C’est un rebondissement que l'on ne voit que dans les séries télévisées américaines. Dominique Strauss-Kahn, «the Perv», comme l'ont surnommé les tabloïds, l’homme que l’accusation a exhibé menottes aux poignets devant les caméras de télévision comme un criminel, pourrait être bientôt être lavé de tous soupçons. Le New York Times affirmait vendredi 1er juillet au matin que l'accusation ne croyait plus aux accusations de la femme de chambre. A 17h45, le même jour, DSK a été libéré sur parole et le juge a décidé de lui rembourser sa caution de 6 millions de dollars. En revanche, l'ex-patron du FMI n'a pas récupéré son passeport. «L'affaire DSK» n'est pas close pour l'instant et la date de l'audience du 18 juin a été maintenue. En attendant peut-être, dans les prochains jours, une nouvelle étape vers une relaxe définitive.

Si la relation sexuelle a bien été démontrée entre l’ex-directeur général du FMI et la femme de ménage du Sofitel Nafissatou Diallo, grâce à l’analyse des vêtements de l'employée, des doutes plus que sérieux ont été émis sur la réalité des viol et agressions sexuelles. Il pourrait s’agir d’un piège tendu contre DSK pour de l’argent car la victime présumée a été prise à plusieurs reprises en flagrant délit de mensonge.

Ce coup de théâtre redonne-t-il une chance à Dominique Strauss-Kahn de reprendre une carrière politique très compromise ? Concrètement, s'il est libre, sera-t-il autorisé à rentrer en France suffisamment vite ? Peut-il enfin sérieusement envisager de se relancer dans la course à la primaire socialiste et, dans cette hypothèse, redevenir un rival sérieux pour Nicolas Sarkozy en 2012 ?

La crédibilité de la victime anéantie

  • L’accusation de crime abandonnée.
Les avocats de Dominique Strauss-Kahn avaient écrit le 25 mai au juge pour expliquer qu’ils avaient découvert des éléments de personnalité sur Nafissatou Dialo qui «entameraient gravement la crédibilité» de la femme de chambre. Les procureurs, ont de leur côté des doutes sur son honnêteté. Ils ont parlé jeudi 30 juin avec la défense de l'abandon des accusations de «crime». Les deux parties sont retournés vendredi 1er juillet devant la Cour suprême de New York.

  • Des activités criminelles.
Les procureurs ont, selon deux enquêteurs cités par le New York Times, évoqué des activités criminelles possibles de la femme de ménage tels que le trafic de drogue et le blanchiment d'argent pour le compte de personnes actuellement en prison. Des informations corroborées par un autre quotidien américain, le tabloïd New York Post , celui-là même qui avait accusé à la Une DSK d’être un «pervers».

  • Des mensonges pour sa demande d’asile.
Dans ses déclarations, Nafissatou Diallo aurait menti lors de sa demande d'asile aux États-Unis en affirmant qu’elle avait été victime de viol et forcée à se marier, et qu'elle avait subi des mutilations sexuelles.

  • Une accusation pour de l’argent?
Plus grave, révèle encore le New York Times, moins de 24 heures après le viol présumé, la femme de ménage aurait été surprise en train de téléphoner à un prisonnier. Au cours de cette conversation enregistrée, elle lui aurait confié qu’elle pouvait obtenir «une grosse somme d’argent» de ses accusations contre DSK.

  • Des transferts de fonds.
Selon L'Express, le prisonnier, que Nafissatou Dialo présente comme «son fiancé», est un trafiquant de drogue arrêté avec 180 kg de marijuana, précise encore le New York Times. Lui et plusieurs autres suspects auraient utilisé la femme de chambre pour transférer sur ses comptes en banque un total de 100 000 dollars ces deux dernières années. Ces virements auraient été effectués à New York, mais aussi en Arizona, en Pennsylvanie et en Géorgie.

  • De grosses dépenses de téléphone.
Enfin, le journal affirme que la jeune femme payait plusieurs centaines de dollars chaque mois de factures de téléphone auprès de cinq compagnies différentes, sans pour autant posséder officiellement ces mobiles. Elle a déclaré qu’elle n’avait «qu’un seul portable», et qu’elle ignorait tout de ces virements bancaires effectués par son «fiancé» et ses amis.

Que va-t-il se passer maintenant ?

