Comme le signale judicieusement Francis Boulard, vigneron en biodynamie à Cauroy-les-Hermonville, en accueillant les touristes qui viennent à sa rencontre : «Toute dégustation est toujours une initiation, c’est l’occasion de revenir sur la température de service, l’intérêt de la dégustation en verres larges afin de bien ressentir l’expression des arômes et les saveurs des vins. Pour moi, les flûtes étroites, c’est comme aller à une exposition de peintures d’un grand maître avec des lunettes de soleil... J’aime aussi comparer les terroirs et cépages : dominante de pinot meunier sur argile de la vallée de la Marne ; pinot noir sur calcaire en grand cru Mailly de la Montagne de Reims ; chardonnay du massif de Saint-Thierry sur des sables. J’explique l’influence la vinification (alcoolique et malolactique) sur lies en barriques, demi-muids et foudre, ou encore l’impact du dosage sur l’expression des vins : extra brut et brut nature. Enfin, je m’attarde sur l’opportunité de servir des non dosés avec des mets.»

Adepte du bien manger et des plats «champagnards», il réfléchit actuellement à la mise en place de séances spécialement placées sous le signe de la gastronomie.

«Je n'ai pas encore développé l’initiation un plat - un champagne... Je pense cependant, que dans un avenir proche je vais proposer cette option lors de périodes de l’année moins denses en activité, car nous ne sommes que trois à travailler à la maison. En saison, je suis très dépendant de mes activités à la vigne... Mais le projet est en train de mûrir tranquillement.»

Déchiffrer les arômes

Réflexion similaire pour Cédric Guillot qui donne des cours de dégustation au CFPPA d’Avize. «J’envisage de lancer un projet à destination du grand public basé sur le même principe que les sessions de formation que j’anime.» Grand passionné du vin tant par la taille que par son engouement personnel, il officie déjà pour le plaisir des touristes sparnaciens à l’occasion de la journée portes ouvertes en juillet au champagne Gonet-Sulcova.

Les vignerons se sont donc rendus compte de l’intérêt croissant des visiteurs de la région champenoise pour déchiffrer au mieux les mystères des arômes du roi des vins.

Si la dégustation semble d’un abord facile, les touristes ne sont pas tous des oenologues ou des oenophiles avertis. Fort de ce constat, certains vignerons consacrent donc depuis plusieurs années une partie de leur temps à des dégustations thématiques, à l’image de la famille Tarlant, implantée à Oeuilly, qui décline cet exercice en fonction de la vie de la vigne et de l’élaboration du champagne.

Citons aussi, le champagne Claude Corbon qui propose 3 formules de stages d’initiation à la dégustation. Ces stages s’adressent aux amateurs confirmés ou aux débutants. Ils se déroulent à Avize, au coeur du vignoble champenois et sont assurés par Claude ou Agnès.

Autour de jeux de reconnaissance aromatique permettant la découverte des bases des techniques de dégustation

Sont aussi évoqués tous les détails de l’appellation champagne. Visite de cave, accords met-vin, ou encore promenade dans les vignes agrémentent le temps passé au contact des vignerons.

Ecole des vins de Champagne

La référence en la matière reste la Villa Bissinger à Aÿ, qui, par le biais de l’Ecole des vins de Champagne propose de stages de dégustation bien structurés.

«Nous offrons la possibilité aux gens de s’initier toute l’année», explique Etienne Monet, le directeur. «A partir d’un groupe de 6 personnes, nous organisons une découverte des vins de Champagne pour des personnes n’ayant jamais dégusté. Les sessions sont un peu à la carte, et cela nous permet d’aborder différentes thématiques.»

Elles vont de l’initiation à la dégustation de quelques heures, jusqu'au parcours découverte de deux jours mêlant dégustation, gastronomie, visites et découverte du vignoble.

La Villa Bissinger organise également un rendez-vous régulier d’avril à octobre, le premier samedi de chaque mois à partir de 14 h 30. «Dans une ambiance chaleureuse et toute fois un peu technique, nous veillons en 2 heures à ce que nos hôtes repartent avec l’idée que le champagne est vraiment un vin, et pas seulement une boisson pétillante», plaisante Etienne Monet. Dans un premier temps, nous effectuons une présentation de la zone d’appellation en remettant le champagne dans un contexte large. Nous rappelons l’histoire, nous définissons les rôles des acteurs économiques et nous donnons quelques chiffres relatifs à la production.» Puis vient le moment de la dégustation à proprement parler. Les visiteurs apprennent ainsi à apprécier la finesse d’un chardonnay, la vinosité d’un pinot noir, le fruité d’un pinot meunier et l’équilibre d'un assemblage, mais aussi à percevoir toute la magie des alliances subtiles entre les mets et les Champagnes.

Dégustation à l’aveugle

Les vins sont servis à l’aveugle afin d’éviter que les dégustateurs novices ne soient influencés par la forme de la bouteille ou par l’étiquette. «A la fin, nous enlevons tout de même le cache et un dialogue s’instaure où nous nous efforçons de casser les a priori. Au cours de cette découverte, nous véhiculons le principe qu’on ne pas dire «je n’aime pas le champagne». En insistant sur la grande diversité des terroirs et des modes d’élaborations, il existe forcément un champagne correspondant à un palais», déclare le directeur. «Le tout avec un discours simple et ludique. Nous privilégions l’interactivité et non pas le côté scientifique de la dégustation. Des mots simples pour des émotions simples, car nous ne sommes pas des oenologues, mais des dégustateurs.

Nous sommes une association au service du vin de champagne dans son ensemble et les 350 cuvées de notre cave pédagogique proviennent de tous les opérateurs : grandes maisons, coopératives et vignerons. Nous ne privilégions personne, seule l’image du champagne est importante.»

En résumé, l’Ecole des vins de Champagne met à profit sa situation privilégiée au cœur du vignoble pour développer une activité d’information et d’initiation, soutenue par la profession, et complémentaire aux actions de promotion et d’accueil mises en œuvre par les différentes maisons de champagne, coopératives, viticulteurs ainsi que par l’interprofession.