Des hommes qui entretiennent des rapports sexuels entre eux, ou encore deux femmes qui sortent ensemble, cela n'est pas accepté dans la société africaine, et particulièrement en Côte d'Ivoire. "Quand j'ai annoncé à mon voisin de chambre en cité universitaire que j'étais gay, il a coulé les larmes", explique T. Claver, étudiant en anglais à l'université de Bouaké.
Des personnes mal vues
Même s'ils ne sont pas acceptés comme tels, les homosexuels sont aujourd'hui nombreux en Côte d'Ivoire. Du moins si l'on en croit T. Claver, par ailleurs président d'Alternative Côte d'Ivoire, une structure de défense des droits des homosexuels. Les gays, encore appelés "MSM" acronyme de men having sex with men, et les lesbiennes, aussi appelées "WSW" (women having sex with women), sont assimilés pour la plupart à des ratés. Et certains homophobes ne portent pas de gants pour s'attaquer à eux.
Les homosexuels sont rejetés, et le plus souvent victimes de discriminations. T. Claver raconte qu'après avoir participé à une émission sur la première chaîne de la télévision nationale, il a été l'objet de quolibets. "Les gens me montraient partout du doigt et murmuraient quand je passais", précise-t-il. Il indique que certains de ses anciens compagnons l'ont quitté lorsqu'ils ont su qu'il est gay.
F. M., un autre gay, explique que certains élèves gays abandonnent souvent les cours, de peur du regard des autres. T. Claver explique qu'il est même arrivé qu'un médecin d'un centre hospitalier de la place refuse de recevoir un malade gay qui, pourtant, se trouvait dans le rang.
Les patients arrivés avant et après lui étaient appelés et reçus, pendant que lui était toujours à la même place. Notre interlocuteur indique qu'il a fallu l'intervention musclée du président de l'Association des homosexuels pour que ce malade soit reçu. Les gays efféminés, facilement reconnaissables sont selon T. Claver, sont les plus exposés. Ils sont insultés et montrés du doigt dans les coins de rue. Une lesbienne, détentrice d'un dancing-bar à Marcory où se retrouvent souvent les homos, confirme l'idée de l'homophobie à l'endroit de ces personnes.
Des hommes discriminés
Les homosexuels sont parfois victimes de violences, d'agressions verbales et physiques. Certains ont même parfois trouvé la mort. En 2005, un couple d'homosexuels a été agressé à son domicile par des jeunes gens à Williamsville, dans la commune d'Adjamé. Celui qui nous a conté l'histoire précise qu'il a fallu l'intervention des autorités communales et de la gendarmerie pour éviter le pire.
En 2006, un couple d'homosexuels qui célébrait l'anniversaire de ses dix ans d'union au maquis Le King, dans la commune de Yopougon, a été brutalisé, et tous les invités chassés.
En avril 2010, un gay a trouvé la mort et a été enterré le samedi 24 avril à Grand-Lahou d'où il est originaire. Celui-ci aurait été empoisonné par ses proches, selon les explications données par un responsable d'Alternative Côte d'Ivoire.
Discriminés, violentés et rejetés, les gays et les lesbiennes réunis en association se retrouvent parfois pour échanger à certains endroits précis. Outre ces moments, ils se donnent rendez-vous dans leurs temps libres dans des clubs privés. Les homos se rencontrent le plus souvent les week-ends dans des bars climatisés, ou autres espaces de joie, pour s'égayer.
Les gays et lesbiennes qui ont des soucis de santé se dirigent désormais vers un centre de santé conçu pour leurs besoins. Ceux d'entre eux qui sont infectés par le VIH ont la possibilité de se faire suivre sur place, à travers un programme de prise en charge.
Des associations existent
Les gays et lesbiennes se retrouvent au sein de certaines structures : Arc-en-ciel Plus et Alternative Côte d'Ivoire. T. Claver, ex-président d'Arc-en-ciel Plus et actuel responsable d'Alternative Côte d'Ivoire, explique que sa structure vise, entre autres objectifs, à agir pour le respect des droits des homosexuels.
Il précise qu'au départ, c'était difficile, mais les choses rentrent aujourd'hui dans l'ordre du côté des rapports avec les autorités. Les structures ont reçu leur autorisation administrative. Le problème se trouve, selon lui, au niveau de certaines personnes dans la population.
