
- John LENNON en 1980 - apple
Il "pouponnait", prenait grand soin de son fils Sean... Mais surveillait avec un soupçon d'inquiétude les hit-parades : lui qui n'avait pas enregistré depuis cinq ans, allait-il retrouver sa place de leader... Ou bien le grand public le bouderait-il ? L'avait-on oublié ?
John Lennon (1940-1980) avait déclaré "La vie commence à quarante ans"
La vie, en effet, (re)commençait : il s'était remis en ménage avec Yoko Ono et leur album "Double Fantasy" se vendait à merveille tandis que son 45 tours "Startin' Over" grimpait à l'assaut du hit-parade. Mais quelques jours plus tard, le 8 décembre 1980, un déséquilibré mettrait un terme à l’une des carrières les plus brillantes du vingtième siècle. Une carrière qui redémarrait !
Un déséquilibré, ce Mark Chapman ?
Possible, mais la veuve de John n’en est pas convaincue : interviewée par Philippe Manœuvre, Yoko Ono fit débrancher toutes les caméras pour lui expliquer, sous le sceau du secret, qu'à son sens le FBI avait armé le bras qui avait tué John. Manœuvre livrera cette confidence beaucoup plus tard, sur Canal Jirnmy. Si l'on reprend la presse de l'époque (1980), on relève que Chapman, au moment de son arrestation, aurait été en possession d'une somme de 2 000 dollars en espèces. La thèse, alors, d'un "contrat", devient plausible.
En 1994 paraissait une biographie de Mark Chapman
Intitulé « Don't let me down, inside the mind of Mark Chapman, the man who killed John Lennon », l'ouvrage révèle les faits suivants : l'idée de meurtre remonte à son enfance. Or, à l'époque (et pour de nombreuses années), il n'a d'autre idée en tête que de tuer son propre père. Mais en même temps, et cela dès l'âge de dix ans, il ne cesse d'écouter la musique des Beatles. Il n'est pas insensé de penser qu'il y a, dès lors, amalgame entre la personnalité de John Lennon et celle de son propre père.
Pourquoi avoir choisi John plutôt qu'un des trois autres Beatles ?
Tout gamin, Chapman est obsédé par l'image du Christ. Or, c'est bien Lennon qui a déclenché un scandale en affirmant que les Beatles étaient plus célèbres que Jésus. Et en rajoutant une couche en adoptant les traits, les cheveux longs et la barbe de Jésus en 1968 - 1969.
Souvent dépressif, Chapman avait des tendances suicidaires
C'est la raison pour laquelle il avait fait un séjour en hôpital psychiatrique, à Waikiki. N'ayant pas le courage, la force de mettre fin à ses jours, Chapman n'aurait alors flingué Lennon que pour détruire sa propre image, de même qu'un dément brisera le miroir qui lui renvoie son reflet. D’ailleurs Chapman, au moment fatal, évita ce "reflet", puisqu'il tira dans le dos de Lennon.
Cette interprétation s'oppose à celle couramment répandue, peut-être montée de toutes pièces par un avocat, à savoir que Chapman, hippie fervent, et donc profondément méprisant envers l'argent, aurait assassiné John par haine de son hypocrisie, pour débarrasser la terre d'un milliardaire progressiste. Ne supportant pas sa vie qu'il considérait comme ratée (il n'a pourtant que 25 ans), Chapman trouve un moyen de laisser sa trace dans l'Histoire en assassinant un personnage illustre. Une liste de plusieurs victimes envisagées sera retrouvée au domicile de Chapman, après son arrestation.
Pas difficile de deviner laquelle fut choisie en premier lieu !
Au moment d'abandonner son dernier job en date, Chapman signe sa feuille de présence du nom "John Lennon" plutôt que du sien.
Vingt ans plus tard (décembre 2 000), à quatre jours d'intervalle avec la date anniversaire du crime monstrueux, Chapman, prisonnier modèle, aurait pu retrouver la liberté, après avoir purgé sa peine à la prison d'Attica State, celle-là même que Lennon avait chanté sur son double album "Some Time in New York city". Depuis son lieu de détention, il avait multiplié les interviews, les appels à la clémence, regrettant son geste, inconscient au point de certifier qu'un être aussi bon et généreux que Lennon lui aurait pardonné son crime.
Happiness is a warm gun
Heureusement, il n'eut pas le toupet de décréter qu'il n'avait fait qu'exécuter le souhait de l'idole : dans « Come Together »(1969), Lennon chantait Shoot me, shoot me... Le producteur George Martin eut à cœur de "gommer" l'enregistrement, ne conservant plus que shoot... Shoot, qui, dès lors, pouvait s'apparenter à une simple onomatopée.
Détail morbide : l'exemplaire du 33 tours "Double Fantasy" de Chapman que John lui avait dédicacé, et qui porte les empreintes digitales de l'assassin n'est plus, dès lors, une pièce à conviction mais... une pièce de collection, qui fut proposée à une vente aux enchères pour la somme d'environ dix millions de francs.
Les fans pleurent Lennon, pas ses fils
À la fin des années quatre-vingt-dix, aucun des deux fils de John, pourtant, n'était tendre envers la mémoire du père disparu prématurément : "C'était un porc machiste et infidèle" tranchait Sean. "C'était un sale égoïste qui nous a abandonnés, ma mère et moi" ajoutant Julian. Freud avait déclaré que, pour s'affirmer, les enfants devaient "tuer le père". Mais un malade s'était acquitté de la tâche à leur place, un triste jour de décembre 1980. Twist and shoot !
