Au combat, ils partirent à dix et ne revinrent qu'à trois dont l'un mourut des suites de ses blessures.

Une famille patriotique

Exception faite de Julius, le prêtre, davantage sensible aux thèses du Le Sillon (partisans d'une démocratie chrétienne qui entend politiquement et socialement affirmer la présence de l'Église aux problèmes du siècle naissant. Il s'agit de définir une politique dont l'humanisme est au centre des idées, un humanisme teinté de spiritualité )Les autres frères sont des royalistes, des chrétiens et surtout des patriotes convaincus. Ils ont ont donc des idées et des accointances avec l'Action française, mouvance synthétisant toutes les aspirations de l'extrême droite d'alors. imprégnés de sentiments patriotiques, c'est donc avec un enthousiasme et une volonté de battre l'ennemi qu'ils s'engagèrent pour participer au premier conflit mondial, tous sans doute prêts à donner leur vie. Six d'entre eux la donneront.

Une hécatombe familiale:

Dans l'ordre chronologique, voici la fin de six des frères Ruellan

  • Le 17 février 1915, Bernard, 27 ans, adjudant-chef, abattu à Roclincourt alors qu'il voulait porter secours à un camarade blessé. Bernard ouvre la liste macabre.
  • 15 mai 1915 : André, 30 ans, sergent, tué à Massiges (Marne).
  • 17 février 1916 : Henri, 24 ans, brigadier, meurt près de Verdun (Meuse).
  • 22 novembre 1916 : Louis, 38 ans, capitaine, meurt à Ablaincourt dans la Somme.
  • 31 mai 1918 : Berchmans, 28 ans, lieutenant, tombe au combat en Belgique.
  • 1er octobre 1918 : Julius, 48 ans, l'aîné, prêtre, capitaine, est frappé d'une balle à Sainte-Marie-à-Py (Marne).
Le 8 janvier,1930, Xavier, sous-lieutenant, décède des conséquences d'un gazage subi le 1er mars 1918 à Verdun

Stanislas et Charles. sont les deux seuls survivants engagés dans ce sanglant conflit.

Le dernier et le dixième des frères, Auguste n'a pu participer directement aux combats à cause d'une santé précaire. Il se résigna à servir à Saint-Malo.

Si les frères Ruellan sont des victimes de la Grande Guerre, pour certains, ils sont avant tout. des héros. 'Ils ont, semble t-il, en s'engageant, préféré défendre leurs idées et leur Patrie alors qu'ils menaient jusque là une vie aisée . Aujourd'hui, ces fils de Saint Malo ont en leur mémoire et en hommage à leur sacrifice, un rue qui portent leur nom « les six frères Ruellan » (pourquoi pas sept en hommage à Xavier voire les dix car tous les frères ont servi durant le conflit) Une rue porte donc leur nom et une plaque commémorative a été apposée sur la bibliothèque de Paramé, alors la maison familiale des Ruellan.

Ainsi, si Steven Spielberg a pondu un film  sur le triste sort des frères Niland dans Il faut sauver le soldat Ryan (qui pour lors ne sont que deux à avoir succombé au front) durant le second conflit mondial, quel réalisateur osera relater le tragique destin des six voire sept frères Ruellan car, qu'on soit ou non d'accord avec l'esprit et les idées qui les ont conduit à s'engager dans le conflit, il s'agit bien d'un sacrifice inédit et inégalé jusqu'ici.

Source:

Présenté par Marc Jean, Directeur des Archives municipales de Saint Malo ,Les dix Frères Ruellan, aux Editions Cristel.272 pages, 22,70 €