Peu de gens le savent, même parmi les Parisiens, mais la place du Trocadéro – dans le 16e arrondissement de Paris, au carrefour de l'avenue du Président-Wilson, l'avenue Kléber, l'avenue Raymond-Poincaré, l'avenue d'Eylau, l'avenue George-Mandel et l'avenue Paul Doumer –, qui offre une large vue sur le Champ de Mars et la tour Eiffel, s'appelle en réalité «place du Trocadéro-et-du-11-Novembre» depuis 1978.

Anciennement «place du Roi de Rome» en hommage à Charles Joseph Bonaparte, fils de Napoléon Ier, elle fut rebaptisée «place du Trocadéro » en 1877, en souvenir d'une bataille gagnée par l'armée française sur l'armée espagnole le 31 août 1823, bataille qui se solda par la prise du fort du Trocadéro.

Et c'est là que le bât blesse, car cette victoire n'est pas de celles dont l'on devrait se glorifier.

1820 : le roi Ferdinand VII d'Espagne doit faire face à un mouvement révolutionnaire. Les libéraux lui reprochent son absolutisme, exigent plus de liberté et l'application de la Constitution de 1812. Ferdinand VII est obligé de céder. Des élections sont organisées aux Cortès (comparables aux états généraux français) et donnent la victoire à Rafael del Riego, général et homme politique libéral, alors emprisonné pour républicanisme. Le roi se réfugie à Aranjuez, d'où il demande l'aide de la Sainte Alliance formée par la Russie, l'Autriche, la Prusse puis la France, après les victoires sur Napoléon.

La monarchie des Bourbons en danger

En France, les ultras voudraient que le roi Louis XVIII intervienne et envoie des troupes pour soutenir le souverain espagnol.

Lors du congrès de Vérone, le 22 janvier 1823, la Sainte Alliance donne son accord à la France dans un traité secret pour envoyer des troupes en Espagne et conserver son trône à un petit-fils d'Henri IV. L'écrivain Chateaubriand, ministre des Affaires étrangères qui représente la France à ce congrès, se réjouit que l'armée royale puisse montrer sa valeur pour la gloire de la monarchie des Bourbons. Cent mille soldats français sont désormais prêts à entrer en Espagne.

L'armée des Pyrénées y pénètre le 7 avril, obligeant le gouvernement libéral et les Cortès à se réfugier à Séville, puis à Cadix, en emmenant avec eux le roi Ferdinand VII. Le 23 mai, les troupes françaises entrent dans Madrid, où le duc d'Angoulême, fils de Charles X, installe une régence sous son protectorat.

Les victoires se succèdent, mais c'est en Andalousie que tout se joue, plus précisément à Cadix, défendue par les batteries de quatre forts : Sainte-Catherine, Saint-Sébastien, Santi-Pietri et le Trocadéro construit sur une presqu'île.

Une victoire française... sans éclat

Le fort tombe aux mains de l'infanterie française le 31 août 1823 et, le 20 septembre, c'est au tour du fort Santi-Pietri. Les canons des deux forts, retournés vers Cadix, commencent à bombarder la ville. Le 30 septembre, Cadix capitule et les Cortès rendent à Ferdinand VII le pouvoir absolu. Les libéraux négocient leur reddition et obtiennent du roi qu'il prête le serment de respecter les droits des Espagnols. Mais la dernière partie du règne de Ferdinand VII, qualifiée de «Década ominosa» (abominable décade) sera marquée par la répression dans le sang des mouvements libéraux.

Les derniers soldats français ne quittèrent le sol espagnol qu'en 1828, après avoir rétabli la monarchie absolue.