
- La cité vue du château - Elodie MORICCI
Peu connue et souvent ignorée sur la route, Sévérac-le-Château, aux portes de l'Aveyron, est une cité au riche passé historique. Habitée dès les temps préhistoriques (les activités humaines y commencèrent il y a 50 000 ans) et située aux croisements de plusieurs régions, cette cité a toujours assumé deux rôles : celui d'être une place forte et celui d'être un lieu commercial.
Origine
Le nom de Sévérac vient probablement d'un propriétaire gallo-romain, Sévérus, qui apparaît dans les textes dès la fin du IXe siècle. Le nom a ensuite suivi un processus classique dans les villes du sud, celui d'accoler le suffixe -ac au nom d'une personne. La première mention d'un baron de Sévérac est faite dans les écrits dès 1003. Cette famille gouverne la cité jusqu'au début du XVe siècle avec, comme dernier gouverneur, Amaury de Sévérac (?-1427) qui fut maréchal de France et qui joua un rôle important dans l'économie et le développement de la cité, en créant par exemple le marché et les foires à Sévérac et aux alentours.
L'implantation
La cité occupe la partie sud-est du promontoire surplombé par le château. Elle est protégée par une muraille et un fossé d'environ 500 mètres de circonférence dont il reste aujourd'hui quelques vestiges. On entrait à l'origine par l'une des quatre portes fortifiées ; aujourd'hui il n'en reste plus que deux, la porte du Peyrou ("pierre", en occitan) et celle du Latazou. Franchir l'une de ces ouvertures, c'est partir à la découverte de ruelles étroites, de passages couverts, de belles tours-escaliers, de fenêtres sculptées...
Départ...
Avant de se ruer vers le château, il est préférable de découvrir la cité médiévale et les curiosités qu'elle recèle. La montée vers le château se fera ensuite tout naturellement. Le départ de la visite pourrait alors se faire rue des Douves, qui porte assez bien son nom, tirant celui-ci de son ancienne fonction, bien qu'elles aient toujours été sèches. Passé sous la porte du Peyrou qui avait l'habitude d'être décorée des armes du seigneur en place, les yeux se dirigent vers les "careyrolles". À l'origine, il fallait demander l'autorisation d'utiliser une parcelle avant d'y construire une maison. Chacun faisant à son idée, les rues devenaient alors sinueuses et le manque de place incitait la population a construire par dessus un passage faisant de lui un passage couvert, une "careyrolle", en occitan. Celles-ci permettaient alors d'y habiter et d'y circuler.
La Maison des Consuls
Rue Amaury de Sévérac, les administrateurs de la cité avaient leur demeure : la Maison des Consuls. Cet édifice est marqué par le raffinement de la Renaissance grâce à des pilastres, des moulures, des frontons sculptés, une galerie en bois et un plafond peint en trompe l'œil. Cette maison semble avoir été construite après 1560. En haute saison, la Maison des Consuls abrite des expositions de documents anciens et une maquette du château tel qu'il était au XVIIe siècle.
Patrimoine divers
Plus loin s'ouvre le Seysteral, qui tire son nom de "setier" qui signifie mesure à grains. Le Seysteral était donc le marché aux grains de la cité. Aujourd'hui, il reste encore quelques anciennes mesures en pierre. Au cours de la promenade, quelques échoppes et étals rappellent la fonction commerciale qu'avait Sévérac. Certains présentent même des traces d'affutage de couteaux. Les magasins étaient ouverts sur la rue mais personne, sauf l'artisan, ne pouvait y entrer. Quelques échoppes datent des XIIIe et XIVe siècles, et accueillaient des commerces classiques comme la boucherie.
Mais la spécialité de Sévérac était la toile de cadis (tissu en laine) qui pouvait être vendue jusqu'en Italie. Plus loin, l'église Saint-Sauveur, qui appartenait à l'époque à un couvent de bénédictines, fut détruite au cours des guerres de religion et reconstruite dans le courant du XVIIe siècle. La fontaine romaine, plus haut, capte des eaux souterraines existantes depuis l'Antiquité et fut pendant longtemps le seul point d'eau de la cité. Pendant les sécheresses, un garde se tenait toujours près d'elle afin d'éviter les abus. Enfin, la maison de Jeanne, qui est sans doute l'une des maisons les plus anciennes du Rouergue (nom de la province correspondant aujourd'hui à l'Aveyron), est datée du XIVe siècle. Ses trois étages penchent un peu mais ils tiennent toujours debout. Son ouverture en haute saison permet d'appréhender les conditions de vie du Moyen-Âge.
Arrivée...
La montée est lente mais motivée, puisqu'une fois passé la cité et toutes ses curiosités, le château attend le visiteur pour lui raconter son histoire.
Sévérac-le-Château mérite plus qu'un arrêt sur une aire d'autoroute et donne une bien belle image de ce qu'est le reste de l'Aveyron avec ses autres châteaux, sa nature surprenante (gorges et lacs), ses cités templières et hospitalières, ses églises, ses traditions...
