Chris Speding est ce que l'on peut appeler un guitariste pour guitaristes. Malgré une longue carrière cet instrumentiste versatile qui a joué pratiquement tous les genres n'est jamais parvenu à obtenir une reconnaissance autre que circonstancielle de sa valeur. Cela est plus du à la malchance qu'à un manque de talent ou de persévérance de sa part.

Né en 1944, il découvre le rock & roll dans les années 50 avec Bill Haley et Elvis Presley. Il débute dans la musique en jouant du violon dans l'orchestre de son école puis passe à la guitare. C'est à l'école qu'il monte son premier groupe, les Hot Spurs puis comme beaucoup de jeunes Rastignac de son époque, il monte à Londre où il rejoint un groupe, les Vulcans qui n'ont guère laissé de traces. Pour survivre, il joue dans les cabarets et dans les orchestres de croisière. Il passe la seconde moitié des 60's derrière Alan Price ou Paul Jones. Puis vient sa chance : il rejoint l'orchestre de Pete Brown (connu pour avoir écrit plusieurs titres pour les Cream dont « Politician », « Deserted Cities Of The Earth »). Le groupe se nomme Battered Ornaments.

Requin de studio

Avec ce groupe, il se fait connaître et après le départ de Brown, il en devient le leader mais après trois albums, c'est la séparation. Cependant tout n'est pas perdu puisque sa relative notoriété lui permet d'enregistrer deux albums sous son nom. Il enregistre aussi un disque avec Jack Bruce, le bassiste des Cream en 1969(Song For A Taylor). Puis il devient un « requin » de studio et gratte sa guitare derrière Elton John, Nilsson, Family Dogg, Julie Driscoll, Brian Eno, John Cale, Mickey Jupp.

Motor Bikin'

En 1972, il rejoint le groupe que monte l'ex bassiste de Free Andy Fraser, The Sharks. Là, il tient la vedette en tant que guitariste solo mais après un an d'existence et deux albums, c'est terminé. Speding retourne à ses activités alimentaires puis en 1975 signe sur le label de Micke Most, RAK pour lequel il enregistre « Motor Bikin ». C'est ce titre que connaissent la majorité de ceux à qui l'on parle de Speding. « Motor Bikin » marque un changement d'orientation et de style majeur pour le guitariste. Le son n'est plus apparenté au rock progressif ou au jazz-rock mais se rapproche de celui des pionniers du rock tels Buddy Holly ou Gene Vincent et de son guitariste Cliff Gallup. Ce titre lui permet de se forger une crédibilité rock qui va le voir rejoindre les punks de The Vibrators pour leur premier single « Pogo Dancing » et même produire des démos pour les Cramps et les Sex Pistols.

Guitar Jamboree

En 1978, il tente de capitaliser sur cette nouvelle crédibilité avec l'album Guitar Graffiti. Bien que le single « Guitar Jamboree » tiré de l'album où Speding cite Hendrix, Clapton, Beck, Chuck Berry et tous les grands guitaristes des 60's ne marche pas trop mal cela ne lui permet pas d'atteindre le grand public. Il s'expatrie alors à New York et rejoint The Necessaries comme guitariste et auteur mais la recette ne prend pas. Retour à la case Londres et enregistrement de l'album I'm Not Like Everybody Else (1980). Un bon album où outre la reprise éponyme des Kinks figurent aussi l'excellent « The Crying Game » et une grande reprise du chanteur rythm & blues, Arthur Alexander, « Get A Shot Of Rythm & Blues ».

La suite de sa carrière le voit s'allier au chanteur rockabilly Robert Gordon pour deux albums : Rock Billy Boogie (1979) et Bad Boy (1980). Sur ces deux albums, Speding qui prend la suite de la légende indienne du rock 50's Link Wray (cf. « Rumble ») ne démérite pas de son prédécesseur, bien au contraire, mais l'aventure s'interrompt rapidement.

Speding reprend son métier de mercenaire de la guitare et travaille avec Tom Waits, Paul Mc Cartney et Bono tout en enregistrant des albums sous son nom (Mean And Moody en 1985, Enemy Within en 1986 et Café Day en 1990). Il a aussi son propre groupe avec lequel il tourne en Europe principalement et avec lequel il joue un rock sous influence 50's et blues-rock. Il a même tourné à nouveau avec Robert Gordon et enregistré un album live avec ce dernier (Rockin' The Paradiso en 2007).

Chris Speding est l'exemple type de ces musiciens talentueux à qui il n'a manqué que très peu pour passer du statut de musicien culte à celui d'artiste reconnu. Mais, il vous reste toujours les disques...