le front, vous savez qu'une femme est passée par là ! Dans la plupart des films de Bollywood, on retrouve la même scène : celle où la fille dévouée pose respectueusement le tilak sur le front de son père... Ceci dit, il peut arriver, qu'un homme procède à ce "marquage" lui-même, lorsqu'il s'adresse avec respect à un homme ou une femme plus âgés que lui. On peut observer cette scène à la fin du film "Mohabbatein".

Le bindi moderne, signe de coquetterie pour toutes les filles indiennes

Les traditions se perdent... mais pas la coquetterie des femmes ! Les Indiennes ont toujours eu conscience de la beauté particulière que leur conférait le bindi. Elles se sont mises à le porter dès l'adolescence, juste "pour faire joli". Et aujourd'hui, le bindi se porte de toutes les couleurs, le plus souvent assorti avec la tenue du jour. Il n'est plus fait de poudre de vermillon, mais il est autocollant ! On n'arrête plus le progrès... Vendu par pochettes entières, on en trouve des assortiments de toutes formes et couleurs, des plus classiques (ronds de tous diamètres) aux plus fantaisistes (en forme de larme, de serpentins, de fleurs...).

Les autres marques sur le front des Indiens

On croise dans la rue des Indiens, hommes ou femmes, portant des marques de poudre blanche, jaune, orange ou rouge. Trois barres blanches horizontales signifient que l'on vient de se faire bénir par un prêtre de Shiva (les trois barres symbolisent les trois dents du trident sacré). Trois barres verticales (jaune, rouge, jaune) symbolisent la dévotion à Vishnou. Il n'est pas rare de rencontrer le matin des hommes en costume et cravate, l'attaché-case à la main, partant au bureau le front grossièrement badigeonné. Ils sont allés, avant de partir au travail, se recueillir dans leur temple, où le prêtre ("pandit") les a généreusement bénis...

Les signes sur le front des enfants

Quant aux tout petits enfants, y compris les nouveaux-nés, ils portent invariablement une marque noire, soit au milieu du front, soit sur l'un de ses côtés. Cette marque est censée éloigner le "mauvais œil" et tous les mauvais esprits prompts à s'emparer de l'âme innocente. Beaucoup de bébés se voient également outrageusement "maquillés" de khôl noir, tout autour des yeux : il s'agit d'une ruse toute maternelle, visant à "enlaidir" volontairement son enfant, puisque faire des compliments sur la beauté d'un petit enfant porte malheur. La subtilité de la chose, c'est que plus l'enfant est beau, plus ses yeux sont noircis ; une manière pour les mamans de dire au monde : "Regardez tout le noir que j'ai mis sur ses yeux", traduisez : "Regardez à quel point il est beau"...

Les Occidentaux en Inde peuvent-ils adopter ces marques sur le front ?

Le bindi décoratif peut être facilement porté par les femmes non hindoues. En revanche, le sindur est plutôt déconseillé (il reste un symbole fort de l'hindouisme et du mariage).

Si vous écoutez le discours d'un prêtre dans un temple (la plupart sont ouverts aux non-hindous), il se peut que ce prêtre vous "décore" comme tout auditeur présent. Acceptez ce témoignage de reconnaissance et de bénédiction, vous voilà sous la protection des dieux (en échangeant cette marque contre un billet de banque, que les prêtres refusent rarement, vous serez doublement béni !).

Ce que nous apprennent les films de Bollywood :

Scène de mariage et du sindur, dans Devdas, le film de Sanjay Leela Bhansali, 2003 : Devdas blesse Paro au front pour lui dessiner un "sindur" de sang, signifiant ainsi que, malgré le mariage arrangé qu'elle va vivre, il restera son seul "propriétaire de cœur". Dans la scène du mariage, par la suite, on voit le geste rapide du marié, versant la poudre rouge sur les cheveux de Paro.

Une scène de La Famille indienne (Kabhi Kushi Kabhi Gam) : prière rituelle (Om Jai jagdish Hare) de deux jeunes Indiens, et offrande d'un "laddhu" (pâtisserie indienne au lait concentré), puis pose d'un "tika" sur le front des parents. Les rôles sont ici inversés : c'est le garçon qui mène le rituel, pour les nécessités du scénario, car ce jeune homme essaye de séduire les parents de la jeune fille qu'il veut épouser.