
- Vue aérienne d'Ibiza - Image Science & Analysis Laboratory, NASA
La colonisation phénicienne à Ibiza date du VIIe s. av. n. ère. Selon Diodore de Sicile, la colonie aurait été fondée cent soixante ans après Carthage, soit vers 654-653 av. n. ère.
Ce sont des Phéniciens d’Occident, venus du sud de la péninsule ibérique, qui s'installent les premiers dans l’île. Avant eux, il n’y avait pas d’habitants à Ibiza. L’île n’est alors qu’une petite escale pour la navigation commerciale. Des entrepôts sont construits à Sa Caleta et Ibiza.
Après quatre générations de ces Phéniciens, c’est-à-dire une centaine d’années, les Carthaginois arrivent dans l’île. L’archéologie ne révèle aucune trace de conquête violente. C’est donc par le biais de la culture que Carthage influence Ibiza au point que celle-ci devienne rapidement punique. Il s’agit d’ailleurs d’une des premières zones d’influence de la nouvelle puissance carthaginoise en Méditerranée.
La nécropole de Puig des Molins
Cette nécropole, située au sud de la ville, est la principale nécropole d’Ibiza. Elle fut occupée à partir du VIe s. av. n. ère.
La transition entre culture funéraire des premiers occupants phéniciens occidentaux et celle des Carthaginois est visible à travers les vestiges archéologiques. On observe par exemple la diminution de l’incinération et l’apparition de grands hypogées. Le mobilier funéraire inclut aussi des œufs d’autruche, des rasoirs rituels et des protomés féminins en terre cuite.
L’Illa Plana
C’est sur ce petit îlot de la baie d’Ibiza qu'a été édifié le premier sanctuaire de la colonie, peu après l’arrivée des Carthaginois, vers 525 av. n. ère.
Le sanctuaire de la grotte d’Es Cuieram
Ce sanctuaire rupestre du nord-est de l’île a été installé au IVe s. av. n. ère. La grotte se trouve au sommet d’une montagne. Le culte qui y était pratiqué était dédié à la déesse punique Tanit. Des figurines en terre cuite représentant la déesse ailée ont été mises au jour.
Des bétyles, des inscriptions votives sur plaquettes de bronze et des autels sacrificiels accompagnés de restes d’animaux calcinés ont aussi été découverts lors des fouilles.
Les ressources d’Ibiza
Dès le début du Ve s. av. n. ère, l’économie de l’île apparait avoir été prospère. Ce développement a pu se faire grâce à l’exploitation des ressources disponibles.
En effet, à cette époque, des installations agricoles apparaissent dans l’ensemble de l’espace rural. Les productions les plus importantes étaient l’huile d’olive, qui était commercialisée sur la côte méditerranéenne de la péninsule ibérique et dans les Baléares, et le vin, dont la production couvrait les besoins des Baléares. L’élevage était également pratiqué. Diodore de Sicile vante d’ailleurs la qualité de la laine d’Ibiza.
Les ressources offertes par la mer étaient aussi exploitées : le sel, le poisson et les coquillages, surtout le murex, qui servait à produire la pourpre. Cet artisanat est connu pour être une spécialité phénicienne.
L’île Formentera, située au sud d’Ibiza et qui formaient ensembles les îles Pituoussai selon Strabon (III, 5, 1), a aussi été peuplée dès le IVe s. av. n. ère et mise en exploitation.
Petit à petit, c’est tout l’ouest du bassin méditerranéen, qui a été conquit par le commerce prospère d’Ibiza. On retrouve ses amphores et ses monnaies en Andalousie, mais aussi dans le sud de la Gaule, en Italie et en Afrique du Nord.
La monnaie d’Ibiza
La première émission monétaire de l’île daterait d’environ 300 av. n. ère. L’iconographie des pièces représente le dieu Bès. La plupart des monnaies étaient en bronze, mais pendant la deuxième guerre punique, Ibiza a frappé des pièces en argent, pour soutenir l’effort de guerre carthaginois.
La frappe monétaire dans l’île s'est poursuivie jusqu’à l’époque romaine, pendant le règne de Claude (Ier s. ap. J.-C.).
Bibliographie :
FERNANDEZ (J. H.), Ibiza, dans LIPINSKI (E.), Dictionnaire de la civilisation phénicienne et punique, Turnhout, 1992, p. 222-226.
KRINGS (V.) éd., La civilisation phénicienne et punique, manuel de recherche, Leiden, New York, Cologne, 1995.
