
- Raimu-Fresnay - Pagnol/Paramount pictures
Marcel Pagnol est né en 1895 «…dans la ville d'Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers » dit-il lui-même dans La Gloire de Mon Père, livre de ses souvenirs d’enfance. Ancien instituteur au Lycée Condorcet à Paris, c’est naturellement qu’il écrit une pièce aux accents de son pays et dont la première eut lieu le 9 mars 1929. C’est le succès immédiat, avec Raimu dans le rôle principal, interprétant César.
L’histoire d’un marin amoureux de la mer
Pagnol est un admirateur des pièces classiques dont le titre est donné par un des personnages. Marius est le fils de César, patron de bar à Marseille, et il rêve de prendre la mer. Pourtant l’amour qu’il partage avec Fanny rend cornélien le choix qu’il doit faire. Cédant dans un premier temps au charme de la belle, il renonce finalement à la vie sédentaire, partant au-delà des mers et laissant son amour, déshonorée et enceinte…
Récit d’un dilemme, la tragédie prend des tournures humoristiques sous la verve de Pagnol et l’accent de ses acteurs principaux, Raimu, Charpin, Robert Vattier et Paul Dullac. Et Pierre Fresnay interprétant Marius, d’origine alsacienne, fait des prouesses en parlant comme un vrai méridional du cru.
Raimu et la partie de cartes
Si l’histoire de Marius n’est pas compliquée, c’est un véritable tour de force de drôleries et de larmes que jouent les personnages. Les déclarations de Fanny (Orane Demazis) ou Marius, et les réparties de César et de sa clientèle, sont des monuments du cinéma et de l’imagerie populaire. C’est de là que viennent les expressions de « Tu me fends le cœur ! » pour illustrer un mensonge provençal, ou des »Histoires pagnolesques » pour des situations pittoresques du Midi, comme si Pagnol était l’inventeur de l’humour et de la bonne humeur !
La célèbre partie de carte de Marius, entre César, monsieur Brun, Escartefigue et Panisse a laissé aussi :
« Tout le monde sait bien que c'est dans la marine qu'il y a le plus de cocus. »
« Si on ne peut plus tricher entre amis, ce n'est plus la peine de jouer aux cartes. »
Raimu est une vedette de Music-hall, comédien de théâtre et acteur de cinéma, et il a 48 ans quand il interprète César dans ce film. C’est l’époque où la vieillesse arrive rapidement alors qu’aujourd’hui des sexagénaires jouent encore des jeunes hommes. Son talent est si grand et il a tant marqué ce rôle, que malgré les reprises de la pièce et remakes de films, nul ne l’a égalé ni même approché...
Marcel Pagnol, le cinéaste
Fort du succès de Marius, Pagnol peut créer sa propre maison de production de films dès 1932. Il n’est d’ailleurs pas crédité au générique comme co-réalisateur avec Korda, alors qu’il est producteur et décisionnaire durant le tournage. Comme metteur en scène, il signera notamment Le Schpountz, La Femme du Boulanger, Topaze et Manon des sources.
Alexandre Korda est un réalisateur et producteur de cinéma britannique d’origine hongroise et on lui doit entre autres Rembrandt, Le Voleur de Bagdad (Collectif, non crédité), Lady Hamilton, les 4 plumes blanches, Anna Karénine et Le Troisième homme.
Des traces indélébiles et une histoire intemporelle
Marius est sorti à l’aube du Cinéma, au début du parlant et à lui tout seul il a lancé le cinéma Français. Carné arrivera dès 1937 avec ses Drôle de Drame, Quai des Brumes et Hôtel du Nord, mais la voie est tracée. Le petit Marcel, qu’on découvrira dans ses Souvenirs d'enfance, adjoindra Fanny et César à son œuvre première, pour le plus grand bonheur de plusieurs générations…
Quelques extraits de Fanny et César
« Si vous voulez aller sur la mer, sans aucun risque de chavirer, alors, n'achetez pas un bateau : achetez une île. »
« Qu'est-ce qu'ils ont à pleurer autour de mon lit... C'est déjà bien assez triste de mourir... S'il faut encore voir pleurer les autres ! »
Et on peut conclure par cette phrase extraite du Château de ma Mère :
« Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d'inoubliables chagrins. Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants. »
Parlant du théâtre, Pagnol dit : «Quand le rideau se lève, la question est : baiseront-ils ? S'ils baisent, c'est une comédie ; s'ils ne baisent pas, c'est un drame. » Marius est donc une comédie !
