L'homme préhistorique dans le Sahara libyen

Peintures de chasseurs - Carine Mahy
Peintures de chasseurs - Carine Mahy
Wadi, roches façonnées par l'eau, sont des témoignages d'une époque durant laquelle le Sahara n'était pas un désert aride.

Comme partout ailleurs sur le globe, la géographie du Sahara a évolué au cours des millénaires, ce dernier n’a pas toujours été une terre presque sans végétation, ni eau. Il fut une époque où les éléphants, les girafes y vécurent.

Evolution climatique

Les traces de peuplement les plus anciennes ont été découvertes autour d’une source vers 7100 avant notre ère. Il y avait là des meules, des silex taillés, les premières céramiques de la région qui étaient décorées avec des lignes ondulées tracées avant cuisson.

Puis un épisode aride très sévère, vers 5500-4500 avant notre ère, obligea l’homme à quitter le Sahara. Mais après cette phase aride, une phase humide lui succéda et l’homme revint vers 5000-3000 avant notre ère. A cette époque, l’homme était devenu éleveur. Il avait domestiqué la chèvre et le mouton, mais peut-être pas encore le bœuf.

Les peintures et gravures rupestres, témoins de cette évolution climatique

Connues de tout temps par les Touaregs, les peintures et les gravures rupestres n’ont été dessinées par les Occidentaux qu’au XIXe siècle. Il fallut encore attendre 1955 pour que la région soit étudiée par les chercheurs de l’université de Rome, sous la direction du professeur Fabrizio Mori. Pour protéger ces fragiles témoignages de la préhistoire humaine, le plateau de l'Akakus fut classé au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1985.

Le grand style naturaliste

Dans l’Akakus libyen et dans son prolongement, le Tassili algérien, plusieurs styles sont identifiables. Le premièr est celui que l’on peut appeler le «Grand style naturaliste». Il s’agit de gravures représentant presque toujours des animaux sauvages isolés. Ces dessins sont souvent de grandes dimensions et présentent des attitudes réalistes. Elles ne datent pas toutes de la même époque.

Le style des têtes rondes

Le deuxième style est celui des «Têtes rondes». Il s’agit de la période la plus ancienne des peintures. Elle est approximativement datée de 8000 avant notre ère.

Ce style représente des personnages de taille assez importante, parfois difformes. Ils n'ont pas de cou entre leur grosse tête sphérique et le reste de leur corps. Certains chercheurs ont pensé qu’il pourrait s’agir de projections graphiques de cauchemars. Leurs auteurs sont peut-être les premières populations noires du Sahara.

Le style bovidien ou pastoral, le retour des peuples dans le Sahara

Le troisième style est appelé «bovidien» ou «pastoral». Deux populations distinctes sont représentées dans ces peintures: des hommes noirs et des hommes blancs. Dans les peintures les plus anciennes de cette catégorie, on rencontre des scènes pastorales, des scènes de la vie quotidienne et des scènes de chasse.

Les guerriers du «pastoral ancien» sont armés de lances et de bâtons de jet. Ils portent des plumes dans leur longue chevelure et sont vêtus d’un pagne. Ces peintures comportent des similitudes avec les Libyens représentés en Egypte.

Elles pourraient dater des III-IIe millénaires avant notre ère. Il s’agirait des populations arrivées dans le Sahara après l’épisode aride. Ils ont donc connu le Sahara avec ses rivières et sa végétation.

Dans les représentations les plus récentes de la phase du «pastoral», les personnages sont longilignes et peuvent être groupés en files de guerriers ou chasseurs. Ces hommes sont armés de petits arcs et leurs coiffures sont surmontées de cornes. Ils portent des tuniques sans manches, laissant une épaule nue.

Le style équidien et la réappartition de la sécheresse

Le dernier style est celui de «l’équidien». De nouvelles populations sont arrivées et n’ont pas chassé les précédents occupants, mais se sont mêlés à eux, en prenant la place d’une classe dominante. Ce sont eux qui ont introduit le cheval dans le Sahara. Ils ont aussi introduit le char, en s’inspirant de ce qui existait en Egypte. Dans ce style, les visages semblent représentés par de simples bâtonnets.

Au cours de cette phase, la sécheresse réapparut et la raréfaction de l’eau se faisait sentir. L’agriculture était de plus en plus difficile et le dromadaire remplaça le cheval dans l’art rupestre de cette époque. Nous sommes face à un témoignage de l’adaptation de l’homme au milieu naturel de plus en plus hostile. L’art est de plus en plus proche des graffitis. Cette phase date du Ier millénaire avant J.-C.

Les Garamantes

Parmi ces nouveaux arrivants de la phase «équidienne», il y avait les Garamantes. Cette tribu est devenue la plus importante du Sahara. Ils installèrent leur capitale à Garama, près de l’actuelle ville de Sebha.

Ils sont connus par un passage d’Hérodote. Cependant les informations que l’historien grec nous transmet ne sont pas dignes de foi, car elles sont plus proches du mythe que de la réalité. Néanmoins, les contacts entre ce peuple et les Romains de la côte africaine sont bien connus, à travers l’archéologie.

Les Garamantes contrôlaient les voies commerciales à travers le désert. C’est par eux que les Romains obtenaient des animaux sauvages (autruches, lions, etc.), qui alimentaient les jeux de l’amphithéâtre.

CONT 9

Conférence, Wavre

Carine Mahy - Diplômée en Histoire et en Archéologie/Histoire de l'art - spécialisée dans les civilisations de ...

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