
- My Name is Khan, sortie discrète en France - dharma production
« "My Name is Khan", le plus grand succès mondial de Bollywood ? », titrait Le Post en mars 2010. En France, le doute subsiste, au vu d'une programmation plutôt minimaliste, et du silence assourdissant qui entoure une sortie le 26 mai du film de Karan Johar.
My Name is Khan, un événement mondial
Les chiffres sont tout simplement ahurissants, lorsque l'on fait un état des lieux des ventes de billets et des recettes que le film a déjà engrangées 5 semaines après sa sortie en février 2010 :
- En Inde (mais c'est normal...) : 12,2 millions d'euros ;
- Aux USA et Canada : 2,93 millions d'euros ;
- Au Royaume-Uni (qui compte une énorme population indienne) : 1,9 million d'euros (record jamais atteint par un film indien dans ce pays) ;
- Moyen-Orient : 2,7 millions d'euros ;
- Australie et Nouvelle-Zélande : 1,07 million d'euros ;
- Singapour : 400 000 $ ;
Classé comme le plus grand film hindi diffusé à l'étranger, la Fox, détentrice des droits à l'étranger, avait programmé sa sortie simultanément en Turquie, en Pologne, en Allemagne. A Berlin, My Name is Khan avait déjà fait parler les médias, créant un événement public inattendu, et pas seulement de la part de la communauté indo-pakistanaise, mais bel et bien des Allemands de souche.
Shah Rukh Khan a lui-même assuré le succès de cet accueil en se déplaçant dans les villes où My Name is Khan apparaissait à l'affiche, et où des avant-premières et des premières étaient dignement célébrées.
Politiquement incorrect le thème du gentil musulman ?
My Name is Khan n'arrive en France que quatre mois après sa sortie mondiale. Plusieurs prétextes ont été avancés, dont celui de la préparation du sous-titrage en français, puisque le film ne sera pas doublé. On peut pourtant se demander si le sous-titrage polonais ou turc était plus aisé pour la Fox... Le deuxième prétexte était la longue préparation d'une imposante campagne marketing. A J-1, le public français attend toujours des nouvelles de My Name is Khan, et les médias s'avèrent bien silencieux sur le sujet.
A Paris, seules 9 salles annoncent le programme et l'on apprend que tout compte fait, il n'y a eu que 10 copies de faites pour la France alors que la Pologne en a reçu 40, et que plus de 200 copies ont été faites dès la sortie du film en Inde. En province, silence absolu : on cherche sur tous les sites des cinéma Gaumont, cinémas d'art et d'essai, etc., rien, même pas l'ombre d'une annonce, alors que le film sort au moment du festival de Cannes, et que le monde du cinéma est à l'honneur. A Marseille, où la population maghrébine est très importante, ce silence subliminal devient presque audible : aucune salle n'a programmé My Name is Khan. Une volonté presque politique de faire disparaître un film avant même qu'il ne devienne visible. On se demande alors si le thème du film : "Je m'appelle Khan, et je ne suis pas un terroriste", ne serait pas au cœur même du problème. Un gentil musulman qui tire les larmes du monde entier serait-il un vrai danger et politiquement très incorrect ?
Il se pourrait fort bien, que My Name is Khan ne sorte même pas dans les villes de taille moyenne en France. On se doute que des "études de marché" ont été faites, qui pourraient expliquer ce faible enthousiasme à créer l'événement. La frilosité du 7e art français, qui accepte mal de cohabiter avec un cinéma populaire de grande envergure, doublée d'un chauvinisme latent, restent deux armes redoutables en France pour bloquer l'enthousiasme des foules.
"Une sortie modeste pour ce film-événement qui, malgré son casting de rêve et son message fort, n’a pas convaincu sur la forme... en tout cas pas suffisamment pour une sortie d’envergure. Selon notre partenaire, les avis étaient partagés à la sortie de la projection interne. Sans réellement casser le cliché bollywoodien, le film de Karan Johar ne verse pas non plus dans le réalisme frontal, pour finalement ne plus savoir dans quel registre se placer." (A lire sur Fantastikindia)
La déception des fans de Bollywood
Depuis le début de l'année 2010, la communication autour de My Name is Khan reste confidentielle et marginale : des réseaux de fans ont mis en place des pages dédiées sur Facebook. D'autres ont trouvé le moyen de visionner le film malgré tout en avant-première sur des sites indiens non officiels. On peut se poser la question : qui sont réellement les fans de Bollywood en France ? Bien plus de Français qu'on ne l'imagine ! Les communautés indienne, pakistanaise, sri-lankaise, mauricienne, réunionnaise, bengladaise... Mais aussi toutes les populations originaires d'Afrique du Nord, bercées depuis toujours dans le cinéma indien. Et puis l'Egypte, tout le Moyen-Orient résidant sur le territoire français. Et enfin, n'oublions pas les Français, de plus en plus nombreux à aimer l'Inde et son cinéma. Le succès définitif de "Bharati", et de "La fabuleuse histoire de Bollywood" prouve qu'il existe un vrai public français de souche. Cela représente des millions d'individus, qui malheureusement, ne participeront pas à la fête le 26 mai.
Slumdog Millionaire n'a pas servi de leçon
Le succès planétaire de Slumdog Millionnaire aurait pourtant dû mettre la puce à l'oreille des producteurs : la France aime l'Inde, la France aime le cinéma indien. Voilà un outil marketing qui aurait trouvé sa place pour la promotion de My Name is Khan. De même que la présence du réalisateur Shekar Kapur dans le jury du festival de Cannes 2010. Difficile de comprendre également l'entrée de Shah Rukh Khan au musée Grévin, reconnaissance ultime s'il en est, et en même temps le silence qui entoure sa prestation dans My Name is Khan.
Bref, les Français ne seront pas de la fête le 26 mai, mais il risque d'y avoir de sérieux embouteillages devant les rares salles françaises à programmer My Name is Khan.
Liens :
- Le phénomène Shah Rukh Khan
