La monarchie de Juillet est une période de triomphe de la bourgeoisie. Il y a de nombreux troubles et désordres, ayant pour origine la contestation d'un régime se voulant un régime de juste milieu et qui de fait est contesté par sa droite et par sa gauche. Il y a aussi une volonté de rigorisme des mœurs.

La fin de la Branche aînée des Bourbons

La monarchie de Juillet remplace à l’issue des journées révolutionnaires des 27, 28, 29 juillet 1830 la Restauration. La branche cadette des Bourbons : maison d’Orléans accède au trône de France en la personne de Louis Philippe Ier (1773-1850). La Charte de 1814 est révisée dans un sens libéral. Les Bourbons de la branche aînée incarnaient un droit historique et dynastique, héritage de l’Ancien régime. Il est aboli. La nouvelle monarchie est désormais un pacte entre le souverain et la nation, et non plus un acte octroyé par le roi. Pour autant, la chartre révisée de 1830 ne sera pas ratifiée par un vote populaire. Le système politique est basé sur la souveraineté nationale, et non populaire. Le vote reste censitaire, c’est-à-dire que seuls votent ceux ayant un certain degré de fortune. Cependant le cens est abaissé de 300 à 200 francs pour être électeur. La chambre des députés devient la pièce centrale du régime. Cependant, la place du roi est mal définie. Cette ambiguïté donnera lieu à des velléités autoritaires de la part de Louis Philippe Ier.

Un régime entre ordre et modération

Le système politique est partagé entre un parti du mouvement, partisan des réformes, et une aile conservatrice. Surtout, le régime doit faire face à l’opposition des légitimistes, des républicains, des socialistes et des bonapartistes. Les républicains et socialistes fomentent insurrections et complots qui contribuent à durcir le régime. Jacques Laffitte 1767-1844, figure du parti du mouvement, est remplacé le 13 mars 1831 à la tête du gouvernement par une figure du parti de l’ordre, le banquier Casimir Périer (1777-1832) . La politique des gouvernements de Louis Philippe Ier oscillera entre un réformisme prudent et un conservatisme plus musclé, sous le coup de la répression des émeutes : ainsi, si une réforme du ministère Laffitte instaure le principe d’élections des conseils municipaux en mars 1831, après les émeutes de février 1831, le souci de l’ordre aboutit à une mesure le 10 avril 1831 contre les attroupements. Il faut noter que la France de Louis Philippe ne compte que 240 000 électeurs à la fin du régime en 1848.[1]

La société française sous Louis Philippe

La monarchie de Juillet voit l’ascension d’une France bourgeoise soucieuse d’épargne et de prudence.[2] Le peuple des villes est partagé entre un monde de la boutique et de l’artisanat, gens de métiers, et une population mouvante, déracinée, que l’on désigne comme les classes dangereuses des faubourgs[3]. La condition ouvrière est souvent misérable. La France comporte une paysannerie majoritaire. Les techniques agricoles restent les mêmes que sous l’Ancien régime. La paysannerie est encadrée par l’Eglise, et le monde paysan est plus conservateur.

Une volonté d'ordre

La monarchie de Juillet doit faire face à de nombreux troubles et désordres. Pour ne citer que quelques uns : Les émeutes du 14 et 15 février 1831 à Paris, la révolte des ouvriers tisserands de Lyon, dite Révolte des canuts en novembre 1831 et puis en avril 1834, la tentative de soulèvement de la Provence et de la Vendée par la Duchesse de Berry, mère du Comte de Chamborg, le prétendant légitimiste, au printemps 1832, la révolte ouvrière et républicaine de la rue Tranosnain à Paris, le 14 avril 1834. Ce contexte contribue à durcir le régime. L’ordre moral est à replacer dans ce cadre-ci, car la répression en matière de moeurs, comme celle de la prostitution non encadrée, ou des activités homosexuelles dans certains parcs publics de Paris, relève d’une volonté de réprimer toute forme de désordre.

Un souci de rigorisme des moeurs

Par ailleurs, plusieurs indices indiquent une volonté de rigueur sous le règne de Louis Philippe Ier. Au cours des années 1830 et 1840, plusieurs études médicales s’alarment sur les dangers de la masturbation. De même, plusieurs praticiens au cours des mêmes années alertent l’opinion sur la pratique de l’homosexualité et ses conséquences. D’autre part, deux scandales semblent emblématiques d’une société intégrant davantage un rigorisme des mœurs, du moins dans la forme. Premièrement, il y a le cas d'un ministre de Louis Philippe Ier, Abel François Villemain (1790-1847). Il s’agit d’un universitaire et écrivain. Il exerce par deux fois la charge de ministre de l’instruction publique, 1839 et 1840-1844. Cet homme est vraisemblablement homosexuel. il est fortement perturbé par des indiscrétions qui circuleraient sur son compte. Il fut aussi pris en flagrant délit de pédérastie dans des toilettes place de la Madeleine, en 1844. Il fut l’objet de chantage de la part de personnages malhonnêtes. L’historienne Laure Murat mentionne cette mésaventure.[4] Tout ceci finit par lui faire perdre la raison. En mars 1847, Henri Clément Sanson dernier bourreau de cette lignée, personnage quelque peu sulfureux et connu pour ces amours homosexuels, est révoqué par le garde des sceaux, Michel Pierre Alexis Hébert (1799-1887). Ce dernier a remplacé Nicolas Martin du Nord (1790-1847). Nicolas Martin du Nord fut officiellement révoqué pour raisons de santé. Le ministre de la justice était sous le coup d’un rapport de police concernant ses mœurs homosexuelles. Ce rapport était entre les mains du ministre de l’intérieur.[5] Officiellement décédé à la suite d’une attaque d’apoplexie, certains émirent la possibilité d’un suicide du garde des sceaux. Hors, un homme comme Jean Jacques Régis de Cambacérès 1753-1824 archichancelier du Premier Empire, connu pour ses mœurs, n’eut aucunement des déboires par rapport à sa vie personnelle.

La monarchie de juillet fut une période où le souci d'ordre et d'ordre moral fut important. Tout au moins dans les discours et les intentions.

[1] Voir Jean Carpentier et François Lebrun, Histoire de France, Paris, Ed. du Seuil, 1987, p. 272

[2] Voir Jean Carpentier et François Lebrun, Histoire de France, ...op. cit., p. 272-273

[3] voir Louis Chevalier, Classes laborieuses et classes dangereuses : à Paris pendant la première moitié du XIXe siècle, Paris, Hachette, 1984

[4] Laure Murat, « La tante, le policier et l’écrivain : pour une protosexologie de commissariats et de romans », Revue d’histoire des sciences humaines, 17, p. 53 ou voir ARCHIVES DE LA POLICE, BB4, feuillet 151

[5] Guy Antonetti, Louis Philippe, Paris, Fayard, 1994, p. 889