Les sources antiques ont livré 14 listes différentes des sept merveilles. La plus ancienne et la plus célèbre est attribuée à Philon de Byzance. Cet auteur vécut au IIIe siècle avant J.-C. Il rédigea des traités de sciences, de stratégie et fut un «ingénieur» ancien. Son récit fut redécouvert au Xe siècle de notre ère. Il fut édité pour la première fois en 1640. Le manuscrit original est conservé à Heidelberg. Il y fut volé par des troupes pontificales puis emmené de Rome à Paris, en 1797, par des troupes révolutionnaires. Finalement, en 1816, il fut rendu à la bibliothèque universitaire d’Heidelberg.
Antipater de Sidon
Le passage de Philon de Byzance est le suivant : «Tous ont entendu parler des Sept Merveilles du monde». Cela signifie qu’il n’est pas l’auteur de la liste. Celle-ci était déjà connue à son époque. Il faut remarquer que Philon ne donne pas le contenu de la liste. Pour cela, il faut attendre Antipater de Sidon, écrivain du IIe siècle avant notre ère: «J'ai posé les yeux sur le rempart de la vaste Babylone surmontée d'une route pour les chars, sur la statue de Zeus par Alpheus, sur les jardins suspendus, sur le Colosse du Soleil, sur l'énorme travail des hautes pyramides, sur le vaste tombeau de Mausole; mais quand je vis la maison d'Artémis s'élevant jusqu'aux nuages, ces autres merveilles perdirent leur éclat, et je dis, "hormis l'Olympe, jamais le Soleil ne vit si grande chose."» (Anthologie grecque IX,58).
Il faut souligner que le phare d’Alexandrie n’est pas présent. Les puissantes murailles de Babylone le «remplacent». La tour de Pharos n’entra que très tardivement dans la liste, au VIe siècle de notre ère.
Callimaque de Cyrène
La liste fut rédigée dans le milieu alexandrin, dans le célèbre musée et sa bibliothèque. Philon de Byzance y séjourna d’ailleurs longtemps. Le créateur de la liste pourrait être l’un des plus éminents hommes de lettres d’Alexandrie : Callimaque de Cyrène. Il dirigea la célèbre bibliothèque au milieu du IIIe siècle av. J.-C. Il en rédigea les Tables, c’est-à-dire la liste de tous les ouvrages contenu dans la plus grande bibliothèque de l’Antiquité. Malheureusement, de ce travail, qui comportait 120 livres, il ne reste que quelques fragments. Callimaque composa également des hymnes, des épigrammes et les Aitia (poème consacré aux origines de l’homme). Il était également philologue, historien, architecte… Le géographe Strabon (Ier siècle av. J.-C.) évoqua un de ses traités aujourd’hui disparu: Collection des merveilles de la terre habitée, classée par lieux. C’est dans cet ouvrage qu’il dressa peut-être la première liste des sept merveilles. Si le phare n’y figure pas s’est tout simplement parce qu’il n’était pas encore achevé quand il rédigea ce texte.
L'évolution de la liste
La liste évolua avec Martial, écrivain latin du Ier siècle de notre ère. Il fit sortir le colosse de Rhodes qui s’était effondré et le remplaça par le Colisée de Rome.
L’historien Grégoire de Tours (VIe siècle de notre ère) livra une nouvelle liste. Il reprit le colosse de Rhodes. Il fit entrer le phare d’Alexandrie, le tombeau de Cyrus le Grand à Naqt y Rustam (Iran), l’arche de Noé sur le mont Ararat (Turquie de l’Est), le temple de Salomon à Jérusalem et le théâtre d’Héraclée. Il conserva les murailles de Babylone dans sa liste. Celles-ci ne disparurent qu’avec l’historien médiéval Bède le Vénérable (672-735). Il les remplaça par la statue équestre d’Alexandre le Grand à Smyrne.
Les sept merveilles qui sont aujourd’hui présentées (le phare d’Alexandrie, le colosse d’Hélios à Rhodes, la statue de Zeus à Olympie, le temple d’Artémis à Ephèse, les jardins suspendus de Babylone, le mausolée d’Halicarnasse et la pyramide de Chéops à Giza) ne furent donc réunies dans une même liste qu’à la Renaissance !
Deux listes modernes
Aujourd’hui, il existe deux listes de nouvelles merveilles. En 1996, l’American Society of Civil Engineers proposa une liste des sept plus grandes réalisations du XXe siècle : le tunnel sous la Manche, la tour du CN (Toronto), l’Empire State Building (New York), le Golden Gate Bridge (San Francisco), le barrage Itaipu (Brésil et Paraguay), le Plan Delta (Pays-Bas) et le canal de Panama.
En 2007, un homme d’affaires suisse, Bernard Weber, proposa de voter sur Internet pour élire sept nouvelles merveilles du monde (de toutes époques). Le palmarès fut révélé le 7 juillet à Lisbonne (07/07/07) : la Grande Muraille (Chine), Pétra (Jordanie), la statue du Christ rédempteur (Rio de Janeiro, Brésil), le Machu Picchu (Cuzco, Pérou), Chichén Itzá (Yucatán, Mexique), le Colisée (Rome, Italie) et le Taj Mahal (Âgrâ, Inde). L’UNESCO n’a pas reconnu cette liste. L’Egypte a protesté car la seule des sept merveilles antiques toujours debout, la grande pyramide de Giza, n’était pas reprise.
Suite : Pourquoi y a-t-il sept merveilles ?