Pépy II Néferkaré Ier fut le cinquième roi de la VIe dynastie. Il succéda à Merenré Ier qui fut très probablement son père. Pépy II eut au moins cinq épouses : Pépy-ankh-en-es III, Méretitès II (deux filles du roi Pépy Ier) ; Neith, Ipout II et Oudjebten. Mais ce fut surtout la mère du roi, la reine Pépy-ankh-en-es II qui fut célèbre. Elle fut mariée à Pépy Ier puis, à la mort de ce dernier, elle épousa le fils de ce roi et de sa sœur, Merenré Ier. Lorsque Pépy II monta sur le trône, il était très jeune, Pépy-ankh-en-es II devint alors une puissante régente de l’Egypte.

Pépy II et le Papyrus de Turin

La durée du règne de Pépy II attira aussi l’attention des égyptologues. En effet, le célèbre papyrus de Turin, rédigé à l’époque de Merenptah (XIXe dynastie) accorda au moins nonante ans de règne à ce roi. W. Barta qui étudia le document proposa même 94 années ! Neuf signes de la dizaine sont visibles puis il y a une lacune dans le texte.

Toutefois, cette longévité exceptionnelle au pouvoir n’est plus acceptée aujourd’hui. Le papyrus de Turin fut rédigé des siècles après les évènements. Il contient d’autres erreurs. Ce chiffre de 94 ans est même dépassé pour le règne de Baou-netjer, fondateur de la IIe dynastie. Le papyrus lui attribue un règne de 95 ans ! Cette fois, en plus de la durée excessive du règne, le papyrus invente même le roi…

L’archéologie et la durée de règne de Pépy II

L’archéologie a aujourd’hui livré des informations à propos de la durée du règne. Dans le complexe funéraire du roi, à Saqqara Sud, le 32e recensement fut mentionné. Les recensements avaient lieu tous les deux ans. Pépy II régna donc 64 ou 65 ans ce qui fut déjà considérable pour la fin du IIIe millénaire avant notre ère.

D’autres centenaires à la VIe dynastie ?

L’idée d’un roi centenaire est certes oubliée mais le concept existait à cette époque. Plusieurs particuliers de la VIe dynastie écrivirent dans leur tombe qu’ils furent centenaires : le vizir Pepy-ankh Hery-Ib (tombe D2 à Meir, en Moyenne Egypte), Hirkhouf, notable d’Assouan… Cette longévité exceptionnelle ne doit cependant pas être prise à la lettre. Ce chiffre symbolise la sagesse. Pour les Anciens, être vieux signifie être sage. Atteindre l’âge de 100 ans indique donc, de manière symbolique, que le défunt eut une vie longue et qu’il fut un homme sage. Des siècles plus tard, Ramsès II fit même graver une stèle de l’an 400 !

Pépy II fut-il responsable de la fin de l’Ancien Empire ?

A ce jour rien n’indique que Pépy II prétendit atteindre l’âge de cent ans, mais cela n’est pas impossible. De nombreuses théories furent bâties sur ce règne de 94 ans. On accusa le roi d‘être à l’origine du déclin et de l’effondrement de l’Ancien Empire. Pépy II fut comparé par les chercheurs français à Louis XIV qui enterra plusieurs de ses successeurs. Pépy II fut, au XXe siècle, un roi responsable de la désagrégation des institutions de l’Ancien Empire. Il devint un roi faible qui laissa à la noblesse tous les pouvoirs. Peu charismatique, il ternit même l’image de la monarchie. Aujourd’hui, cette vision négative du règne est abandonnée. Les recherches modernes prouvent que le roi fut respecté par la noblesse et que l’Ancien Empire ne s’effondra pas à sa mort.

Plusieurs rois de l’Ancien Empire enterrèrent leur fils ainé qui devait être leur successeur : Snéfrou, Chéops, Mykérinos, Djedkaré-Isesi, Ounas… Pourtant, malgré son long règne, Pépy II fut remplacé par son fils ainé, Merenré II Nemtyemsaf II. Ce dernier figure, à deux reprises, dans le temple haut de la pyramide de Pépy II comme fils ainé du roi. Il est mentionné comme successeur par le papyrus de Turin et la liste royale d’Abydos.

Bibliographie sélective :

BARTA (W.), Bemerkungen zur Chronologie der 6. bis 11. Dynastie, dans Zeitschrift für Ägyptische Sprache und Altertumskunde, b. 108, 1981.

BECKERATH (J.) VON, The date of the end of the Old Kingdom of Egypt, dans Journal of Near Eastern Studies, v. 21, 1962.

GOEDICKE (H.), The Death of Pepi II – Neferkare, dans Studien zur Altägyptischen Kultur, b. 15, 1988.

KANAWATI (N.), Governmental reforms in Old Kingdom, Warminster, 1980.

ROCCATI (A.), La littérature historique sous l'Ancien Empire égyptien, Paris, 1982 (Littératures anciennes du Proche-Orient, n°11).

VERCOUTTER (J.), La fin de l'Ancien Empire : un nouvel examen, dans Sesto Congresso Internazionale di Egittologia, Atti, vol. 2, Turin, 1993.