Quand Henry de Montherlant souligne les bienfaits de la mort

Henry de Montherlant - google images
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Dans "Mors et Vita", Montherlant (1895-1972) évoque la mort avec des considérations qui peuvent choquer les belles âmes mais sonnent juste, comme toujours !

« Il n’y a qu’une préparation à la mort : elle est d’être rassasié. Et il n’y a qu’une immortalité qui vaudrait d’être souhaitée : c’est celle de la vie ! » C’est clair : la mort n’intéresse pas Montherlant qui confesse n’aimer que la vie. Pour lui, c’est elle « le grand mystère », pas la mort ! Néanmoins il l’évoque souvent dans ses essais, en particulier dans Mors et Vita au chapitre Explicit mysterium (« Ici finit le mystère »).

« L’habitude prise »

Dans ce dernier, il commence par se demander pourquoi les vieillards peuvent vivre si paisiblement, alors qu’ils se savent tout proches de la mort ! Réponse : « Je m’explique comment, puisque moi, jeune encore, je le peux. L’habitude prise. »

Pour expliquer leur insensibilité devant la mort d’un ami qu’ils ont fréquenté 40 ans, Henry de Montherlant évoque la « force de la vieillesse. Pour le temps qui leur reste, les vieillards ne veulent pas souffrir. Ils deviennent durs afin de se protéger. »

Autre remarque, peu glorieuse : « Quand mon voisin, derrière le mur, mourant de la poitrine, tousse sans arrêt, je supporte un moment, puis j’éclate : " Il le fait exprès… " »

Le mensonge de la nature

Il parle aussi des mensonges que « l’homme condamné » reçoit sur son lit de malade : « les parents qui lui font des promesses " sacrées " qu’ils sont bien décidés à ne pas tenir » ; « les médecins à rictus, qui affirment que tout va à merveille (…) ; « les héritiers qui le cajolent devant, et le bafouent derrière » (…) « la garde de nuit qui s’endort, et atteste au réveil qu’elle a entendu sonner toutes les heures », etc.

« Et ce n’est pas tout, précise-t-il, il y a le mensonge de la nature. Ce mieux soudain, inexplicable, qui apparaît à quelque instant de n’importe quelle maladie mortelle, c’est un mensonge affreux de la nature. On croit que tout recommence, et tout est fini. »

Satisfaire la curiosité

Il insiste ensuite sur un aspect de la mort qui en choquera plus d’un : les bienfaits qu’elle peut apporter ! Mais si...

D’abord, satisfaire la curiosité ! « Eh bien, nous allons donc savoir ! Comme nous allons dépasser ces vivants ! » Hélas, l’insatisfaction est au rendez-vous : « Notre expérience de l’au-delà reste inutile aux hommes. Savoir enfin, mais une seconde trop tard ! Qu’il n’y ait pas pendant une infime parcelle de seconde, une simultanéité de vie et de mort qui permette au trépassant de dire : " Il y a quelque chose " ou : " Il n’y a rien ". »

Plus d’épate !

Autre bienfait : à l’hôpital, « les gens, enfin, ne font plus d’épate. Quoi qu’il y ait à inscrire au passif de ces conditions, inscrire à leur actif qu’elles haussent l’homme en lui rendant l’humilité. »

Plus loin, sur ce sujet : « La mort apporte un peu de dignité parmi les vivants. Il n’y a pas que méchanceté et ridicule dans une chambre mortuaire. Même les fantoches y découvrent, pendant quelques instants, la gravité. »

Douceur et nouvelles aventures !

La mort apporte un peu de douceur parmi les vivants ; les gens se réconcilient, prennent des résolutions, etc.» Quiconque a participé à un enterrement le sait : les heures qui suivent la mise en bière offrent souvent d’excellents moments en famille…

« La mort fait aussi de l’air. Supprimant les personnes de qui nous avons fait le tour, elle nous permet de nouvelles aventures. » Cela est terrible à écrire mais se vérifie tous les jours auprès de nombreux veufs et de nombreuses veuves : ils ou elles vivent très bien sans X ou sans Y, avec ou sans Z. Pour un(e) inconsolable, combien de « satisfaits » ?

Autres bienfaits : « Et combien l’art et la littérature perdraient, sans cette pédale mise à leur orchestre ! » « Et combien l’amour et le plaisir, s’ils ne se savaient pas menacés ! »

Le fini !

Enfin, « le plus grand de ses bienfaits : la mort nous apporte le fini. En cernant les hommes d’un trait net, elle nous permet de voir des ensembles, de tirer des conclusions, et nous aide ainsi à penser. »

En fait, à lire Montherlant on se dit qu’il attend son départ avec impatience.

Faux ! A cause de « la souffrance physique » qui, elle, « a toutes les apparences du mal - inutile, inexplicable, irréductible en apparence. Et d’ajouter : C’est elle qui me gâche la perspective de l’agonie. »

Jean-Christophe Gruau - Rédacteur indépendant. Outre quelques biographies de commande (déportés et chefs d'entreprises), cet ancien ...

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