Lorsqu’Alexandre le Grand arriva avec son armée en Inde, il trouva un allié en la personne du roi de Taxila et un ennemi puissant, Poros. Après avoir vaincu ce dernier dans une bataille effroyable, en 326 avant notre ère, Alexandre laissa Poros comme roi vassal dans son royaume dont la taille fut réduite au profit du roi de Taxila. Alexandre poursuivit son incroyable expédition vers l’est après avoir fondé une Alexandrie Bucéphalie en l’honneur de son cheval Bucéphale, tué lors de la bataille contre Poros, et une Alexandrie Nicée, pour célébrer cette victoire. Ces deux cités abritèrent des vétérans et des blessés de son armée. Elles se situaient de part et d’autre de l’Hydaspe, un affluent oriental de l’Indus (actuel Pakistan). Alexandre marcha jusqu’à l’Hyphase. Il était alors à plus de 300 km à l’est de l’Indus. Mais ses troupes se révoltèrent, l’armée ne voulait pas le suivre jusqu’au Gange. Alexandre dût alors revenir sur ses pas. Il descendit l’Hydaspe, fonda une nouvelle cité: Alexandrie d’Opiène avant de suivre le cours de l’Indus jusqu’à Pattala. Là, il divisa son armée et amorça son retour vers l’Ouest.
Les territoires indiens qu’avaient conquis Alexandre faisaient, avant son irruption dans la région, partie des territoires les plus orientaux de l’empire perse achéménide. Ils jouissaient toutefois, en raison de leur éloignement, d’une certaine autonomie. Après la victoire d'Alexandre, les gouverneurs macédoniens furent éliminés et les territoires indiens acquirent leur autonomie. Ils ne furent pas inquiétés car les généraux d’Alexandre se disputaient le pouvoir.
Séleucos Ier
Séleucos, l'un des généraux d'Alexandre, parvint à s’imposer comme gouverneur de la Babylonie lors du second partage de l’empire d’Alexandre (321 av. J.-C.). Il parvint à s’emparer des territoires voisins: la Médie et la Susiane (ouest de l’Iran actuel). Il se lança ensuite dans une grande expédition vers l’est. Il voulait reprendre en main les conquêtes orientales d’Alexandre. Pline l’Ancien (Histoire naturelle, VI, 63) conserva une série de mesures qu’il fit prendre afin de cartographier ces régions excentrées. Séleucos trouva un nouvel adversaire en Inde. L’affaiblissement des royaumes occidentaux de la péninsule permit aux Mauryas de former un immense empire (313 av. J.-C.). Dès 308, Séleucos entra en conflit avec le premier empereur maurya Tchandragoupta. Ce dernier s’était emparé de la vallée de l’Indus.
L'ambassade de Mégasthène
Séleucos préféra la diplomatie aux armes. Il envoya donc l’un de ses conseillers, Mégasthène à la cour de Tchandragoupta, le Sandracotte des Grecs. Mégasthène resta plusieurs années dans l’Empire maurya (de 303 à 297). Il séjourna principalement à Pataliputra (Patna), la capitale de Tchandragoupta. Cette cité était située sur le Gange. Séleucos céda une série de territoires à l’empereur Maurya en échange de la paix sur la frontière orientale de son royaume.
Les Indika
Mégasthène rentra à Antioche et rédigea ses mémoires, les Indika. Malheureusement ce texte n’est pas parvenu jusqu’à nous. L’historien du IIe siècle de notre ère, Arrien de Nicomédie, juge le récit de Mégasthène comme l’un des plus fiables à propos de l’Inde (Anabase, V, 5). Le géographe Strabon se base également sur le récit de Mégasthène pour décrire l’Inde (Géographica, II, 1, 9).
Pline l'Ancien et Mégasthène
Le naturaliste Pline l’Ancien cite quelques anecdotes provenant de l’œuvre de Mégasthène. Celles-ci sont très fantaisistes et jettent un trouble sur la qualité réelle des Indika. Ainsi, d’après Pline «Mégasthène rapporte que, dans une montagne nommée Nule les hommes ont les pieds tournés à rebours, et huit doigts à chaque pied» (Histoire naturelle, VII, 14). L’écrivain romain affirma aussi que «Mégasthène mentionne une nation d'entre les Nomades de l'Inde qui n'a que des trous pour narines, et des pieds flexibles comme le corps des serpents; on la nomme les Scyrites. Il dit qu'aux extrémités de l'Inde, du côté de l'Orient, vers la source du Gange, est la nation des Astomes, sans bouche, le corps entier couvert de poil, laquelle s'habille avec le duvet des feuilles et ne vit que de la respiration et des odeurs aspirées par les narines; qu'ils ne prennent aucun aliment solide, aucune boisson: qu'ils se contentent des odeurs variées de racines, de fleurs, de pommes sauvages, qu'ils portent avec eux dans les excursions un peu éloignées, pour avoir de quoi flairer; qu'une odeur un peu forte les tue sans difficulté» (Histoire naturelle, VII, 18).
Même ci ces deux anecdotes semblent discréditer l’œuvre de Mégasthène, il est peu probable que tout son récit était à leur image. En effet, Arrien est considéré comme l’un des meilleurs historiens de l’Antiquité. Il n’aurait pas écrit que les Indika étaient digne de confiance si cela n’était pas le cas.
Asoka
Les guerres qui opposèrent ensuite Séleucos à ses rivaux, en Anatolie notamment, permirent au deuxième empereur maurya Asoka (269-232) d’étendre encore ses frontières vers l’Occident en occupant l’essentiel de l’Afghanistan actuel. Asoka fut le plus grand et le plus célèbre des rois de cette dynastie indienne.
Suite : Les Grecs en Afghanistan et en Inde: de Séleucos à Antiochos III