Dans un mercato assez calme, rythmé par le besoin de faire des économies financières, l'Olympique de Marseille a permis à un jeune joueur méconnu de réaliser son rêve. Le club phocéen vient en effet de faire signer Kassim Abdallah, le latéral droit du CS Sedan-Ardennes. Pour la modique somme de 500.000 euros (un goute d'eau dans le budget annuel marseillais), le gosse des quartiers nord de la ville rejoint donc le club phare.

Le clan des Sedanais

Nommé meilleur arrière-droit de Ligue 2 la saison dernière avec la formation ardennaise, il est assez logique de voir Kassim Abdallah grimper d'un échelon. Mais sans être passé par un centre de formation, et alors qu'il évoluait en CFA lors de la saison 2008/2009, l'ascension du jeune homme est tout à fait remarquable. C'est sous les couleurs de Marignane, où il a d'ailleurs côtoyé Florian Raspentino (arrivé de Nantes à Marseille cet été), que le défenseur a été repéré par Sedan.

Pas vraiment un pari fou pour les Sangliers, puisque le club des Ardennes avait déjà eu auparavant deux autres arrière-droits comoriens. Entre 2002 et 2005, le tenancier du poste n'était autre qu'Hamada Jambay, formé à l'OM. Né en 1975, le joueur était réputé pour sa puissante frappe de balle, mais n'a pas laissé un souvenir impérissable sur le Vieux Port (hormis un but puissant des 30 mètres). Après lui, c'est Nadjim Abdou, de 2003 à 2007, qui a occupé une partie du temps le flanc droit sedanais. Plus fin (1.78m, 68 kg), le latéral évolue désormais à Millwall, en D2 anglaise.

Les précurseurs

Comme Hamada Jambay, champion de France de Deuxième Division en 1995 avec Marseille, d'autres franco-comoriens se sont illustrés dans les années 90 puis 2000. C'est précisemment à l'été 2000, que l'équipe de France des U19 fait découvrir un talent particulièrement prometteur. Les Bleuets sont alors sacrés champions d'Europe de la catégorie, emmenés par Djibril Cissé, Philippe Mexès ou Benoit Cheyrou. Mais le joueur qui rend la plus belle copie est Hassan Ahamada, milieu offensif du FC Nantes. A l'aise techniquement, le Canari d'origine comorienne sera même champion de France 2001 avec son club.

Hélas, sa carrière n'atteint pas les sommets espérés. Bien qu'il dispute la Ligue des Champions sous les ordres de Reynald Denoueix (son beau-père), le numéro 10 se perd entre milieu et attaque, et décroche rapidement. 80 matches de Ligue 1 plus tard, après des passages au Portugal, puis dans le Golfe, le voila maintenant à Carquefou, à 31 ans, en National. Autre exemple d'un joueur franco-comorien, Kemal Bourhani, qui lui s'est mobilisé pour la patrie de ses ancêtres, en acceptant une sélection nationale en 2011. L'attaquant n'a pourtant guère brillé en France, où son meilleur fait d'arme est une saison à 10 buts en L2 avec Lorient (2005/2006).

Des morphologies inadaptées

Natifs des Comores ou de l'Hexagone, les footballeurs franco-comoriens peinent à s'imposer au plus haut niveau. Samir Bertin D'Avesnes, né à Moroni, mais dont la famille s'est installée à Marseille, semblait destiné à un avenir doré. International chez les Bleus en U16, puis U17, le garçon est lancé en Ligue 1 à 17 ans par son club formateur, Bastia. Mais loin de suivre ses compères de la génération 86 (Gourcuff, Diaby, Cabaye), l'attaquant se fait discret. Evian, Beauvais, puis Calvi (CFA) l'accueillent dans les divisions inférieures. La faute certainement à un manque de poids (1.78m, 65 kg), qui le handicape dans un championnat réputé pour son engagement.

En novembre 2011, envol pour les Comores, où le joueur découvre à 25 ans l'équipe nationale, lors d'un match face au Mozambique (0-1). L'occasion de retrouver plusieurs compagnons de voyage, eux aussi passés par les centre de formations français. Ce jour-là, le coach aligne entre autres, Ibrahim Rachidi (Gazelec Ajaccio, L2), Mohamed Youssouf (Vannes, National), Ali M'Madi (Evian, L1), ou encore Fouad Rachid (Nancy, L1). Une équipe sérieuse, mais insuffisante encore pour faire chuter l'adversaire, et se donner des chances d'aller à la Coupe du Monde 2014.

Chez les Bleus, ou pour les Comores ?

Si certains joueurs n'arrivent pas vraiment à percer, par manque de puissance physique, comme Fouad Rachid (1.63m) et Mohamed Youssouf (1.68m), malgré une technique suffisante, d'autres ont hérité d'un patrimoine génétique plus propice à s'imposer en Ligue 1. Le jeune gardien du TFC, Ali Ahamada est pour le moment le titulaire en équipe de France espoir. A 21 ans, le natif de Martigues est un bi-national, et pourrait bien être dans les années à venir, le tout premier international français d'ascendance comorienne. Dans le cas contraire, il serait un renfort de taille pour les Comores, 190e nation au classement Fifa.

Quid de Djamel Bakar ? Né à Marseille, formé à Monaco, le milieu offensif (ou attaquant de soutien) de Nancy est passé par les Espoirs (10 matches, 2 buts). Son petit gabarit d'1m71 est habile pour percuter les défenses, mais son niveau technique ne devrait pas lui permettre de prétendre à l'équipe A en Bleu. Saurait-il accepter l'idée de rejoindre les Coelhacanthes ? Déjà éliminés du Mondial 2014, et absents des éliminatoires pour le CAN 2013, les Comoriens, n'ont pas beaucoup d'atouts pour attirer les expatriés sous leur maillot.

L'OM comme tremplin ?

Si les 700.000 habitants des iles comoriennes devraient attendre encore un moment avant de pouvoir participer à une compétition internationale, leurs poulains pourraient bientôt les honorer. La communauté comorienne de la ville de Marseille étant estimée à 80.000 personnes, il est tout à fait logique de voir fleurir des espoirs à l'OM. Rafidine Abdullah, né en 1994, est le dernier espoir sorti du centre et compte déjà 6 matches avec l'équipe première cette saison. L'arrivée de Kassim Abdallah pourrait également booster le football des Comores dans les saisons qui viennent.