En éditions originales des années soixante, leurs vinyls restent encore trouvables... si on sait y mettre le prix. Ces deux chanteuses des années soixante, Malika et Jacqueline Taïeb, restent ancrées dans les mémoires des sexagénaires.

Malika

Allegria Banon est née à Casablanca (Maroc) en 1951. Sa mère, une ancienne danseuse, est bien introduite dans le monde du show business (elle est notamment organisatrice de spectacles). Rien d'étonnant, alors, à ce que la petite Allegria soit précoce, pour ne pas dire enfant prodige : elle remporte son premier prix de chant et de danse à l'âge de trois ans !Le roi Mohamed V, qui a eu l'occasion de l'applaudir, la surnomme la Reine, Malika en marocain. Elle conservera ce surnom à titre de pseudonyme jusqu'à l'âge de onze ans. Vedette confirmée dans son pays natal, elle attire l'attention de Lee Hallyday, le cousin de Johnny, qui lui offre la possibilité d'enregistrer quelques twists dans le but de faire carrière en France. Deux super 45 tours sont publiés, hélas sans succès. Considérant que ses racines nord-africaines constituent peut-être un frein à son acceptation par le grand public, elle publie un troisième disque sous son véritable nom tout en adoptant un prénom à consonance anglo-saxonne : Maguy Banon. Mais rien n'y fait : cette fois, elle souffre de la concurrence avec deux nouvelles venues, deux rivales au style semblable au sien sur qui la maison de disque préfère miser, France Gall et Michèle Torr. Sans renoncer définitivement à sa carrière d'artiste, elle la met en sourdine au profit des études. Ce n'est que cinq ans plus tard (1968) qu'elle revient au disque avec un troisième et dernier pseudonyme, Tina, en hommage à Tina Turner dont elle reprend River Deep, Mountain High en français (Comme le fleuve aime la mer). La même année elle publie Le Temps des fleurs ; hélas Tina ne peut rivaliser avec Mary Hopkin et Dalida, autres interprètes du titre. Le succès aurait enfin pu venir en 1969 avec son interprétation d'un thème de la nouvelle adaptation cinématographique de Roméo et Juliette par Zeffirelli. Un climat très romantique qui aurait dû porter Ils croient s'aimer, ils ont raison au sommet du hit-parade. Sur le plan de la vie privée, Tina divorce ; or son premier mari était également son directeur artistique, tandis que le nouveau lui demande impérativement de renoncer à sa carrière de chanteuse. Elle s'exécute... au moins pour une poignée d'années.

Jacqueline Taïeb

Bien souvent, " artiste culte " constitue une formule polie pour désigner quelqu'un totalement inconnu ! Le cas de Jacqueline Taïeb est différent : cette Tunisienne née à Carthage en 1948 devint une vedette dès la sortie de son premier disque qui, il faut le préciser, fut enregistré dans l'un des meilleurs studios londoniens. Elle est artiste culte car l'une des rares d'expression française à être parvenue à avoir, dans les années soixante, un certain impact sur un public outre-Manche... un public réputé à l'époque pour son protectionnisme. Mais, soyons honnête, ce "certain impact" resta au niveau du succès d'estime. Ce fut certainement très dommageable pour la carrière de la chanteuse : alors que sa chanson Sept heures du matin sortait au printemps 1967, sa version en anglais simplement intitulée 7 A.M. n'arriva chez les disquaires britanniques qu'un an plus tard. Du coup ses fans anglais avaient oublié Jacqueline (elle-même, interviewée trente ans plus tard par le mensuel Jukebox magazine, reconnut avoir complètement oublié qu'elle avait enregistré sa chanson fétiche en anglais !). Sur un seul titre (car depuis elle n'est jamais retournée au hit-parade), Jacqueline mène depuis une carrière internationale, confidentielle mais indiscutable, agrémentée de nombreuses signatures pour autrui : l'Américaine Dana Dawson à la fin des années 80 venait bien après, entre autres, Stone (La Vie est belle, 1979), Michel Fugain (Les Sud-Américaines, 1979 également) et Jeane Manson (My Happiness, 1976).