
- Henry de Montherlant - google images
Ce qui caractérise l’aristocrate, c’est de cultiver des valeurs qui le mettent à l’écart du troupeau. De prendre de la hauteur. Du plaisir à déplaire aussi ! D'être indifférent à certains hochets, et d’en être fier. Dans ces domaines, Montherlant est champion. Et c’est aussi pour cela qu’il réjouit ses lecteurs, qui n’en peuvent plus – parfois, souvent… - de l’égalitarisme contemporain…
La délivrance
Pour vivre à sa guise, Montherlant refuse que les autres empiètent sur son pré carré : « La plupart des gens acceptent très volontiers que le premier venu ait des droits sur eux. Un inconnu les force à venir au téléphone, les force à répondre à sa lettre, les force à se mettre en colère parce que qu’il les insulte, ou à démentir parce qu’il les a calomniés.
Et de lâcher, superbe : J’imagine le volé qui ne porterait pas plainte : eh quoi ! suffirait-il donc qu’on me volât pour prendre pied dans ma vie ? »
La solitude enchante cet apôtre du bonheur de vivre : « Elle me décrit cette impression douloureuse de perte de force et de rayonnement qu’on a quand on vient de quitter une fête, (…) qu’on se trouve seule, sans musique, sans personne qui vous parle (…) Moi, le contraire. En sortant de quelque " société " que ce soit, toujours ce bondissement de délivrance. »
Dedans et dehors
Il déteste les pétitions, les mouvements collectifs, les solidarités affichées : « Je ne suis solidaire de rien ni de personne. » Mais, en bon adepte du « totalisme », il a toujours un pied dedans et un pied dehors : « A la guerre, combattant volontaire, c’est-à-dire libre de partir quand je voudrais, et c’est ce que je fis. Noble, et à l’écart de ces gens. Catholique, et ne pratiquant pas. Membre de trois associations d’anciens combattants, et n’ayant jamais mis les pieds dans aucune. Toujours cavalier seul, mais toujours donnant l’apparence d’être embringué. »
En revanche, il lorgne parfois sur des modèles de qualité supérieure : « Devant la mort, devant la calamité, devant l’amour le soutien des grands esprits. Comment ils ont réagi. Si on se rend compte qu’on réagit comme eux, tout va bien. »
Loin du vulgaire
Surtout, ne pas ressembler à un commerçant, à un type qui compte : « Les finesses vulgaires : en affaires, ne jamais avouer que l’on est satisfait ; faire croire qu’il existe un concurrent plus généreux, etc. Je n’aime pas tout cela. Bon pour les jeunes gens. »
Concernant la valeur travail, si chère à l’homme de la rue, il cite Tolstoï : « J’ai toujours dit qu’il n’était pardonnable qu’à un être privé de raison, comme la fourmi de la fable, d’élever le travail au rang de vertu et de s’en glorifier. »
En fait, « il y a les gens qui se respectent et ceux qui ne se respectent pas. Ces derniers sont les éternels vainqueurs »…
Sérénité antique
Le fait d’être différent, Montherlant le constate cent fois : « Ma destinée est de souffrir de ce qui ne fait pas souffrir les autres, et de ne pas souffrir de ce qui les fait souffrir. »
« Il m’arrive par sursaut d’être effrayé de ma sérénité au milieu de l’anxiété générale. Serais-je vraiment, comme le disent les journalistes, " inhumain " ? Et de poursuivre : Mais ce qui mériterait de m’effrayer, ce serait que la conscience de cette sérénité m’effrayât. Durant toute l’Antiquité, la sérénité, autrement dit la sagesse, était le Souverain Bien. Aujourd’hui vilipendée : " Egoïste ! inhumain ! " C’est qu’elle est d’essence aristocratique. Il suffit : on voit rouge ! »
Me saouler la gueule
L’aristocrate se révèle par des comportements qui peuvent passer pour farfelus, qui ne jouent pas le jeu de la société : « Quel curieux patron j’aurais fait ! s’exclame Montherlant. Si un de mes employés était venu me demander un jour de congé parce que sa femme accouchait ou après que son enfant était malade, je le lui aurais certes accordé de bon cœur.
Mais s’il m’avait dit : " Accordez-moi un jour de congé parce que j’ai eu des embêtements, que je veux me saouler la gueule, et me reposer le lendemain ", ou encore : " Parce que c’est le premier jour de soleil et que j’ai tant envie d’aller au bois de Vincennes avec ma petite amie ", je crois que je le lui aurais accordé de meilleur cœur encore. – Mon respect du plaisir des autres, respectant le mien. »
Enfin, Montherlant l’aristo cultive l’humour aussi : « Pour marquer combien Un tel est sale, une dame de ma parenté, des plus nobles, me disait : " Il a aux ongles des mains ce que nous avons à ceux des pieds. " »
