Saint-Thomas symbolise la difficulté de croire aux miracles. Il fait partie des Douze apôtres ayant cotoyé Jésus, mais il n'était pas présent lorsque le Christ ressuscité vint leur rendre visite. Pendant la contre-réforme, la propagande religieuse en fit un thème de prédilection des peintres, chargés d'affirmer le triomphe de la religion catholique Romaine.

Sous les doigts du Caravage, l'incrédulité de Saint-Thomas prit alors un réalisme et une intensité dramatique encore jamais vu. Débarrassée de la vision édifiante attendue jusque-là d'un tel sujet, c'est la faiblesse de l'homme devant le mystère de la foi qui est prise sur le vif par le peintre. Au point d'entendre Thomas se confesser à nous avec l'accent Romain de Sergio Castellito...

Thomas, celui qui ne croit que ce qu'il voit

"Vous n’en croyez pas vos yeux ? L’histoire de la résurrection du Christ vous laisse encore sceptique ? Non, je n’ai jamais pu me fier à ce que les autres racontent ! Oui, je suis la star de ceux qui ne croient que ce qu’ils voient !

Moi, Thomas l’incrédule, l’apôtre qui ne faisait confiance qu’à ses cinq sens, vous me voyez confronté à… l’incroyable ! Et je n’en reviens toujours pas.

Si vous n’avez jamais été convaincu par les images pieuses représentant les mystères de l’Evangile, voici un bon motif pour aborder l’épineuse question de la foi chrétienne sous un autre angle.

Vous changerez de point de vue en venant voir mon tableau au Palais de Sans-Souci de Frédéric Le Grand à Postdam."

Le Caravage désacralise la représentation des saints

"Je dois avouer qu’avant le Caravage, aucun peintre n’avait osé illustrer mes doutes sur la résurrection de la chair avec un tel réalisme.

A cette époque, l’église catholique demandait aux peintres de faire beaucoup de manières pour raconter l’histoire extraordinaire que nous avons vécue, nous les apôtres et les saints.

Jusqu’en 1600, ils avaient plutôt coutume de nous représenter comme des êtres irréels… idéalisés, avec une auréole derrière la tête si j'ose dire ! C’était à douter que nous n'ayons jamais exister !"

Le peintre prend le peuple pour modèle

"Mais les choses étaient en train de changer au sein de l'église catholique qui avait maille à partir avec les protestants. La contre-réforme était en marche, bien décidée à renouveler les grandes figures religieuses de la Bible.

Et voilà que le protégé du cardinal Del Monte, un jeune peintre Lombard d’à peine 30 ans et pauvre pêcheur à la réputation sulfureuse, osait nous montrer sous notre vrai visage, comme des gens du peuple, de pauvres hères en guenilles, sans décor artificiel. Juste l’ombre et la lumière, un vrai dépouillement.

Imaginez le choc ! Les uns crièrent au scandale, les autres au génie…"

Le clair-obscur combat de la lumière divine et de la raison

"Ah cette lumière sortie des ténèbres ! Tranchante comme la lance du légionnaire romain qui perça la poitrine de Jésus !

Il était désormais impossible de cacher la vérité depuis que Le Caravage avait inventé le fameux clair-obscur qui mettait à nu l'âme humaine.

Les lumières de la Renaissance et de la pensée humaniste se préparaient à submerger définitivement plusieurs siècles de loi divine."

La peinture au service de la puissance de conviction religieuse

"Croyez-moi, ce fut une véritable révolution comme pour vous l’invention de la photographie en quelque sorte ! Comparable à celle de Copernic et de Galilée qui de leur côté, affirmaient que la terre n’était ni plate, ni le centre du monde mais qu'elle était ronde et tournait autour du soleil… Pour moi, ce fut la révélation !"

"C’est vrai, je vous le confesse, j’ai voulu voir de mes yeux Jésus ressuscité, la plaie encore béante à son côté, toucher de mes doigts la blessure entre les plis de son suaire et de sa chair meurtrie… J'ai honte mais comprenez-moi, il me fallait absolument une preuve matérielle pour croire en lui !

Après, il n'y avait plus l’ombre d’un doute.

Devant un tel miracle, comment ne pas vous sentir touché par la grâce?… Sans toucher le tableau bien sûr, c'est défendu à cause de l'alarme !"