Voila une publication du CNRS qui vient redonner de l'espoir aux familles des enfants autistes ou aux personnes atteintes d'autisme : dans le cadre d'une étude réalisée par l'équipe du centre de neuroscience cognitive CNRS - Université Claude Bernard Lyon 1, les chercheurs ont constaté que l'administration nasale d'ocytocine permettrait de réduire les troubles sociaux dont souffrent les personnes atteintes d'autisme. Le communiqué de presse du CNRS, en date du 15 février 2010, affiche des résultats très prometteurs.

Qu'est-ce que l'ocytocine ? Hormone de l'attachement maternel

L'ocytocine, également appelée oxytocine, est une hormone dont le rôle est notamment de stimuler la contraction de l'utérus chez la femme enceinte pour accélérer le travail. Fabriquée dans l'hypothalamus, cette hormone joue également un rôle important dans le processus de sécrétion du lait par les glandes mammaires. L'ocytocine est également utilisée dans un cadre thérapeutique, une molécule de synthèse administrée pendant l'accouchement pour augmenter l'intensité des contractions.

Cette hormone fait l'objet de nombreuses études depuis quelques années, ainsi, en 2005, la revue "Nature", publiait une étude réalisée par des chercheurs de l'Université de Zurich, indiquant que l'ocytocine avait pour effet d'augmenter la confiance chez l'être humain (ce qui est également vrai pour les animaux, l'ocytocine est utilisée depuis longtemps en spray par exemple, pour apaiser les angoisses des chiens par exemple). Cette étude indiquait que l'ocytocine jouait un rôle clé dans l'attachement social en augmentant la confiance mutuelle entre les êtres humains. Or, l'étude du CNRS déjà citée indique que cette hormone est typiquement déficitaire dans le sang des personnes atteintes d'autisme.

Une hormone pour aider les enfants autistes à créer des liens affectifs et un attachement social

Cette étude du CNRS est donc cruciale pour l'autisme : les chercheurs du centre de neurosciences cognitives ont administré de l'ocytocine à 13 patients autistes (souffrant d'autisme de haut niveau et du syndrome d'Asperger) par administration intranasale. Ils ont ensuite observé le comportement social des 13 patients pour étudier si cette administration modifiait leur comportement social, et ils ont effectivement noté que le comportement social des patients était nettement amélioré. Ainsi, les patients étaient notamment beaucoup plus réceptifs aux stimuli faciaux et manifestaient globalement plus d'attention aux interactions humaines que les patients sous placebo. Cette étude confirme donc bien les découvertes de l'étude de l'Université de Zurich en les appliquant de manière plus spécifique au cas de l'autisme : l'ocytocine provoque bien une amélioration de la confiance, mais permet également aux autistes de s'adapter plus facilement au contexte social.

L'ocytocyne, le syndrome d'Asperger et les difficultés d'adaptation sociale des patients autistes

Ces découvertes sont d'autant plus intéressantes qu'il ne faut pas oublier que la personne atteinte du syndrome d'Asperger est très peu réceptive à la communication non verbale, ne manifeste que très peu d'expressions gestuelles ou de micro-comportements faciaux.

La personne souffrant du syndrome d'Asperger connait également de sérieux troubles dans les interactions sociales et humaines dans la mesure où elle éprouve de nombreuses difficultés à décoder les règles sociales, mais aussi à créer des liens et à nouer des contacts. L'hormone de l'attachement, l'ocytocine, semble bien porter son nom dans ce cadre thérapeutique précis.

Bien entendu, cette première étude s'adresse à un type d'autisme particulier (autisme de haut niveau et syndrome d'Asperger), mais les résultats sont réellement prometteurs puisqu'ils permettent d'améliorer les troubles sociaux et affectifs qui caractérisent l'autisme au sens large, et pas uniquement l'autisme de haut niveau ou le syndrome d'Asperger. Un réel espoir, donc, que ces résultats très prometteurs puissent être rapidement intégrés aux processus thérapeutiques pour les personnes atteintes d'autisme.

Pour aller plus loin sur le syndrome d'Asperger, n'hésitez pas à consulter ce livre :

Vivre avec le syndrome d'Asperger, un handicap invisible au quotidien, Liane Holliday, éditions De Boeck Université, 2008.