Montherlant et la primauté de la littérature, de la chose écrite

Henry de Montherlant - google images
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Dans ses Carnets, Montherlant évoque souvent l'importance que la chose écrite revêt à ses yeux. Et ce, y compris dans la moindre correspondance...

«Je n’ai rien fait dans ce monde, que des livres, et l’amour», confesse Henry de Montherlant qui aurait pu ajouter qu’il a aussi beaucoup lu les "confrères", ceux de l’antiquité surtout. Ecrits entre 1930 et 1944, ses Carnets glorifient Dame Littérature et en donnent des vues susceptibles de toucher quiconque ressent une violente attirance pour la chose écrite…

Verba volant, scripta manent

Les paroles s’envolent, les écrits restent… Pour Montherlant (1895-1972), c’est le meilleur des dictons. D’où le soin extrême qu’un écrivain doit attacher à ses moindres écrits, y compris à sa correspondance avec le premier venu…

Or, écrit-il, «nous ne songeons pas assez à la postérité quand nous écrivons une lettre. Nous mettons une légèreté extrême à gribouiller n’importe quoi – seulement pour faire des lignes, - alors que ces feuillets témoigneront pour ou contre nous aussi longtemps, et parfois, avec plus d’efficacité que nos livres.»

André Suarès

Bien qu’il ait vécu un stylo toujours à portée de main, Montherlant n’est pas de ces écrivains «strictement capables de rien d’autre qu’écrire». Comme Edmond Jaloux et André Suarès, par exemple…

«On raconte que, dans un déménagement, J. finissait d’écrire un manuscrit déployé sur une caisse, et commençait d’écrire un manuscrit déployé sur une caisse à côté. S ne quitte sa table de travail que pour aller dans les musées, et J que pour aller dans les salons.» Et Montherlant d’ajouter : «La vie ? Connais pas. Veux pas connaître. Suis incapable de connaître.»

Une plume à la main

Dans ses Carnets, il brocarde aussi les littérateurs qui ne «pensent» qu’une plume à la main.

«Mettez-les dans la conversation sur tel sujet sur lequel ils ont écrit avec brio, ils restent cois, s’ils ne se souviennent de ce qu’ils ont écrit, pour le répéter, ou bien ils émettent une opinion contraire à celle qu’ils ont émise par écrit. Car sur ce sujet ils ne pensent rien, ce qui s’appelle rien ; s’ils ont pensé quelque chose, cela a duré le temps d’en faire une phrase, comme il y a des amours qui durent le temps d’en faire un roman…»

La gloire littéraire

Concernant les oeuvres de l’écrivain, Montherlant souligne qu’«on n’y croit plus au moment où on les donne à l’impression ; on y croit moins encore quand on les laisse réimprimer après dix ans. Cependant on les laisse imprimer ou réimprimer, comme si de rien n’était. Elles sont signées de vous, et elles ne sont pas de vous.»

Et la gloire littéraire ? Une méprise, généralement: «Ce que nous applaudissons le plus dans un auteur est cela où nous nous reconnaissons nous-même. De là que, très souvent, c’est par leur part la moins originale que survivent les génies.»

Bref, «ceci plaît et cela déplaît, presque toujours pour de mauvaises raisons. Et il est aussi absurde de se gonfler pour un succès, que de se morfondre pour un échec.»

Critique littéraire

Concernant les critiques littéraires, c’est peu dire que Montherlant est exigeant : «On ne devrait jamais écrire d’un auteur sans avoir tout lu de lui, et tout se rappeler.»

Les critiques répondant rarement à cette exigence, l’auteur de Service inutile pense qu’un auteur doit commenter ses propres livres s’il veut que ses lecteurs et la critique les comprennent : «C’est un des lieux communs de la sottise parlée et écrite, que l’auteur ne doit pas expliquer son œuvre.»

D’où les nombreuses notes, préfaces et autres avant-propos que Montherlant a lui-même écrits pour les glisser dans ses œuvres, ses essais en particulier…

Chéri de Colette

Il est vrai que le critique est condamné à être souvent hors sujet, à côté de la plaque : «Quand on referme Chéri, écrit Montherlant, on dit : "C’est ça !" Deux syllabes, mais nul autre éloge ne les vaut.

Seulement, cela ne suffit pas au critique. On ne peut pas faire des Cahiers Colette avec un "C’est ça!" Aux livres de Colette pourquoi des gloses ? Et quels commentaires ? Le critique ne sait où se prendre, parce qu’il sait qu’il n’y a rien à expliquer, rien à critiquer ; il n’y a qu’à admirer.»

Une grande journée

Il est vrai que l'admiration joue un rôle essentiel chez Montherlant, qui sort toujours "gagnant-gagnant" d’une séance de lecture:

«La journée où nous avons découvert que tel auteur, mal connu de nous, est bel et bien un génie comme on le prétend, cette journée est une grande journée. Mais la journée où nous avons découvert que tel auteur, universellement tenu pour un génie, n’en est pas un, cette journée-là est une grande journée elle aussi.»

En conclusion : vive la lecture !

Jean-Christophe Gruau - Rédacteur indépendant. Outre quelques biographies de commande (déportés et chefs d'entreprises), cet ancien ...

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Commentaires

23 avr. 2011 23:32
Anonyme :
Quel article intéressant !
1 Commentaire:
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