La musique a pu servir de tout temps d'instrument de propagande mais aussi d'anti-propagande contre les pouvoirs en place. Le XIXè siècle n'échappe pas à la règle. Ainsi, certaines des œuvres de musique classique les plus célèbres ont été composées dans un contexte de volonté d'indépendance des peuples vis-à vis des puissances qui les dominaient puis de revendications nationalistes.

La marche Radetzky :

S'il est une œuvre qui peut être considérée comme un véritable outil de propagande à l'égard du pouvoir, c'est bien la Marche Radetzky de Johann Strauss Père. En effet, composée en 1848, cette marche militaire célèbre ni plus ni moins la victoire de l'empire d'Autriche des Habsbourg sur les troupes piémontaises du roi Charles Albert cette même année. Remportée par le maréchal Radetzky, d'où le nom de la marche, cette bataille sonne pour un temps le glas des espoirs d'indépendance de l'Italie sous domination autrichienne. Mais le Risorgimento existait bel et bien et rien ne pouvait entraver sa marche en avant.

Si en cette année 1848, année du printemps des peuples, l'empire autrichien fête encore sa grandeur à travers la musique, 1848 a laissé des traces dans les consciences des populations.

VERDI :

L'Italie est donc restée sous domination autrichienne. Mais déjà avant ce tournant de 1848, un compositeur en 1842 relata à travers un opéra allégorique la souffrance du peuple italien sous domination hasbourgeoise. Cet homme c'est Giuseppe Verdi . En effet, alors qu'une des figures du Risorgimento, Mazzini reprochait aux musiciens leur égoïsme et leur individualisme, Verdi crée à Milan, le Nabucco narrant en chant l'esclavage du peuple hébreux sous le joug de Nabuchodonosor roi de Babylone. Si dans un premier temps, nul n'avait réellement compris la transposition avec le contexte austro-italien, très vite cependant, cette oeuvre devient un des chants de résistance des italiens et notamment le fameux choeur des esclaves. L'opéra dans son ensemble se transforme alors en catalyseur des ambitions italiennes et Verdi, malgré lui, en devient une tête de proue. En effet, Verdi au delà de son Nabucco, et même s'il avait des amitiés dans le camp des libéraux, refusa tout engagement officiel pour la cause, ce qui n'empêcha pas certains de voir dans son nom même l'acronyme de Victor-Emmanuel Roi D'Italie !

L'éveil des minorités :

Dans une Europe alors en plein bouleversement, des Etats se construisent, l'Italie devient indépendante en 1861, l'empire allemand achève sa construction après la guerre de 1870 et d'autres nations se retrouvent sous domination. C'est le cas du peuple hongrois qui fut unifié à l'empire autrichien en 1867 et donna naissance à L'empire austro-hongrois. Un homme symbolise avant l'heure tout le paradoxe de cet agglomérat de peuples et autant de possibles nations. En effet, Franz Liszt, musicien virtuose adulé en son temps, est peut être le symbole du paradoxe européen. Cosmopolite et nationaliste à la fois, il ne cessa jamais d'affirmer ses origines magyares même s'il ne parlait pas un mot de cette langue. Ses Rhapsodies hongroises bien que composées avant l'union des deux monarchies en sont le symbole et seront récupérées pour devenir un élément identitaire de la nation hongroise.

Dans cet empire, d'autres minorités s'exprimeront à travers la musique. C'est le cas notamment du peuple tchèque qui veut s'émanciper du pouvoir autrichien. Là aussi, un musicien par sa musique exprimera la volonté de tout un peuple. Il s'agit de Bedrich Smetana . Celui-ci composera ni plus ni moins un cycle de poèmes symphoniques appelé au titre on ne peut plus évocateur, Ma patrie et dont le Moldau est le plus célèbre des poèmes. A travers son œuvre, Smetana revendique sa nationalité tchèque en s'appropriant les thèmes de la culture tchèque. Il fut un ardent défenseur du peuple de Bohème. Son œuvre influencera de grands musiciens dont son compatriote Dvorak.

Au nord de l'Europe :

L'empire austro-hongrois n'est pas le seul à étaler sa soif de puissance. L'empire russe n'est pas en reste et c'est une partie de la Scandinavie qui pâtit de cette domination tsariste. En effet, une partie de la Finlande est intégrée à l'empire du tsar sous la forme d'un duché. De cette domination, les finlandais veulent s'en émanciper et militent pour a réunification. C'est l'occasion pour un musicien d'exalter ce sentiment à travers son œuvre, Jean Sibelius et notamment son hymne symphonique Finlandia.

Ainsi, la musique classique imprégnée d'un fort romantisme, fut un vecteur des idées d'émancipation des peuples sous domination. Bientôt cette musique romantique cédera la place à une période post romantique qui mettra en exergue des sentiments non plus de liberté mais une exaltation du sentiment nationaliste. Déjà, Edvard Grieg exprima ce sentiment dans son œuvre avec par exemple son Peer Gynt. En Allemagne, des forces musicales se déchaînent avec l'exaltation de sentiments inspirés de sentiments nationalistes, mystiques et mettant au centre la notion de surhomme. Richard Wagner en est la figure la plus connue et dont la musique sera récupérée plus tard par le parti nazi.

Le XIXè siècle, siècle de grands bouleversements sociaux, géostratégiques ou encore culturels, a été un siècle de revendications nationales qui n'étaient dans un premier temps qu'un sentiment d'émancipation et de liberté. Divers compositeurs de ces minorités ont pour exprimer ces idées, composé des œuvres musicales des plus remarquables. Cependant, il existe une œuvre qui pourrait paraître une oeuvre musicale ultra-nationaliste mais qui ne l'est pas du tout, c'est le magnifique deutsches Requiem de Brahms. Ce dernier voulait juste composer un requiem en allemand sans aucune arrière pensée politique derrière l'oeuvre. Comme quoi, il ne faut pas se fier aux apparences.