  • Devant le juge à 17h30.
Benjamin Brafman, l’un des avocats de DSK, a annoncé que son client comparaîtrait vendredi devant le juge de New York Mickael Obus pour demander, au minimum, un réaménagement de sa liberté provisoire sous caution. Lors de l'audience du 6 juin, la date de comparution suivante devant le juge avait été fixée au 18 juillet. Mais dans un bref communiqué, Erin Duggan, porte-parole du procureur Cyrus Vance, a indiqué que «Dominique Strauss-Kahn comparaîtra demain matin au tribunal à 11h30 (17h30 en France) .

  • Le cauchemar va-t-il s’arrêter ?
Arrêté le 14 mai dernier, inculpé du viol d'une femme de chambre de l'hôtel Sofitel où il séjournait, il a démissionné du FMI. Dominique Strauss-Kahn risque jusqu'à 71 ans de réclusion s'il est reconnu coupable de viol et d'agressions sexuelles. Après quatre jours en prison, il a été mis en liberté provisoire, en attendant son jugement, contre une caution d’un million de dollars et une garantie de cinq millions de dollars. Il réside depuis dans un appartement luxueux de Manhattan.

Pourra-t-il se présenter à la primaire socialiste?

  • Libéré à temps?
Dominique Strauss-Kahn a vu lever son assignation à résidence et les graves accusations portées contre lui pourraient être à leur tour abandonnées prochainement. Le candidat socialiste favori des sondages pour la présidentielle de 2012, écarté de fait de la primaire socialiste, peut-il être libéré à temps pour participer aux élections internes ? Il y a peu de chances que la justice américaine puisse aller si vite, au point de l’autoriser à quitter les États-Unis avant la date de clôture des candidatures, c’est-à-dire le 13 juillet à minuit.

  • Que peut faire le Parti socialiste ?
Ironie de l’histoire, c’est quelques jours à peine après la candidature officielle de Martine Aubry qu’intervient ce coup de théâtre. Elle est la cinquième candidate socialiste, et elle a eu quelques difficultés à ne pas apparaître comme candidate de substitution. Le Parti socialiste pourrait-il accueillir DSK comme si rien ne s’était produit et ce, alors que les Strauss-Kahniens se sont partagés entre François Hollande et Martine Aubry? Si officiellement, rien dans les statuts du PS n’empêche DSK de revenir dans la course, il semble pourtant que la roue de l’histoire ait définitivement tourné pour lui. L'ambiance anti-machiste qui s'est installée dans le pays joue contre son retour.

  • Suspension des primaires ?
Pourtant, Michèle Sabban, conseillère régionale d'Ile-de-France et soutien indéfectible de DSK, a aussitôt demandé à Harlem Désir, le premier secrétaire par intérim, la «suspension» des primaires du PS selon Le Parisien. Elle estime que les informations du quotidien américain «confirment qu'une manipulation devient plausible».

  • La joie de Martine Aubry, Jack Lang...
Martine Aubry, depuis Lille, a déclaré selon L’Express: «C'est l'amie de DSK qui s'exprime ce matin. Les nouvelles qui nous parviennent nous procurent une immense joie». Mais, ajoute l'hebdomadaire, «elle n’a pas souhaité s'exprimer sur une éventuelle remise en cause de la primaire PS ou de sa propre candidature».

Jack Lang de son côté, a parlé de bonheur dans Le Parisien. «D'abord pour Anne et Dominique, mais aussi pour notre pays et pour les amis les plus proches de Dominique Strauss-Kahn, qui n'ont cessé de se battre en faveur de la présomption d'innocence».

  • ... et Jean-Marie Le Guen.
Le député strauss-kahnien de Paris, Jean-Marie Le Guen, a lui aussi exprimé sa joie sur France Info : «La réhabilitation de Dominique Strauss-Kahn, le fait que les accusations terribles qui ont été portées contre lui s'effondrent prouvent que tous ceux qui ont spéculé sur sa disparition politique maintenant devront compter sur une personne (...) qui sera bientôt libre de ses mouvements et qui pourra regarder les Français les yeux dans les yeux».

  • Attente au PS et à l’Élysée.
A la direction du Parti socialiste, chacun attendait vendredi 1er juillet les résultats de la réunion entre DSK et le juge de New York avant d'évoquer la primaire. De son côté, l'Élysée «n'a pas souhaité faire de commentaire». Il est vrai qu’un retour inattendu de Dominique Strauss-Kahn rebattrait les cartes. On se prend alors à rêver que la partie politique, engagée sur des bases plutôt conventionnelles à 11 mois de la présidentielle, puisse prendre, à la faveur de ces événements, un tour plus frénétique.