Comme dans beaucoup de domaines, les enjeux commerciaux finissent par prendre le devant de la scène, y compris sur des pratiques simples qui ne le nécessitent pas. C’est précisément le cas pour bouturer les plantes.

La nature n’a pas attendu après les bacs de bouturage, les hormones de bouturage, pour permettre à de nombreuses plantes de se bouturer. Voici quelques conseils pour des boutures simples à réussir. Nombreux sont ceux qui tentent de nous faire croire que sans tout un "attirail" de matériel et de produits, nos essais sont voués à l'échec. Faux bien-sûr, et nul besoin de main verte et autre superstition de ce genre pour réussir des boutures. Ce n'est pas le taux de réussite qui compte, mais bien le fait de réussir à obtenir de nouvelles plantes ! Nous en avons personnellement fait ainsi des milliers, sans dépenser un centime, ni utilisé le moindre produit, avec des espèces parfois délicates ou rares.

Le principe de la bouture

Le bouturage c’est la reproduction d’un nouveau pied d’une espèce de plante à partir d’un morceau de celle-ci : un morceau de tige, de racine, une feuille, une pousse terminale qui vont reformer une nouvelle plante.

Les végétaux qui s’y prêtent possèdent en latence les éléments manquants ou, et, le pouvoir de les créer. D’un morceau de tige, vont apparaître des racines, des nouvelles pousses avec des feuilles, par exemple.

En fait, à partir de bourgeons (plus ou moins visibles à l’œil nu) ou à partir de tissus de croissance présents dans la plante, une différenciation cellulaire fait que, par exemple, le tissu qui était destiné à devenir une tige va se transformer en racine, sous l’action d’hormones qui guident le principe et déclenchent les processus.

Dans la nature, de nombreuses plantes ont la possibilité de se reproduire à partir de ce principe : sous nos climats, le cas le plus fréquent est celui des saules. Les brindilles et branches qui se cassent avec le vent tombent plus loin sur un sol humide ou sont emportées par un cours d’eau et déposées sur une berge ou une zone vaseuse, émettent des racines et créent de nouveaux arbres.

Les techniques les plus simples de bouturage

Avant d’envisager l’achat de poudres d’hormones, chères et de faible durée de conservation, et puisqu’il ne s’agit pas de réaliser du bouturage professionnel, faites vos essais de boutures avec les plantes que vous souhaitez reproduire. De nombreuses bonnes surprises vous attendent et vous permettent d’obtenir une profusion de plantes gratuites.

  • Les boutures de tiges en pleine terre
La plupart des arbustes à feuilles caduques peuvent être multipliés à bois sec, c'est-à-dire grâce à des boutures prélevées en octobre/novembre et directement mises en terre en « pépinière », mais la technique fonctionne aussi en été sous réserve de réduire le feuillage et de placer les boutures à l’ombre. Suivez tous nos conseils et astuces en cliquant ici.

Beaucoup d’espèces à feuilles persistantes peuvent aussi être bouturées sur le principe des plantes à feuilles caduques.

  • Les boutures dans l’eau
Il s’agit essentiellement de tiges, mais également parfois de feuilles. Le principe consiste simplement à placer dans un pot rempli d’eau des tronçons de tiges, des pousses terminales ou des feuilles dont on laisse émerger au moins la moitié à l’air libre. Il faut changer l’eau régulièrement jusqu’à l'apparition de racines, surtout si les pots sont en verre translucide. Il est utile de réduire de moitié les feuilles pour réduire l’épuisement de la bouture. Pour les tiges, un tronçon avec 6 nœuds est suffisant (trois dans l’eau, trois à l’air, par exemple).

  • Les boutures à la surface du sol
Il s’agit de poser à la surface du sol, bien en contact avec la terre, un tronçon de tige à l’horizontal (yucca, saule, coleus), un segment de cactée (Cylindropuntia), une micro pousse (certains Kalanchoe) ou une feuille de plante grasse (Graptopetalum, certains Sedum) fichée verticalement ou une feuille posée à l’horizontale (certains bégonias)

  • Les boutures de racines
À partir de racines on réalise de petits segments de 4 à 5 cm, parfois plus, que l’on dispose horizontalement sur la terre, dans une caissette par exemple. Il faut ensuite recouvrir ces boutures de 3 à 4 cm de bonne terre qu’il faut garder humide jusqu’à émergence de nouvelles pousses.

Les plantes à bouturer facilement

  • Plantes de jardin dans l’eau :
Laurier rose, cyprès chauve, peupliers, saules à feuilles étroites, lierres, menthes, bignones, hortensias, potentilles, aucubas, lilas…

  • Plantes d’orangerie ou de climat doux dans l’eau :
Brugmansia (Datura), cypérus, passiflores, fuchsias, géraniums…

  • Plantes d’intérieur dans l’eau :
Bégonias d’intérieur, violette du cap, coleus, misère…

  • Tiges et pousses terminales de plantes de jardin :
Forsythia, troènes, fatsia, fatshedera, photinia, phlomis, escallonia, abelia, œillets, yuccas, spirées, fusains persistants, amélanchier, citronnier, viornes, physocarpe, sureaux, eleagnus, chèvrefeuilles persistants à petites feuilles, bignones, laurier rose, peupliers, kolkwitzia, caragana, lilas, vigne, syringa, raisin des ours, romarin, lavande, feijoa, lantana, buis, abutilons, brugmansia

  • Tronçon de tiges posés sur substrat humide :
Yuccas, coleus, saules, peupliers, cactées cylindriques,

  • Feuilles posées ou fichées en terre :
Graptopetalum, sedum, bégonia, echeverias, crassulas, kalanchoes, gloxinia…

  • Racines et tiges souterraines (rhizomes) :
Framboisier, sumac, sansevière, kerria (corête), pivoine arbustive, rosier rugueux, phlox, acanthe, lupin, cotinus, bambou, chiendent d’ornement, aralia, physalis, lilas…

REMARQUE : il est souvent dit et écrit qu’il est préférable de prendre des pousses terminales de plantes dépourvues de fleurs pour mieux réussir les boutures. Nous affirmons, par expérience, que si le taux de reprise est peut-être meilleur pour des boutures de tiges sans fleurs (escallonia, par exemple), le risque de se retrouver plus tard avec des plantes peu florifères est également très accru (laurier rose, bignone, brugmansia, forsythia…). Il semble préférable pour beaucoup de plantes de prendre des pousses avec fleurs et de supprimer l’inflorescence pour le bouturage. La floraison des jeunes pieds obtenus apparaît dés la première année et les plantes semblent beaucoup plus florifères.

CONSEILS : 

1 - S’il existe des périodes plus propices au bouturage, selon les espèces, profitez malgré tout de chaque taille, chaque pousse ou branche cassée, chaque racine coupée pour tenter le bouturage. La nature laisse toujours la place à de jolies surprises, bien au-delà de tout ce qui peut se dire et s’écrire !

2 - Si vous disposez d'un tas de compost, vous pouvez utiliser sa périphérie pour y glisser, en fin d'automne, des rameaux à bouturer. La chaleur interne du tas peut favoriser le développement de racines durant l'hiver. La technique a donné de bons résultats avec fusain, citronnier, rosier de Banks, par exemple.