Alexandre le Grand ne fut pas le seul personnage historique à se rendre dans la petite oasis de Siwa pour consulter le célèbre oracle. Il est indéniable que la prophétie du prêtre rendit le temple d’Amon, à Siwa, extrêmement célèbre dans tout le bassin méditerranéen. En effet, le prophète qualifia Alexandre de fils de Zeus (Amon) ! Il fit du jeune roi un demi-dieu !

Le texte de Plutarque

L’historien grec Plutarque rapporta probablement la version la plus plausible de la visite d’Alexandre à Siwa: «quelques-uns affirment que le prophète, voulant le saluer en grec d’un terme d’affection, l’avait appelé "mon fils" (paidion), mais que, dans sa prononciation barbare, il achoppa sur la dernière lettre et dit, en substituant au nu un sigma : "fils de Zeus" (paidios); ils ajoutent qu’Alexandre goûta fort ce lapsus et que le bruit se répandit aussi qu’il avait été appelé "fils de Zeus" par le dieu» (Vie d’Alexandre, XXVII,9).

Lucien de Samosate et Alexandre le Grand

L’écrivain Lucien de Samosate (IIe siècle de notre ère) n’hésita pas à railler cette image d’un Alexandre divin. Il imagina un dialogue, aux Enfers, entre Alexandre et son père, Philippe II:

«Philippe: Maintenant, Alexandre, tu ne peux soutenir que tu n’es pas mon fils. Si tu avais été celui d’Amon, tu ne serais pas mort.

Alexandre: Je savais bien, mon père, que j’étais fils de Philippe, fils d’Amyntas. Mais j’ai accepté l’oracle. Je le trouvais utile à mes entreprises.

Philippe: Qu’est-ce que tu racontes? Tu jugeais utile de te laisser duper par les prophètes?

Alexandre: Non. Mais les barbares fuyaient, épouvantés, devant moi. Personne ne me résistait plus. Comme ils croyaient combattre un dieu, je les ai vaincus facilement».

La présence égyptienne à Siwa

La présence pharaonique n’est attestée, à Siwa, qu’à partir de la XXVIe dynastie (Basse Epoque). La petite oasis était située à mi-chemin entre les cultures égyptiennes et grecques (colonies de Cyrénaïque). La population, d’origine berbère, se mélangea avec des Egyptiens et des Grecs. L’art siwite se montra d’ailleurs fort différent de l’art pharaonique de la vallée du Nil, à la même époque. Une nette influence grecque est visible. Le dieu principal des premier Siwites, représenté sous la forme d’un bélier, fut assimilé au dieu égyptien Amon.

Crésus

L’oracle fut consulté par de nombreux personnages importants de l'Antiquité. Certains se rendirent à Siwa, la plupart envoyèrent une ambassade. Ainsi, Crésus, le puissant roi de Lydie, vers 550 avant notre ère, envoya une délégation dans l’oasis. Peu satisfait de la prophétie, le roi jugea l'oracle incompétent!

Cimon l'Athénien

Cimon, le fils du stratège athénien Miltiade, consulta l’oracle avant d'entrer en guerre contre certaines cités de Chypre, vers 450 avant notre ère. La plupart des voyageurs arrivaient par bateau, débarquaient à Paraetonium (Marsa Matrouh) et suivaient la piste vers Siwa (environ 200 km). Peu d’hommes venaient directement de l’Egypte par voie terrestre.

Pindare et Eubotas

Le poète Pindare (518-438) fut l’un des grands admirateurs de l’oracle d’Amon. Il envoya de nombreux présents au temple. L’athlète Eubotas de Cyrène consulta l’oracle pour savoir s’il allait remporter la course lors des 93e Jeux olympiques (408 a.vant J.-C.). Ce Grec de Libye contribua à la renommée du temple d’Amon car il remporta l’épreuve sportive.

Lysandre et Hannibal

Lysandre, un stratège spartiate offrit de nombreux présents au clergé d’Amon, car il souhaitait devenir roi. Toutes ses tentatives échouèrent. Hannibal envoya une délégation après la prise de Sagonte pour connaître l’avenir de sa guerre contre Rome.

Les Rhodiens

Une délégation rhodienne vint à Siwa après que Démétrios le Poliorcète eut renoncé à s’emparer de la cité insulaire. L’oracle déclara qu’il fallait diviniser Ptolémée Ier qui avait aidé les Rhodiens. Ptolémée Ier était aussi le roi d’Egypte et donc le gouverneur de Siwa…

Caton d'Utique et Pausanias

Caton d’Utique consulta l’oracle peu de temps avant la défaite des partisans de Pompée en Afrique. Enfin, le géographe Pausanias visita l’oasis vers 160 après J.-C.

L’oracle se tut au IVe siècle. Les premiers chrétiens contribuèrent à rendre l’oracle muet. Lors de la conquête arabe, une mosquée fut installée sur la colline de l’oracle afin de faire disparaître définitivement toutes les traces du paganisme.

FAKHRY (A.), Siwa oasis, 6e imp., Le Caire, New York, 2005.