Siliconées et retouchées sur les jaquettes des DVD, perdues et déprimées hors des plateaux de tournage. La formule résume l’une des facettes de la méconnue condition d'actrice de films X, une industrie où pendant longtemps les langues ne se sont pas déliées.

Ex-égérie de Marc Dorcel

L'ancienne hardeuse Yasmina, ancienne égérie du producteur Marc Dorcel, vient de briser l'omerta en donnant une interview aux Inrocks en date du 6 janvier 2011 dans laquelle elle fait part de son mal-vivre et des difficultés rencontrées depuis qu’elle a arrêté les tournages. La jeune femme y narre les salaires payés au lance-pierres, les tentations de la drogue, les tournages éprouvants et les abus de faiblesse pratiqués sur les comédiennes. « C’est un milieu où l’on n’aime pas trop les filles intelligentes qui cherchent à comprendre comment tout cela fonctionne », retient Yasmina.

Anciennes victimes de viol ou d'inceste

Des paroles qui font écho au troublant documentaire Shocking Truth, de la réalisatrice suédoise Alexa Wolf sorti en 2001. Cette enquête sur les bas-fonds du cinéma pornographique s’apparentait à une véritable descente aux enfers, précipitant des filles démunies dans des abîmes de souffrances. Le film concluait que les actrices de X sont « très souvent d’anciennes victimes de viol ou d’inceste. »

« On ne rejoint pas le X par hasard »

Yasmine tend à corroborer le propos lorsqu’elle déclare aux Inrockuptibles : « On ne devient pas actrice de X par hasard. Inconsciemment, chaque fille porte une blessure, une fêlure, un traumatisme important (…). Les exceptions sont rarissimes. » Dans son cas, c’est une thérapie qui lui a permis de discerner ses motivations, à savoir des viols subis par sa mère et sa grand-mère. « Au départ, explique Yasmina, qui dit avoir subi elle-même des attouchements dans sa prime jeunesse, je ne savais pas que j’étais « motivée » par le viol de ma mère, mais lorsque j’ai découvert ce qui lui était arrivé, tout comme à sa propre mère, j’ai comme voulu dire « stop » ! Je serai responsable de ma sexualité, personne d’autre n’aura le droit d’interférer. »

« Je me sens mal, je titube »

Mais la décision de franchir le pas n’empêche pas les doutes. Dans son livre Hard (Grasset, 2001), l’ancienne actrice Raffaëla Anderson se souvient ainsi du contrecoup de son premier casting : « Dans le métro, je me sens mal, je repense à la cassette que j’ai laissée (…), je titube (…). Un bras me retient. J’ai failli tomber sous la rame. » Plus loin : « Chez moi, je me couche immédiatement (…). J’ai beaucoup de mal à m’endormir. Je me dis que ça ne vaut pas le coup d’en arriver là pour de l’argent. »

Un marché de 13 milliards de dollars

Or, de l’argent, l’industrie du X en génère à foison. Le marché américain pèse ainsi près de 13 milliards de dollars. Un phénomène amplifié par internet. Chaque seconde, 30 000 internautes sont connectés sur des sites pornographiques. De fait, les sites pullulent sur la toile, qui privilégient les tournages à la sauvette, le plus souvent sans moyens. On est alors loin des productions « luxueuses » telles que Yasmine les a pratiquées dans les films de Marc Dorcel. Les films « gonzo » dont raffole la toile sont plus trash, plus violents. L’absence de traçabilité des conditions de tournage les rend même franchement inquiétants.

« J'ai vu des filles saigner du nez à cause des gifles »

« Le gonzo, c’est très dur. Les scènes s’enchaînent à toute blinde », témoigne l’actrice Sweet, citée par Frédéric Joignot dans son ouvrage Gang Bang (Seuil, 2007). Sweet décrit encore : « J’ai vu beaucoup de filles saigner du nez à cause des gifles. J’ai vu des poignets cassés, des bleus, des contusions. Cela n’a rien à voir avec des accidents de tournage pendant un film de karaté. Nous ne savons pas, avant, que ça va aller si loin ».

Cela ressemble à du snuff movie

Pour la réalisatrice Jacky Tyler, « le X n’est pas un genre à part entière ». « A cause de la manière dont il est pensé et fabriqué, résume-t-elle dans Gang Bang, il s’apparente davantage à du snuff movie ». Pour rappel, les snuff movies sont ces films clandestins mettant en scène des meurtres réels. Autant dire qu’entre « cinéma » X et abattoir, il n’y a souvent qu’un pas.

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