Polémiques autour de Michel Cymes et du cancer de la prostate

Michel Cymes, au coeur de la polémique - Georges Seguin
Michel Cymes, au coeur de la polémique - Georges Seguin
La campagne pour promouvoir le dépistage du cancer de la prostate lancée par le médecin et animateur du Magazine de la santé suscite des critiques.

Comment prévenir sans inquiéter? Une interrogation lourde de sens dans le domaine médical. Les campagnes de dépistage massif des cancers – du sein, du colon ou encore de la peau –, visent à diagnostiquer tôt ces pathologies et donc à augmenter les chances de survie grâce à un démarrage rapide des traitements. Une démarche louable qui achoppe sur nombre d'obstacles dans le cas du cancer de la prostate et dont la promotion suscite la polémique. Explications.

"Cancer de la prostate, ne passez pas à un doigt du diagnostic": la campagne qui fait parler d'elle

Ils sont 14 à avoir baissé leur pantalon en public. Gynécologues, proctologues ou urologues s'affichent en caleçon, l'index levé, pour promouvoir le dépistage du cancer de la prostate. Une initiative du docteur Michel Cymes qui, via son site Bonjour Docteur veut sensibiliser le public, et plus particulièrement les hommes de plus de 50 ans, sur le cancer masculin le plus fréquent avec plus de 40 000 nouveaux cas annuels.

Relayée par l'afficheur JCDecaux qui a mis gracieusement à disposition 250 panneaux, cette campagne choc – titrée "Ne passez pas à un doigt du diagnostic" – aborde le sujet du toucher rectal nécessaire pour le dépistage du cancer de la prostate. "Un examen qui rebute les hommes" et à propos duquel Michel Cymes reconnaît sur son blog avoir voulu "parler légèrement" et "dédramatiser en se servant de l'humour".

Plus discrète, une mention en bas de l'affiche précise que "tous les cancers de la prostate ne doivent pas être traités, mais tous doivent être dépistés par un toucher rectal et une prise de sang". Une petite phrase qui, moins anodine qu'il n'y paraît, alimente les discussions sur le diagnostic mais également sur le traitement du cancer de la prostate.

Faire réagir pour (ré)ouvrir le débat

"Je savais que cela ferait polémique, tant mieux si le débat s'ouvre. Effectivement, si les urologues continuent à faire ce qu'ils veulent, c'est-à-dire à faire "sauter" la prostate à la moindre cellule cancéreuse, alors oui, il y aura surdiagnostic et traitement inutile. Il faut expliquer qu'il existe des cancers qu'il ne faut pas opérer mais seulement surveiller", explique Michel Cymes dans les colonnes du Monde.

L'ablation de la prostate fait souvent suite au dépistage de la maladie. Une opération chirurgicale aujourd'hui controversée. Notamment parce que le cancer de la prostate s'avère "fréquent mais souvent asymptomatique [...], latent, sans effets graves", selon David Zavaglia, docteur en biologie cellulaire et moléculaire. Un cancer dont les cas augmentent en raison du vieillissement de la population, mais qui, dans la moitié des cas, ne serait pas responsable du décès de l'homme qui en est atteint.

Dans ces conditions, que penser de l'ablation systématique de la prostate qui porte assez lourdement atteinte à la qualité de vie en raison des troubles urinaires et sexuels qu'elle engendre? Une question d'autant plus problématique que le dépistage du cancer de la prostate par le dosage de PSA (Protein Antigen Specific) manque de fiabilité et peut aboutir à des faux, positifs comme négatifs.

Le dépistage systématique de la prostate soumis à controverse et à de nombreuses critiques

Les résultats contradictoires de deux études, l'une américaine, l'autre européenne, nourrissent un peu plus le débat. Alors que la première ne montre aucune différence significative de mortalité entre hommes dépistés et ceux qui ne le sont pas, les recherches européennes font état d'une diminution de 20% des décès chez les hommes soumis au dépistage.

Une brèche dans laquelle s'engouffrent les détracteurs de Michel Cymes, au premier rang desquels se place le docteur Dominique Dupagne. Sur son site Atoute.org, ce dernier n'hésite pas à dénoncer un "doigt d'honneur à la science". Et brocarde le dépistage du cancer de la prostate, selon lui "dangereux, car il aboutit à de nombreuses mutilations non justifiées et à des décès induits par les biopsies ou les complications des traitements", mais également "inutile, car le bilan en termes de vies sauvées n’est pas brillant".

Est ainsi détournée l'affiche utilisée par l'Association française des urologues à l'occasion de la journée de la prostate. Pastiche qui déclare: "Les temps sont durs. Aidez les urologues à faire bouillir leur marmite." Fustigeant le "lobby des urologues massivement financé par l'industrie pharmaceutique", Dominique Dupagne n'hésite pas à comparer le dépistage du cancer de la prostate au scandale du Mediator, "persuadé [qu'il] a semé bien plus de morts et de malheur" que le médicament.

