Destinées à personnaliser un navire, à effrayer l'ennemi et à protéger l'équipage, les figures de proue sont un art à part entière.

Les marins, arabes, phéniciens, égyptiens, pensaient que les dieux seraient plus cléments si leurs vaisseaux s'ornaient d'une figure de proue. Certains pensaient même qu'elle les aiderait à retrouver leur chemin par delà les mers.

Une imagination fertile

Le corps des femmes inspira les sculpteurs. Si la gente féminine portait malheur à bord, il n'en était rien lorsqu'elle trônait en effigie face à la mer. On leur attribuait même des vertus apaisantes sur les flots fougueux.

En France, ces modèles féminins étaient réservés aux petits vaisseaux, telles les goélettes, au XVIIIe siècle. Cependant quelques figures de proue aux traits masculins ou tirées du bestiaire pouvaient se retrouver sur quelques bateaux. Rappelons les yeux cernés de noir des bateaux des anciens Egyptiens et leurs oiseaux sacrés, les têtes de chevaux des Phéniciens supposées apporter bonne vue et rapidité, la tête de sanglier des vaisseaux grecs et les sculptures de centurion des nefs romaines, donnant un avant-goût belliqueux de leur audace au combat.

Au 13e siècle, une des figures de proue les plus en vogue était la tête et le cou de cygne, choisie sans doute dans l'espoir d'acquérir la même aisance sur les flots que cet oiseau gracieux. On retrouve aussi, selon les cultures, des figures de proue évoquant lions, léopards, antilopes, dauphins, licornes, dragons (les Vikings terrifiaient les peuplades qu'ils attaquaient en ornant leurs drakkars de l'effigie de ce terrible animal légendaire), tigres, aigles, etc.

Des figures connues et reconnues

Des héros humains furent aussi choisis, comme par exemple saint Georges terrassant le dragon, le roi Edgar sur son cheval, Charlemagne ou encore Henri IV. Sous Louis XV, le thème des figures de proue s'inspirait librement de la gloire du souverain (des exemples).

La France et les figures de proue

A l'époque de l'engouement pour les figures de proue, au XVIIIe siècle, la France fut très créative. Malheureusement, une grande partie de ce patrimoine a disparu lors de combats, oublié au fond des arsenaux, abandonné aux déprédations de la mer ou bien servant de cible aux entraînements de tir.

Il ne reste malheureusement que les archives pour nous remémorer les chefs-d'œuvre des maîtres-artisans, très peu d'exemples sont aujourd'hui présents dans nos musées.

La dynastie des Caffieri

Ces derniers forment souvent de véritables dynasties, transmettant de père en fils les secrets de fabrication. Nous retrouvons ainsi, à Brest, les Caffieri, famille d'origine italienne. Philippe Caffieri (1634-1716), ingénieur, dessinateur et sculpteur des vaisseaux du roi, inspecteur général de la marine, arrive en France en 1660, à la demande de Mazarin. Il est entre autre maître-sculpteur au Havre et à Dunkerque pour les navires de la royauté.

Son fils aîné, François-Charles (1667/1729), poursuit le travail à l'atelier de sculpture du port de Brest, et l'œuvre de son père, et obtient le titre de maître-sculpteur. Vient ensuite Charles-Philippe Caffieri (1696/1766).

Charles-Marie (1736-?), fils de Charles-Philippe, travaille à Brest avec son père avant de devenir ingénieur géographe. Il dessine en 1766 quelques ornements du vaisseau Le Vengeur (qui coulera le 1er juin 1794, au large de Brest). De tous les descendants des Caffieri, c'est sans doute Jean-Jacques (1735-1792) qui est le plus célèbre. Il obtient le Grand Prix de Rome de sculpture en 1748 et l'académie royale l'admet comme membre en 1759. Il est l'auteur d'une Sainte Trinité à l'église Saint-Louis des Français à Rome, de statues de Corneille et Molière, etc.

A lire :