Au-delà des critiques touchant l'indépendance des médecins, la campagne lancée par Michel Cymes et les débats qu'elle engendre rappellent l'importance de disposer de tests fiables pour le dépistage systématique de certaines pathologies. Notamment parce qu'un diagnostic erroné peut réduire l'espérance de vie comme aboutir à des actes médicaux dispensables. Sans compter les souffrances psychologiques du patient.

Constance, C. Dubus

Constance Dubus - Petit inventaire à la Prévert : danseuse par loisir, passionnée de littérature (19ème français ...

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14 janv. 2011 15:52
Anonyme :
Bonjour,

Merci d'avoir essayé de démêler un peu les choses.
Deux points néanmoins :

1) C'est le Dr Dupagne, pas Dupargne. (même si le lapsus est compréhensible)
Et surtout :
2) Le dépistage, même dans l'étude européenne, ne sauve pas de vie. Il diminue le nombre de décès par cancer de la prostate et augmente les décès par autres causes
15 janv. 2011 09:00
Anonyme :
Enfin! Enfin un article bien écrit, documenté, raisonnable, non agressif...Merci pour vos commentaires.
Je comprends très bien que l'on puisse ne pas être d'accord avec mon initiative.
Mais , je voudrais juste préciser qu'à aucun moment je ne fais de lobbying pour un dépistage de masse du cancer de la prostate. Mon but était de dédramatiser le toucher rectal. Et oui , je pense qu'il vaut mieux savoir qu'on a un cancer de la prostate , savoir qu'il n'est pas"méchant" , qu'il faut juste le surveiller . Le problème de mes détracteurs c'est qu'ils pensent encore que le patient ne peut pas comprendre , pas gérer sa santé, pas prendre part aux décisions , et ne peut pas supporter de savoir qu'il a un cancer et qu'il peut vivre avec ...
On n'est plus au 19 ème siècle , le patient est adulte et je crois sincèrement que des campagnes comme la nôtre peut faire évoluer les mentalités. Aussi bien côté patient que côté médecins.. encore faut- il avoir envie de débattre. Votre article est un bel exemple de ce que l'on peut dire et écrire en laissant de côté l'hystérie . Bien à vous.
Michel Cymes
17 janv. 2011 08:59
Anonyme :
guest
j'ai hâte de voir l'affiche ailleurs qu'à la télé
elle me plaît
17 janv. 2011 15:22
Anonyme :
@Michel Cymes

Bonjour Docteur,

Je suis surprise de votre phrase "A aucun moment je ne fais de lobbying pour un dépistage de masse. Mon but était de dédramatiser le toucher rectal"...
Une campagne choc, la télé, le battage médiatique, le sous-titre "Tous les cancers *doivent* être dépistés par un toucher rectal et une prise de sang"...
(DOIVENT, hein, pas "peuvent", par exemple....)

Vous ne parlez pas du geste médical, vous parlez du dépistage du cancer de la prostate.
C'est tellement limpide que je ne comprends pas que vous osiez affirmer le contraire.

Très hystériquement vôtre,
Jaddo.
25 janv. 2011 13:43
Anonyme :
Brest 29 . Dupagne n'a pas l'honneteté de dire Que les 180 000 patients détectés trop tard à cause de l'has, l'inca etc rapportent environ 500 Mimmions d'E aux Labos qui fournissent l'hormonothérapie 'castration chimique et pour les chimiothérapies .
Hormonothérapie traitements répétés de 2 à 10 ans 2000 E/an par 160 000patients =320 Millions d'E /an plus 20 000 patients sous chimios à 15 000 E/an =300 Millions d'E aussi.
Dupagne ne dit pas 160 000 patients /hormonothérapie sont tous impuissants .
Un patient détecté à temps c'est 2 à 3 mois de fuite urinaire refonction sexuelle de 12 à 18 mois (moi 14 mois après opération 4 de PSA Cout total 4937 E ( biopsie,opération séjour)
On peut traiter 60 000 patients détectés à temps par an avec 450 Millions d'E avec 5 choix de traitements dont la surveillance Active . plus 100 Millions de dépistage .= moins de 600 Millions d'E . Hors l'assurance maladie a déboursée 1, 83 Milliard d'E en 2005 à cause des dépistés trop tard , 1, 400 Milliard en 2010 ? Un camarade d'enfance est à 45 000 E déja car détecté avec plus de 60 de PSA 5 ans d castration chimique 17 000 E plus 2 ans de chimios à 15 000 E /an . Métastases Osseuses très douloureuses Morphines sans arret jusqu'à épuisement par répétition des chios atroces et se savoir condamné à mort .
2 févr. 2011 19:09
Anonyme :
Depuis mon diagnostic, on se tutoie avec mon proctologue.
3 févr. 2011 01:04
Anonyme :
Notez la parution le 2 février de la mise en garde du tout nouveau Collège de la Médecine Générale. Une réponse posée : http://www.atoute.org/n/article185.html
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